SON HISTOIRE, SES HISTORIENS
Notre histoire, depuis Clovis, le fondateur de la première monarchie française, jusqu'à nos jours, où se posent, après tant d'oscillations, les fondements d'un nouvel ordre politique, notre histoire, de siècle en siècle, n'a cessé d'être une des plus variées et des plus unitaires à la fois, une des mieux remplies de grands événements et de grands hommes, d'intrigues humaines et de drames providentiels; enGn la plus imposante, on peut le dire, dans son ensemble, comme la plus curieuse dans tous ses détails. Eh bien! qu'on se reporte seulement aux jeunes années de ceux d'entre nous qui ne sont pas encore très-vieux, et l'on reconnaîtra qu'à cette époque si rapprochée, l'histoire de Franoe, si vaste, si féconde, si vieille et si vivace, si riche et si complète, manquait cependant de quelque chose d'essentiel, dont aucune histoire ne peut guère se passer : elle manquait... d'historiens I
Non pas que le xv!!"" et le xviii' siècle aient été dépourvus d'ouvrages historiques sur nos annales et les règnes de nos rois, mais ces ouvrages, remarquables par leur nombre et leur grosseur, étaient presque entièrement dépourvus eux-mêmes d'aperçus généraux, d'esprit philosophique, de composition ou de style, de
synthèse enfin. C'était un emmagasînement de faita, de traités et de dates, ce n'était pas de l'iiîstoire.
Les Grecs, qui ont toujours raison, après deux mille ans, en matière d'art et de goût, avaient voulu qu'une muse présidât à l'histoire, enseignant par là que l'inspiration et la forme sont un luxe de première nécessité dans un historien, qui, à leur défaut, n'aurait qu'une érudition stérile. — Or, nos illustres écrivains qui, dans les deux derniers siècles, se sont occupés de l'histoire, n'ont pas écrit la nôtre : c'est Bossuet, lançant comme des foudres d'éloquence sacrée les pages rayonnantes de son Discours sur V histoire universelle ; c'est Rollin, jetant dans son Histoire ancienne l'âme du christianisme à travers le génie de l'antiquité; c'est Montesquieu évoquant, pour les peser au poids de son propre génie, la Grandeur et la décadence des Romains; c'est Voltaire, racontant, avec un charme de naturel et une raison ornée qui ne sont qu'à lui, les héroïques aventures de Charles XIL — Donc, nos plus grands auteurs allaient faire de l'histoire à distance, et les chroniques françaises, domestica fada, restèrent, jusqu'au siècle actuel, la proie presque exclusive des érudits sans style ou des écrivains sans idées. Hâtons-nous d'avouer que les mémoires, depuis le sire de Joinville jusqu'au cardinal de Retz, dédommageaient agréablement nos pères de l'absence de toute belle histoire nationale, car les Français, et il faut en chercher la raison dans leur propre caractère, comme Ta observé M. de Chateaubriand, les Français ont toujours excellé dans les mémoires qui laissent une si grande place à la personnalité et aux fantaisies de l'esprit.
Voyez pourtant comme, à compter de l'époque où nous vivons, abondent les histoires de France philosophiques, éloquentes, passionnées, dignes enfin des choses qu'elles racontent et des hommes qui les lisent. Nos historiens du XI x« siècle ont dépassé bien vite les Gibbon, les Hume, les Robertson, qui les avaient devancés en Angleterre, et ils ont fini par atteindre, en prenant d'autres voies, les meilleurs historiens de la Grèce et de Rome. — D'où vient donc cette subite explosion de nos facultés IV. 9
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historiques vers notre propre histoire? On peut y assigner deux causes déterminantes :' l'une est le retour général de notre littérature et de nos arts aux choses d'origine française, aux beautés natives de notre passé. Le génie du siècle de Louis XIV, qui fut si français dans^ses perfectionnements du langage, resta antique par l'idée, par les sujets, par les études. Ce n^st que de nos jours qu'une réaction nationale s'est faite dans le goût et le sentiment littéraires.
Sai des sujets nouveaux faisons des vers antiques,
avait dit André Chénier; Chateaubriand parut et ouvrit la grande source moderne où puisèrent un peu plus tard les chefs de l'École dite Romantique. — Poésie, théâtre, roman, tout se transforma, tout devint français et vieux français. — L'histoire, cette noble partie de la littérature, suivit le mouvement et fouilla nos trésors domestiques.
Il faut chercher la seconde cause de cette évolution tardive et soudaine dans l'énormîté sans exemple des événements contemporains, où la France jouait le premier rôle. Frappés de ces grands spectacles, les esprits élevés et profonds -- ce sont les mêmes — comprirent que le passé d'une nation qui a un tel présent valait bien qu'ils l'étudiassent avec science, conscience et patience, afin de renouer à la vieille assise gauloise la chaîne logique des temps et des faits, et de revenir d'anneaux en anneaux jusqu'à l'époque actuelle où l'autre bout de la chaîne est rivé dans la pierre des institutions modernes.
De là cette multitude d'excellents travaux historiques, éclos en si peu d'années. — L'histoire de France, depuis les commencements de notre siècle, a été explorée de toutes les manières, d'après toutes les méthodes, par tous les talents. — Origine des races, constitutions primitives, anciennes coutumes des provinces, chroniques oubliées sur les plus intéressants épisodes, chevalerie et croisades, guerres étrangères, guerres civiles, guerres religieuses, luttes des rois contre les grands vassaux
et de ceux-ci contre les communes, marche progressive des lettres, des sciences et des arts, rivalités de la cour et des parlements, querelles de TÉglise et de la bourgeoisie, caractères des hommes marquants et physionomie des époques, temps barbares, temps féodaux, temps monarchiques, temps philosophiques, transformations politiques et sociales, tout a été, de notre vivant, Fobjet des plus studieuses investigations, des compositions les plus justement admirées. — Et, comme nos quatre-vingts dernières années sont à elles seules dix siècles de grandeurs et de calamités, d^épouvantement et de gloire ; comme les événements, les inventions et les hommes de ces quatre-vingts années de la France suffiraient aux fastes de dix peuples, la plupart de nos meilleurs historiens nous ont écrit Thistoire raisonnée ou dramatique de cette période ou des segments les plus prodigieux de ce cercle de prodiges. — Les noms propres se presseraient sous ma plume, s'ils n'étaient pas sur les lèvres de tout le monde.
Il ressort de tout ceci que les Français étaient doués à profusion du génie historique joint au sentiment national, dont un malentendu littéraire, une déviation du goût ont seuls retardé l'éclatante manifestation.
On pourrait croire à des redites continuelles, à une monotonie nécessaire dans toutes ces histoires d'une même période : on croirait ce qui n'est pas. D'abord, les écrivains les plus égaux par le mérite sont les plus dissemblables par le genre de talent. Dans les lettres et les arts, il n'y a même d'égalité possible qu'à la condition de la dissemblance ; sinon, il y aurait copie ou reflet, et alors inégalité radicale. Ce n'est pas en marchant sur les pas de quelqu'un qu'on peut être de niveau avec lui. — Et puis, un demi-siècle où tant de choses ont tombé, où tant de choses ont surgi, où tous les phénomènes de la guerre et toutes les merveilles de la paix se trouvent accumulés, qui regorge de faits et de personnages, apparaît comme un être multiple que ne peut embrasser un seul homme, quelque grand qu'il soit. Il en est des histoires d'une telle époque comme de plusieurs portraits d'une personne à physio-
146 OEnVRES D'ÉiriLE DESGBAMPS.
historiques vers notre propre histoire? On peut y assigner deux causes déterminantes :* l'une est le retour général de notre littérature et de nos arts aux chose» d'origine française, aux beautés natives de notre passé. Le génie du siècle de Louis XIV, qui fut si français dans^ ses perfectionnements du langage, resta antique par l'idée, par les sujets, par les études. Ce n^st que de nos jours qu'une réaction nationale s'est faite dans le goût et le sentiment littéraires.
Sas des sujets nouveaux faisons des vers antiques,
avait dit André Ghénier; Chateaubriand parut et ouvrit la grande source moderne où puisèrent un peu plus tard les chefs de l'École dite Romantique. — Poésie, théâtre, roman, tout se transforma, tout devint français et vieux français. — L'histoire, cette noble partie de la littérature, suivit le mouvement et fouilla nos trésors domestiques.
Il faut chercher la seconde cause de cette évolution tardive et soudaine dans l'énormité sans exemple des événements contemporains, où la France jouait le premier rôle. Frappés de ces grands spectacles, les esprits élevés et profonds — ce sont les mêmes — comprirent que le passé d'une nation qui a un tel présent valait bien qu'ils l'étudiassent avec science, conscience et patience, afin de renouer à la vieille assise gauloise la chaîne logique des temps et des faits, et de revenir d'anneaux en anneaux jusqu'à l'époque actuelle où l'autre bout de la chaîne est rivé dans la pierre des institutions modernes.
De là cette multitude d'excellents travaux historiques, éclos en si peu d'années. — L'histoire de France, depuis les commencements de notre siècle, a été explorée de toutes les manières, d'après toutes les méthodes, par tous les talents. — Origine des races, constitutions primitives, anciennes coutumes des provinces, chroniques oubliées sur les plus intéressants épisodes, chevalerie et croisades, guerres étrangères, guerres civiles, guerres religieuses, luttes des rois contre les grands vassaux
et de ceux-ci contre les communes, marche progressive des lettres, des sciences et des arts, rivalités de la cour et des parlements, querelles de TÉglise et de la bourgeoisie, caractères des hommes marquants et physionomie des époques, temps barbares, temps féodaux, temps monarchiques, temps philosophiques, transformations politiques et sociales, tout a été, de notre vivant, l'objet des plus studieuses investigations, des compositions les plus justement admirées. — Et, comme nos quatre-vingts dernières années sont à elles seules dix siècles de grandeurs et de calamités, d'épouvantement et de gloire ; comme les événements, les inventions et les hommes de ces quatre-vingts années de la France suffiraient aux fastes de dix peuples, la plupart de nos meilleurs historiens nous ont écrit Thistoire raîsonnée ou dramatique de cette période ou des segments les plus prodigieux de ce cercle de prodiges. -^ Les noms propres se presseraient sous ma plume, s'ils n'étaient pas sur les lèvres de tout le monde.
Il ressort de tout ceci que les Français étaient doués à profusion du génie historique joint au sentiment national, dont un malentendu littéraire, une déviation du goût ont seuls retardé l'éclatante manifestation.
On pourrait croire à des redites continuelles, à une monotonie nécessaire dans toutes ces histoires d'une même période : on croirait ce qui n'est pas. D'abord, les écrivains les plus égaux par le mérite sont les plus dissemblables par le genre de talent. Dans les lettres et les arts, il n'y a même d'égalité possible qu'à la condition de la dissemblance ; sinon, il y aurait copie ou reflet, et alors inégalité radicale. Ce n'est pas en marchant sur les pas de quelqu'un qu'on peut être de niveau avec lui. — Et puis, un demi-siècle où tant de choses ont tombé, où tant de choses ont surgi, où tous les phénomènes de la guerre et toutes les merveilles de la paix se trouvent accumulés, qui regorge de faits et de personnages, apparaît comme un être multiple que ne peut embrasser un seul homme, quelque grand qu'il soit. Il en est des histoires d'une telle époque comme de plusieurs portraits d'une personne à physio-
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nomie expressive et mobile : tous peuvent ressembler au modèle et ne pas se ressembler entre eux. Selon les différences des points de vue, Tun a laissé dans Tombre ce que Tautre a mis en relief. Selon le goût naturel, Torganisation sympathique des peintres, celui-ci aura caressé plus complaisamment tel trait, celui-là tel autre. Tous sont vrais, aucun n'est toute la vérité. Le regard ne fait pas à la fois le tour entier des corps, et une seule plume est aussi inhabile qu'un seul pinceau à tout saisir et à tout rendre. Enfin, quelles larges et profondes séparations la seule divergence des opinions n'établit-elle pas entre les historiens d'une môme histoire! Les yeux voient différemment suivant les lunettes; la forme ou la couleur du verre modifie singulièrement les objets. — La monotonie n'est donc pas à craindre en pareille matière, ni même l'épuisement.
Et, tenez ! ce n'est certes pas la quantité ni la qualité des talents qui manquent à notre histoire contem* poraine : ne semblerait-il pas qu'ils n'ont plus rien laissé à dire?... Cependant, j'oserais presque affirmer qu'un livre assez neuf est encore à faire sur ce sujet tant et si bien traité, un livre de haute moralité historique, dans lequel on montrerait et on démontrerait, après un récit vivant des principaux faits, comment chacun des pouvoirs, chacun des gouvernements qui se sont succédé depuis notre grande révolution, a péri par l'abus de son principe ou par les excès de sa passion dominante. Ainsi, Robespierre meurt par la guillotine qui fut son symbole politique. Ainsi Napoléon, en qui la postérité personnifiera toujours le triple génie politique, organisateur et législateur, mais qui fit surtout sentir à l'Europe contemporaine son génie de guerrier et de conquérant. Napoléon qui montrait à tous son principe immémorial et ses alliances européennes, Napoléon, dont l'empire fut un camp, dont le sceptre fut un glajve, dont le peuple fut une armée et le règne une bataille, Napoléon, cet empereur de la guerre, est détrôné, un jour, par la guerre.
Donc tous les pouvoirs, depuis bientôt un siècle, sont
morts de ce qui avait fait leur vie : on ne tombe que du côté où Ton penche ; grande leçon à étudier pour tous les gouvernements. — Autre phénomène : dans la France de nos jours, trois fois l'empire des Napoléon... trois fois l'invasion étrangère ; trois monarchies bourbonniennes et parlementaires, trois révolutions intestines?
Pourquoi ?... pourquoi ces catastrophes invariables et fatales ?
Comme ces exemples de notre jeune passé deviendraient d'utiles enseignements pour l'avenir sous la plume d'un grand historien ! Il aurait à faire ressortir l'action mystérieuse de la Providence sous l'écorce grossière des événements ; et par quel talion irréfragable tel principe produit fatalement tel résultat à une heure marquée, mais inconnue; et comment un sauveur est toujours suscité pour la France sur le bord même de l'abîme. 11 examinerait aussi jusqu'à quel point est fondée l'accusation d'inconstance politique, lancée de tous côtés contre les Français de notre âge ; et si, par-dessous cette palpable versatilité touchant la forme gouvernementale ou les personnes souveraines, ne s'est pas développée chez nous une fidélité opiniâtre à certains grands principes d'organisation civile, tels que : liberté de conscience et des cultes, répartition proportionnelle de l'impôt, admission de tous à tous les emplois, égalité en toutes choses possibles; l'égalité! la passion française!... Et tout cela, avec un penchant originel vers l'autorité unitaire, pourvu qu'elle veuille et sache sauvegarder ces bases essentielles du nouveau pacte social et partager sincèrement avec la nation l'exercice même de son pouvoir qui n'est plus viable qu'à ce prix. Trois mille personnes qui crient font plus de bruit que trente millions qui se taisent; de là l'indispensable nécessité d'un scrutin secret, général et périodique. Enfin un dernier et terrible phénomène s'oflTrirait aux méditations de l'historien philosophe : le spectacle d'une barbarie qui ne nous menace plus des extrémités du globe, mais qui nous montre le poing dans nos rues, dans nos champs.
dans nos maisons, qui vit avec nous contre nous, et que la société porte, pour ainsi dire, entre cuir et chair; car ce ne serait plus une irruption^ mais une éruption de Barbares. Gomment s^en défendre?... Les anciens Barbares envahirent facilement l'empire d'Orient voué aux discussions éternelles et dominé par des rhéteurs loquaces. Ils furent arrêtés dans les Gaules par la puissance militaire des princes chevelus, sobres de paroles et prodigues de bravoure et de détermination. Ne doit-on pas faire de même avec les nouveaux barbares?... G'est le moment de parler peu et d'agir beaucoup; et la France, qui comprend, se taira volontiers en présence d'un péril dont rien ne saurait la garantir que le faisceau des forces concentrées en des mains inébranlables.
Et cependant, chaque révolution successive, de quelque nature qu'elle fût, n'avait-elle point, parmi son mauvais alliage, apporté l'or pur de ses progrès? Tous les gouvernements n'ont-ils pas eu leurs hommes supérieurs, courageux et sincères? L'historien, en sondant la plaie de chaque pouvoir disparu, ne chercherait pas à l'envenimer de haines et de dénigrements ; il tiendrait compte à tous ces pouvoirs (j'en excepte le régime de la Terreur qui est une monstrueuse exception) du mal qu'ils ont comprimé, du bien qu'ils ont hâté, à travers tant de difficiles complications : l'ingratitude est une absurdité autant qu'un vice. Il ferait la part des choses et la part des hommes.
Tels sont quelques-uns des thèmes qui formeraient les chapitres de la nouvelle histoire qui me semble encore à faire après toutes les excellentes histoires déjà faites. — Quelle mine féconde pour la main qui saurait l'exploiter! — Avec de favorables augures pour les futures destinées de la patrie, on en tirerait, pour les individus, des leçons de tolérance mutuelle, fondées sur l'antagonisme même des divers gouvernements sous lesquels ils ont vécu. L'indulgence politique est un devoir pour tous les citoyens, parce que chacun en a besoin pour soi.
£h ! mon Dieu, entrez avec moi à l'hôtel des Invalides, et voyez la cordiale fraternité qui règne entre
tous ces braves gens, de drapeaux, d'âges et de régîmes si opposés : vieille Monarchie, République, Vendée, Empire, Restauration, royauté de Juillet, tout est la France pour ces vrais Français; — aigle, coq, fleurs de lis, ne sont à leurs yeux que des symboles ou des cocardes qu'il a plu à la France d'adopter, des parures que la folle qu'ils aiment a mises tour à tour à son bonnet; et comme ils n'ont jamais vu que la France dans toutes ces métamorphoses, ils ne se partagent pas en vainqueurs et en vaincus, pour se haïr ou s'opprimer, et nul ne se fait mécontent pour le plaisir de troubler la bonne harmonie ; mais chacun d^eux garde et exprime ingénument ses affections, ses préventions mêmes, ses espérances peut-être, sans dénoncer ni maudire celles de ces frères; et ils se tendent la main... quand ils en ont. — Puissent les héros et les blessés de la politique venir prendre leçon des héros et des blessés de la guerre. Puisse tout le monde être bien convaincu, comme je le suis, que Tesprît de parti est le plus sot des esprits !
L'époque serait bonne pour proclamer toutes ces choses. Jamais il n'a été si nécessaire de dire le bien... Ajoutons qu'il faut le bien-dire. — Encore une fois, et pour nous résumer en revenant à notre point de départ, une histoire médiocrement écrite ne sera jamais que peu lue; et privée d'agréments, elle le sera d'utilité. C'est le talent qui est sympathique, et de nos jours principalement les sciences, même les plus ardues, ne peuvent se passer du style, qui donne la grande notoriété et la longue durée, et fait les renoms immortels. On pourrait voir plus que cela encore dans un chefd'œuvre d'art ; on peut y voir une nouvelle preuve de l'immortalité de l'âme. — En effet, rien dans le monde créé ne se développe que conformément aux germes préexistants, nul être ne peut transmettre que les propriétés qu'il possède en soi-même. C'est ainsi que tout animal et l'homme, en procréant par une faculté matérielle, ne donnent naissance qu'à une matière périssable comme eux, ne transmettent qu'une vie mortelle comme la leur; ce sont des éphémères qui produisent
des éphémères. — £t pourtant, quand un homme crée, on ne sait par quelle génération impalpable, une œuvre de sa pensée, une poésie inconnue, il se peut qu'il enfante une chose immortelle 1 Avec quoi donnerait-il Timmortalité, si tout en lui devait mourir? Il y a donc dans Thomme une essence immatérielle et immortelle, et c^est ce que nous nommons âme.
Me voilà loin de la France et de son histoire... pas si loin peut-être I car Timmortalité paraît affectionner cette nation-phénix qui a rejailli plus d'une fois de ses cendres et qui ressuscite aujourd'hui plus vivace qu'en aucun temps.