SCÈNE VII
RAYMOND, puis fi.MILIE.
Dieux! quelle voix ! elqueli procédés! Ma fille! ma fille!
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^MILIIil.
Eli bien, que voulez-vous?
RAYMOND
Donne-moi la clef de mon piano; bon! la voilà.
(Ouvrant le piano.) EMILIE.
Que voulez-vous faire ?
RAYMOND
Ce que je veux faire ! du Rossini, première qualité.
AIR de La Légère.
En musique,
Je m'en pique,
Je ne suis point fanatique.
Rossini, c'est l'homme unique,
Le dieu d'aujourd'liui,
C'est lui.
Paësiello, dans son art.
Certes, vaut bien qu'on le cite;
Haydn a du mérite, Et j'estime assez Mozart; Mais qu'on était dans l'enfance, Et quelle pitié, bon Dieul Lorsqu'on admirait en F"rance Grétry, Berton, Boieldieu!
En musique, etc.
EMILIE
Eh mon Dieu ! que vous a-t-il donc fait?
RAYMOND
Ce qu'il m'a fait! Attends donc, je crois que c'est dans son genre.
(il chante en s'accoinpagnant.) Troppo languir Per una b'^lla.
Mi fa morir, Tra, la, la, la.
EMILIE, à part.
En vérité, je crois que mon père est devenu fou.
RAYMOND
Troppo languir Per una bella.
(il se met à écrire, et parle en même temps.)
A propos, lu ne sais pas, ton M. Edouard, ce jeune homme si riche...
(Se mettant à chanter. ) Troppo languir...
EMILIE, vivement.
Eh bien! mon père, M. Edouard?
RAYMOND
Aussi tu m'interromps ; tu me fais perdre mon molif... un thème magnifique !
EMILIE
Que disiez-vous tout à l'heure de M. Edouard?
RAYMOND
Je dis qu'il y en a tant qui s'enrichissent, qu'il n'est pas étonnant que d'autres se ruinent.
EMILIE
M. Edouard ruiné ! cela n'est pas possible.
RAYMOND
Non, un banquier, cela, ne s'et^t jamais vu: il n'oserait pas : le voilà réduit à donner des leçons pour vivre.
Alli : l'ii motif plus puissanl, je pense.
Ce revenu pourra bien lui suffire, S'il est vrai qu'il ait du talent.
EMILIE
Oui, j'en conviens, il en a : c'est-à-dire,
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Il en avait tant qu'il fut opulent ; Mais c'est ainsi dans celte grande ville : Pour du talent... cent fois j'en fus lémioin, On en a trop tant qu'il est inutile, On n'en a plus dès qu'on en a besoin. (Raymond chante la ritournelle de l'air à demi- voix, puis très-fort, et dit ù 3U fille.)
Tiens, ma tille, je l'en prie, fais un instant le second dessus... tra...la, la, la; et moi, la basse, vois-tu, pon, pon, pon. (on sonne.) Là, on vient encore m'interrompre au plus
beau moment. (On sonne toujours.) Assez, assez! (So bouchant les
oreilles.) Asscz! mon moFceau qui est en si, et cette maudite sonnette qui me fait un w< continuel! si, ut, si, ut; drelin, drelin, drelin... c'est fini, il faut que je change ou ma sonnette ou mon morceau.
(Emilie pendant ce temps a été ouvrir.)