A MONSIEUR LE COMTE DE BUTENVAL
Quand les arbres frileux, dans leur manteau de lierre.
Se blottissent déjà pour la rude saison,
Non loin du parc ouvrant sa porte hospitalière,
Sourit au soleil pâle une blanche maison.
Nous entrons... c'est Ninive et B^zance et Solime,
Rome, Athène et Pékin, Lisbonne et Mexico!
L'âme évoque un fantôme ou charmant ou sublime;
Chaque pas ressuscite un poétique écho.
L'art et le goût exquis classent dans ces demeures
Mille tributs des temps et des pays lointains;
Devant cette pendule on oublierait les heures.
Un rêve a rallumé ces grands flambeaux éteints.
Par quelque phénomène imprévu, tous les âges,
Tous les lieux de la terre, ici représentés.
D'un magique miroir approchent leurs visages,
Et passent, nous laissant des reflets enchantés.
Là tout est beau, choisi, noble... et, ce que j'en aime,
Ahl c'est que rien n'y sent les trésors de hasard;
Voyages, souvenirs, amitiés, amours même-
Ont fait un doux musée en ce temps de bazar.
Ce que l'or seul nous donne a des beautés maussades.
Mais l'heureux créateur de ce roi des séjours
Par ses salons pompeux compte ses ambassades.
De chef-d'œuvre en chef-d'œuvre il remonte ses jours.
Et moi qui n'osais pas, moi que sa courtoisie
Admit à visiter son temple glorieux,
Je voudrais recevoir le don de poésie
Pour lui rendre en accords la fête de mes yeux.