‹ Œuvres complètes de Émile Deschamps (volume 2)Chapitre 46 sur 168 · AU POETE PROSPER DELAMARE · texte numérisé non relu

AU POETE PROSPER DELAMARE

On les voit cependant, qui se pressent d'éclore, Comme si dans leur sein devait pleurer l'aurore; Gomme si la bergère, en les cueillant, un jour, Y devait consulter l'oracle de l'amour I Car tout suit une loi fatale ; que l'on boive Le nectar ou l'absinthe, hélas I que l'on reçoive Le jour comme un bienfait ou comme un châtiment, Il faut naître, il faut vivre... il n'importe comment I

Ainsi, mes pauvres vers, floraison languissante,

Entr'ouvrant leur calice à la rosée absente,

Sous les coups de l'orage, au sifflement moqueur.

S'obstinent à jaillir des fentes de mon cœur;

Dans Tespdir qu'attendrie à je ne sais quel charme.

Vous leur pourrez donner l'aumône d'une larme,

Et que, même à la fête où l'on vous aime tant.

Votre grâce en fera sa parure un instant...

Tout meurtris, laissez-les vous chercher et vous suivre.

Et qu'ils meurent du moins... comme je voudrais vivre I

Ou si, par un miracle, on les voit refleurir.

Qu'ils vivent à vos pieds... comme on voudrait mourir.

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