‹ Œuvres complètes de Emile DeschampsChapitre 40 sur 42 · A M. ANTOINE DE LATOUR · texte numérisé non relu

A M. ANTOINE DE LATOUR

Versailles, 28 mai 1865 .

Cher poète ami,

Je suis très-fier de vos perquisitions et je me hâte de vous répondre :

i<» C'est à Paris, en 4832 ou 1833, que sont nés mes deux petits monstres jumeaux. Ils ont paru simultanément dans plusieurs revues et journaux; mais je ne me souvenais plus de les avoir réunis en une brochure, ni par conséquent d'en avoir fait hommage à notre cher grand poëte Alfred de Vigny. Vous en savez plus long que moi en ceci, comme en beaucoup d'autres choses. Tout ce que je crois, c'est qu'une Revue quelconque m'en aura, dans le temps, fait un petit tirage.

Ge dont je suis sûr, c'est que j'ai pris mes deux frères tout à fait dans mon imagination et avant qu'il fût question, du moins à ma connaissance, des deux Siamois, ce qui me fit appeler ceux-ci d'infâmes plagiaires, quand ils parurent en France. La chose est originale n'est-ce pas? Toutefois, pour être dans le vrai, je reconnais que les deux Siamois existaient avant ma nouvelle, maïs je n'en savais rien.

Plus de vingt ans après, en 1856, l'éditeur Henneton, rue Saint-Anne, publia mon Paul-René avec d'autres productions analogues, en deux petits volumes, édition diamant, sous le titre de Contes physiologiques et Réalités fantastiques. Cette édition est entièrement épuisée, comme toutes les autres... et comme moi-même. Ces deux petits livres contenaient encore quatre ou cinq nouvelles. Mea culpa, Biographie d'un Lampion, le Bai de noces. Pantoufles! pantoufles i et Mon Fantastique^,

1. Dans le classement de ses œuvres, l'auteur n'a pas suivi l'ordre qu'il indique ici.

300 OEUVRES D'EMILE DESGHAMPS.

go Quant aux Huguenots, non-seulement j'ai fait les paroles du duo du li^ acte, mais presque tout cet acte, et tout le 5« à peu près. De plus, j'ai introduit dans Topera le rôle de Marcel en entier, personnage inventé par Meyerbeer et traité par moi, ainsi que Pair du page à la fin du 4" acte, et bien d'autres choses. Ce qui a fait que Meyerbeer m'a cédé une part étemelle dans les droits d'auteur que je continue à toucher. Nous n'avons pas voulu demander cette part sur les droits de Scribe (ce qui eût été plus juste puisque j'étais son collaborateur réel), mais ce grand remaniement, ces créations nouvelles avaient eu lieu pendant une maladie et un voyage de Scribe, et sans sa participation, et sans son aveu : nous avons craint de le blesser.

Au surplus le célèbre ténor Adolphe Nourrit avait eu la première idée de la situation et du duo du U"" acte, ainsi que de quelques autres améliorations importantes. J'eus avec lui plusieurs conférences intéressantes, mais c'est moi qui ai tout écrit, et Meyerbeer a composé comme moi très-vite et presque improvisé le fameux duo tel qu'il est, mais après en avoir beaucoup parlé avec Adolphe Nourrit, grand artiste qui était également très-littéraire et d'un conseil excellent pour les eflTets et les situations dramatiques.

Tous ces détails sont consignés dans plusieurs feuilles publiques, biographies et journaux du temps, et surtout depuis la mort de Meyerbeer, avec cette épîtaphe que j'ai faite pour lui :

Dans son camp de victoire, en plein triomphe, il tombe; Berlin lui donna l'âme et nous reprend son corps ; Mais Paris, s'il n'a pas son berceau ni sa tombe, Fut le trône adoptif de ce roi des accords I

J'espère, cher poète ami, que je vous en dis plus que vous n'en vouliez savoir: mais quand on cause avec vous, on n'en veut pas finir, c'est comme quand on lit vos poésies...

A vous de tout moi,

EMILE DeSGHAMPS.

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