‹ Œuvres complètes de Émile Deschamps (volume 2)Chapitre 48 sur 168 · TERZA RIMA · texte numérisé non relu

TERZA RIMA

Gomme un poison subtil redoutons la pensée. — Moi, si j'avais vingt fils, ils auraient vingt chevaux. Qui, sous les grands soleils ou la bise glacée,

Les emportant joyeux et par monts et par vaux. Devanceraient la flèche et l'oiseau dans leurs courses; Ils n'entendraient jamais parler de leurs cerveaux.

La matière partout leur créerait des ressources.

TERZA RIMA. iOl

Tout leur serait festin, — leur soif à tout moment Boirait le malvoisie ou Teau froide des sources.

Des chiens de tous les poils les suivraient, écumants. Ils s'époumoneraient dans un cornet d*ivoire A sonner le trépas aux sangliers fumants.

Des broussailles pour lit, un étang pour baignoire,

n dormiraient beaucoup et révéraient fort peu.

Se portant comme Hercule, et mettant là leur gloire.

Puis, l'hiver, ils auraient et l'orgie et le jeu. Tout ce qui ne sent pas la science et l'école. -- Des cartes, en voilai... mais un livre, grand Dieu!

On livre 1... ils y pourraient trouver une parole • Qui desséchât leur sang, épouvantât leurs nuits. Bouleversât leurs nerfs, rendit leur raison folle...

Ils pourraient devenir, un jour, ce que je suis !

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