AU POETE PROSPER DELAMARE
On les voit cependant, qui se pressent d'éclore, Comme si dans leur sein devait pleurer l'aurore; Gomme si la bergère, en les cueillant, un jour, Y devait consulter l'oracle de l'amour I Car tout suit une loi fatale ; que l'on boive Le nectar ou l'absinthe, hélas I que l'on reçoive Le jour comme un bienfait ou comme un châtiment, Il faut naître, il faut vivre... il n'importe comment I
Ainsi, mes pauvres vers, floraison languissante,
Entr'ouvrant leur calice à la rosée absente,
Sous les coups de l'orage, au sifflement moqueur.
S'obstinent à jaillir des fentes de mon cœur;
Dans Tespdir qu'attendrie à je ne sais quel charme.
Vous leur pourrez donner l'aumône d'une larme,
Et que, même à la fête où l'on vous aime tant.
Votre grâce en fera sa parure un instant...
Tout meurtris, laissez-les vous chercher et vous suivre.
Et qu'ils meurent du moins... comme je voudrais vivre I
Ou si, par un miracle, on les voit refleurir.
Qu'ils vivent à vos pieds... comme on voudrait mourir.