A CHARLES NODIER
D'abord, quand je disais mes chansons du jeune âge.
Nul crayon ne les écrivait ; A part quelques amis de notre vieux langage.
L'air de mon doux pays tout seul les recevait.
Mais, quand j'eus vu courir, les pieds dans les broussailles. Des milliers d'amateurs et par monts et par vaux.
Pour déterrer de vieux tombeaux,
De vieux ponts, de vieilles murailles; Quand je les eus vus peindre, avec un soin pieux.
Des colonnes décapitées,
Des pierres noires, édentées.
Qui ne disaient rien à nos yeux,
Je dis : Si ce qui n'est que vieux
80 OEUVRES D'EMILE DESGHAMPS.
Aux savants semble des reliques, De vieux mots valent plus que des pierres antiques;
Aussi, ma vieille langue, aussi.
Je veux mettre une étoile à ton front obscurci.
Et soudain d'anciens mots sur le papier sonnèrent ; Ma langue plut, — partout ils me la festoyèrent. Pour jamais à son front brilla Tétoile d'or.
Chez nous, on Taima mieux encor.
Et moi, je n'en touchais plus terre...
On est si fier d'ofifrir quelque chose à sa mère l
Hélas I des voix presque aussitôt
Murmuraient à travers la brume :
Ne chante plus, poète; 11 faut Un seul langage ainsi qu'une seule coutume.
Les quarante messieurs au rigide costume,
Qui font tant de livres, là-haut.
S'ils ^entendent soufiQer, te briseront ta plume.
Cela me fit peur; — néanmoins,
Je n'en chansonnai guère moins.
Mais, dans tous les pays où je passais en fête.
Je tremblais que, l'air irrité.
Les quarante messieurs portant rayons en tête
Se tournassent de mon côté.
Un se tourna pourtant, — mais non pas en colère. Au contraire, il vanta ma langue populaire.
Il la fit reconnaître, et, pour son beau réveil, Changea son étoile en soleil.
C'est vous, monsieur, c'est vous.— Tenez, dans ma chambrette. J'en pleurai de bonheur. — J'ai donc toutes raisons De vous offrir, — à vous, la muse, moi, musette, — En fornie de bouquet, mes nouvelles chansons.
Ohl comme élégamment je vous les papillote!
Votre nom tant aimé, que d'avance j'aimais.
Sur la première je le mets...
Et sur votre grand nom, saint étendard qui flotte, J^aurais pu faire ici de belles choses, mais
Je suis des bords de la Garonne;
Nous n'osons chanter qui nous donne.