‹ Œuvres complètes de Emile DeschampsChapitre 14 sur 42 · LA CHASSE ENCHANTÉE · texte numérisé non relu

LA CHASSE ENCHANTÉE

Dans un noir vallon oh la Creuse Détourne ses flots écumanls, Emma, jusqu'à quinze ans heureuse, Cachait sa vie et ses tourments.

Là, sur le tombeau de sa mère, Elle soignait de tristes fljeurs.

Parure fragile, éphémère.

Mais qui revivait sous ses pleurs.

Un jour, l'écho de la yallôe Renvoie un bruit lointain de cor ; A ce bruit, la belle isolée Cherche un abri plus sombre ençor.

C'était une biche tremblante Fuyant le chasseur matinal ; Hélas I dans sa fuite brûlante.

Bile emporte le trait fatal.

c Pauvre biche, dit la bergère.

Comme te voilà tout en saiig ! • Et déjà, d'une main légère.

Elle presse et lave son flanc.

« Quel monstre t'a si fort blessée.

Toi, des bois l'orgueil et l'amour?. .. » Ah ! ce monstre, jeune insensée.

Pourrait te blesser à ton tour I

Or, voici, palpitant de joie,

Le chasseur qui court à grands pas;

Des yeux il dévore sa proie,

Et son arc ne pardonne pas.

Déjà la mort est préparée.

Le trait va s'échapper.. . c 'Méchant!

c Méchant ! x dit la vierge éplorée^

Sous ses longs cheveux se cachant.

f Va ; la liberté t'est rendue, Blonde biche, dit le chasseur.

Mais la mienne, je l'ai perdue ; Sera-ce amertume ou douceur?

Bt toi, — les autres, que sont-elles ? — Dis-moi, de grâce, si je vois, La plus charmante des mortelles.

Ou la déesse de ces bois ?

— Je ne suis qu'une pauvre fille.

Qui n'ai plus, hélas 1 qu'à souffrir ; Ma mère!... son âme au ciel brille, Et, pour la voir, je veux mourir!...

— I4on, tu ne mourras point, chère ange. »

Il fait un signe, et la forêt

S'anime d'un murmure étrange, Et toute une cour apparaît.

Nobles écuyers et beaux pages, Sur un geste de leur seigneur. Venaient, en galants équipages.

Et le front nu, lui rendre honneur.

« Vous voyez cette pastourelle.

Dit-il, humble fleur du coteau ; Que tous les saluts soient pour elle.

Car c'est la dame du château ! »

Et de ce nom chacun l'appelle.

Emma rêvait!... Le lendemain, Sire Enguerrand, dans la chapelle, Mit un anneau d'or à sa main.

Grands festins à la cour ravie Ne cesseront durant vingt jours...

Dieu seul, qui mesure la vie, Sait quand finiront leurs amours !

— Et dites-moi, beau sire, reprit Caliste, quand il eut fini de chanter, sait-on quel grand poète, trouvère ou troubadour, a composé cette si gentille ballade?

— Votre indulgence la traite si magnifiquement, répondit Gaultier, que je n*ose vous nommer l'auteur.

— Bonne maman, elle est de lui, elle est de lui!

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