APOLOGUE ORIENTAL
Un éléphant, au désert,
Avise un chardon superbe
S'épanouissant en gerbe,
Moitié rose, moitié vert;
Il y court lourdement preste.
Pour le mordre à belles dents...
Sa trompe à peine est dedans
Qu'il ne cherche pas son reste.
Gomme frappé de stupeur.
En râlant il se retire.
Le chardon alors de dire :
« Ah I ah ! mes dards te font peur!
Ils sont toujours là, mon brave I »
Mais l'éléphant : « Par ma foi.
Je n'ai pas eu peur de toi ;
Un bien autre obstacle entrave
L'élan de mon action :
Quand je flairais ma conquête,
J'ai vu derrière ta tête
Que se dressait un lion. »
Dans l'éléphant qui galope
Voyez le peuple du Don ;
Le Turc ressemble au chardon,
Et le lion c'est l'Europe.
132 OEUVRKS D'EMILE DESCHAMPS.