A ONE MÈRE QUI PLEURE
Gommé un voleur de nuit, chez vous la mort avide S'est glissée ; et voilà qu'il dort sous le gazon Le beau petit enfant, lui qui, dans la maison. Tenait si peu de place... et laisse un si grand vide!
Quand le fil de nos jours lentement se dévide Sur le fuseau fatal, et que notre toison Tombe mûre et jaunie à l'arrière-saison, Insensé qui se plaint du moissonneur livide!
Mais qui donc avec vous, qui ne gémirait pas. Voyant que votre Abel se lasse au premier pas, Que son. rire si vite en un râle se change!...
Pourtant réfléchissons que Dieu dut bien l'aimer. Puisqu'il le prend à l'âge où, sans le transformer. De l'enfant rose et blond il va se faire un ange.
130 OEUVRBS D*ÉMILE DESCHAMPS.
RESPECT ADX CROYANCES
Devant une pagode, en Tan seize cent onze, Des soldats portugais, buvant, jurant, grondant. Troublaient de leurs clameurs les saints rites.— Le bonze Sortit et leur cria : « Sauvages d'Occident!
Arrière! cœurs plus durs que vos canons de bronze. Qui blasphémez Boudha, visage plus ardent Que le front du soleil ! » Le major don Alonze Répondit : « Mes soldats ont grand tort« — Cependant,
Leur acte impie est fils d'une sainte pensée ;
Ils font brutalement une chose sensée.
Car Boudha, c'est le temps; Jésus, l'éternité!
Le bonze alors : « Ton Dieu peut remplacer le nôtre. Mais tout blasphémateur atteint l'un comme l'autre : Respecte donc, afin d'être aussi respecté. »