QUATRIÈME FÉE
Salut I
TITANIA
Maintenant, aux accords d'un invisible luth Portez-le sous mon myrte au berceau. — Prenez garde! Bien. — La lune d'un œil humide nous regarde; Et, quand son chaste front laisse échapper des pleurs, C'est qu'elle plaint, hélas I la jeunesse des fleurs. Si rapide sourire ! ou qu'elle se lamente Sur quelque vierge en peine et qui devient amante... Dors, mon enfant; je vais t'enfermer d^ns mes bras. — Allons, dispersez-vous, Sylphides, fuyez toutes I — Ainsi le chèvrefeuille en amoureuses voûtes Se courbe et s'entrelace... Ohl va, tu m'aimeras I Ainsi, dans ses anneaux la liane, avec force, De son sauvage époux emprisonne Técorce...
Oh I j'ai soif d'un bonheur inconnu! laisse-moi Boire le pur nectar de ta lèvre chérie...
Je donnerais, vois-tu, pour un baiser de toi, \
Tout mon royaume de féerie I... »
Tel j'ai voulu, Shakespeare, — ahl pardonne en faveur De mon irrésistible et constante ferveur, — Détacher trois rameaux de l'arbre fantastique, Qui varie aux regards ta forêt dramatique; Et je viens, pour offrande à ce pieux banquet. Avec tes propres fleurs te former un bouquet. •— Astre, dans tous les cieux ayant ton satellite, Des tragiques États, ô Roi cosmopolite.
2dd OEUVRES D'EMILE DESGHAMPS.
Ici, comme partout, sois donc glorifié!...
Mais notre orgueil français n'est point sacrifié Dans ce culte au divin Breton. Et certes Londre Par un même hourra peut au nôtre répondre.
N*avons-nous pas Celui qui nous préside absent, Dans son nimbe lointain poète éblouissant ?... Puis, n'opposons^nous pas, pour le scénique empire. Tartuffe à Richard trois, et Molière à Shakespeare? — Les lettres, République aux cent trônes debout. C'est un seul cœur qui bat, un seul cerveau qui bout ; Peuples! de mille accords faites votre harmonie; Vous gagnez tous, au libre échange du génie.
Et d'abord, les Grands Dieux ! ... Shakespeare, et c'est pourquoi Dans nos toasts enflammés nous commençons par toi !