‹ Œuvres complètes de Émile Deschamps (volume 4)Chapitre 54 sur 164 · DERNIÈRE OFFRANDE · texte numérisé non relu

DERNIÈRE OFFRANDE

D'un fol amour gage timide.

Que la complaisante amitié Accepte aujourd'hui par pitié Tresse brune, de pleurs humide,

A son oreille, 6 mes cheveux.

Vous serez placés pour entendre Ou prière ou reproche tendre, Bien des serments, bien des aveux;

Ah ! qu'elle trouve un cœur siûcère!

L'amour qui change est si cuisant!

Et son bonheur m'est nécessaire...

Je n'en ai pas d'autre à présent.

Si j'ai voulu de sa jeune âme Posséder les amours constants.

C'était pour qu'elle fût la femme La plus heureuse de son temps.

Eh bienl privé d*elle, auprès d'elle.

Déchu du rêve de mes jours.

Qu'elle soit heureuse toujours; Je la croirai toujours fidèle!

Mais, s'il se pouvait que d'un fat.

Chantant Famour pour qu'on Tadule, L'hommage Insolent triomphât De ce cœur perfide... et crédule,

O mes cheveux, vous serez là ; Sonnez l'alarme à son oreille; Criez : au trompeur ! — sauvez-la D'une vie à mon sort pareille.

Car je mourrais de son regret.

De mon front brûlant, mon ivresse N'a détaché que cette tresse. — Mon désespoir achèverait.

Quand le vent d'Afrique profane Le frais empire du printemps, Tout à coup pâlit et se fane La rose aux boutons éclatants ;

Et, sous le même vent flétrie, La couronne du peuplier Tombe autour de la fleur chérie Qu'il aimait tant à voir briller.

Et vous, mes vers, les seuls sans doute Que je puisse encor soupirer.

L'ingrate en son cœur vous redoute.

Et les feux vont vous dévorer. —

Mourez aussi dans sa mémoire, Et jamais, jamais, croyez-m'en, Ne lui racontez mon histoire, De peur d'attrister son roman !

( Poésie portugaise. — camobns)

( Dans le VII* chant, Vasco de Gama commence à expliquer aux chefs indiens les combats représentés sur les bannières portugaises... Tout à coup Camoêns interrompt ce récit pour faire un retour sur lui-même... ) ■

Des exploits qu'aux regards raconte la peinture

L'Indien dévorait la vivante imposture...

Mais, que fais-je, insensé? ma voix meurt sans écho...

Muses du Tage, ô vous, nymphes du Mondégo,

Oserais-jè, sans vous, de ces faits mémorables

Tenter ces grands récits? — Soyez-moi secourables;

Mon esquif est livré, sur une mer sans fond,

A la guerre que l'onde et tous les vents me font :

Sauvez-le, sauvez-moi. Muses, de leur furie!

Vous le savez, mes chants voués à la patrie N'ont conjuré jamais orages ni périls :

De malheurs en malheurs et d'exils en exils.

Par le souflQe du sort poussé comme une paille. Et toujours sur les flots ou les champs de bataille, Je lutte, je combats... et j'écris cependant! J'écris encor, semblable en mon délire ardent A la fille d'Éole, expirante, qui lève Le style d'une main, et de l'autre le glaive ! Tantôt, ayant pour sœurs l'indigence et la faim. Sans amis que mes vers, sans autre asile enfin Que la triste demeure ouverte, dans la ville. Par la pitié publique à la misère vile!

Si Tespérance encor reparaît dans ma nuit.

C'est la fleur qui se fane, ou Tétoile qui fuit; L^abîme, qui s'était fermé comme une plaie, Se rouvre plus profond sous mon pied qui s'effraie. Tantôt, couché, lugubre ainsi qu'Ézéchîas, Sur un lit de douleur, je n'attends plus, hélas! Qu'un bras pour me jeter au dernier habitacle, Et, comme lui, j'échappe à la mort, par miracle.

Pour comble d'injustice et de calamités.

Je dois mon infortune à ceux que j'ai chantés; Elle est le prix des vers qui parent leur histoire. — Au lieu du saint repos qu'espère la victoire. Au lieu de ces lauriers qu'a mérités mon front, Je n'ai donc récolté que torture et qu'affront, Et le sauvage oubli de ces ingrats superbes f...

Nymphes, qui sous vos jeux foulez les molles herbes, Muses du Tage, eh bieni soyez mon seul trésor! Soutenez du regard mon homérique essor; Ne m'abandonnez pas à mon aile incertaine Lorsque je vais chanter la gloire lusitaine!

Vous ne me verrez point, couronné de vos mains. Prostituer vos dons à d'indignes humains ; Je le jure par vous; et, si jamais mon âme Se traînait bassement dans un parjure infâme. Puissent mes oppresseurs, de ma honte surpris, A leur ingratitude ajouter leurs mépris !...

Voilà donc, juste ciel ! le destin qu'au génie Réservent les enfants de la Lusitanie!

Aussi, les malheureux! leur idole est Plutus! Contempteurs du poète, ils rampent sans vertus I O Plutus! dieu de l'or, dieu de sang et de boue! Seule idole qui règne et que le siècle avoue. L'opulent et le pauvre, avec même ferveur, Luttant d'avidité, harcèlent ta faveur.

Le crime entre aussitôt dans Tâme qui t'adore. C'est pour avoir les biens du riche Polydore

Que le roi de la Thrace, intrépide guerrier, Se changea, sans remords, en lâche meurtrier. — L'impénétrable tour s^ouvrit à cette pluie Dont Tor divin baignait la captive éblouie. — L'or égara, devant les grands dieux protecteurs, Tarpéia qui, la nuit, aux Sabins corrupteurs, Livra le Gapitole, et mourut étouffée Du poids des boucliers, funéraire trophée.

L'or conseille ardemment la bassesse aux grands cœurs; Il attache la fuite aux étendards vainqueurs; Il fait les faux amis, les sujets infidèles ; Mieux que le fer, il prend les fortes citadelles; Dans le sein de la vierge, à son bruit suborneur, Se taisent les combats pudiques de Thonneur; Il tente quelquefois les enfants de Minerve, Et Tinspiration se déprave et s'énerve.

L'or, qui tient la balance et le glaive soumis, Interprète et corrompt les arrêts de Thémis : Il condamne, il absout, il juge, il interroge; Les lois qu'il suscita, plus tard il les abroge ; Le poison avec lui surgit entre parents ; Sacrilèges pour lui, les rois se font tyrans; On l'a vu se glisser jusques au sanctuaire.

Troubler et fasciner presque sous le suaire Le cénobite, au seuil de son éternité.

Et des chastes autels souiller la sainteté I...

Mais je vous prie encore et vous adjure, ô Muses I Devant qui les cœurs vils ne trouvent point d'excuses. Si Gamoêns chantait pour de l'or une fois, Otez-lui, pour jamais, le génie et la voix.

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