URSULE, CÉLINE
URSULE
Eli ! mais, Céline, où. vas-lu donc ainsi ? comme te voilà grave et sérieuse ! et ce mouchoir à la main, en héroïne de roman? (a part.) Elle .eut déjà faire la grande dame.
CÉLINE
Je ne sais, ma cousine, mais je suis toute triste.
URSULE
Eh bien ! il faut te dissiper, il faut jouer.
Je ne peux plus, mes joujoux m'ennuient.
URSULE
Voilà qui est terrible; alors cherche Octave, ton petit camarade.
CÉLINE
Octave! il n'est pas en train de jouer non plus, il est comme moi.
ScBiBE. — Œuvres complètes. llœe Série. — 8"»^ Vol. — 7
AIR : Aussilôt que je t'aperçois. {Azemia.)
Premier couplet.
Nous ne savons d'où vient cela ;
C'est ce qui me tourmente.
Je suis triste s'il n'est pas là,
Lui si je suis absente.
Avec tous les petits garçons.
Sous le tilleul quand nous dansons, Je n'aime {B/s.) que ses chansons.
S'il prend quelqu' autre pour sa dame, J'en suis chagrine au fond de l'àme :
Dis-moi d'eu ça vient ?
A quoi tout ça tient ?
Je n'en sais rien, voilà le mal.
Si je 1' savais, ça m' s'rail égal.
Deuxième couple!.
Pourquoi, dès qu'on veut le punir,
Suis-je toute tremblante':' Pourquoi suis-je prêle à roui;ir
Quand son maître le vante ?
Les bonbons préférés par lui Sont ceux que je préfère aussi ; Pourquoi {Bis.) donc en est-il ainsi?
Quand nous sommes loin de ma tante, Pourquoi donc suis-je si contente"?
Dis-moi d'oii ça vient?
A quoi tout ça tient ?
Jcn'cn'sais rien, voilà le mal :
Si je r savais, ça m' s'rail égal.
URSULK, û pnrt.
Kh ! mais, a-t-on idée... à cet àge-Ià ! (iiaïu.) Je vous assure, Céline, que je n'entends rion li tout ce i\uo vous vouez de me dire.
CliLIXE.
Oh que si fait ! et si vous vouliez me dire ce qu'il faut faire pour que cela se passe...
URSULE
Qu'est-ce que c'est que cela, mademoiselle? est-ce que je le sais ?
CÉLINE
Sans doute... VOUS croyez peut-être que je n'ai pas remarqué que vous avez été tout comme moi ! vous vous promeniez toute seule dans le jardin, et puis vous pleuriez, ou bien vous vous arrêtiez en faisant comme cela. (Faisont le geste de soupirer.) Et quand VOUS étiez dans le salon, vos yeux étaient toujours tournés vers la porte ; le moindre bruit vous taisait tressaillir; et quand on annonçait un certain monsieur en épaulettes et en habit rouge, vos joues devenaient sur-le-champ de la couleur de son uniforme.
URSULE
Comment, mademoiselle!... fi! c'est fort mal d'être curieuse.
CÉLINE
Sans compter que tout vous ennuyait, et qu'il y avait souvent à table de si bonnes choses dont vous ne mangiez pas ; cela me faisait une peine ! je me disais : « Ma cousine est « bien malade, elle va en mourir. > Ah ! bien oui, voilà que
tout à coup, depuis... (comptant 8ur ses doigts.) Oui, depuis
sept jours, cela a tout à fait changé; d'abord vous aviez un petit air confus et étonné, qui était si drôle... et puis de temps en temps, quoique vous fussiez seule, et qu'il n'y eût pas là d'uniforme, vous vous mettiez à rougir à part vous, et comme d'une d'idée qui vous venait... et tenez, voilà que ça vous reprend dans ce moment.
URSULE, déconcertée.
Du tout, mademoiselle ; et c'est très-mal ce que vous dites là. (a part.) Mais voyez donc, moi qui me croyais en sûreté ! j'avais là un espion.
CÉLINE
De ce moment-là vous êtes devenue gaie, tranquille ; et
j'ai bien vu que ça irait tous les jours de mieux en mieux ! ça n'a pas manqué ; je n'osais pas vous demander votre secret, mais je me suis dit : « Patience ! en faisant € exactement tout ce qu'a fait ma cousine, ça me réussira « peut-être comme à elle. » Voilà pourquoi je me promène tous les matins dans le jardin, que j'en ai mal aux jambes; et puis, je fais comme vous : l'air rêveur, les soupirs, et puis le mouclioir... et allez, faut avoir de la patience, car c'est joliment ennuyeux; et puis tantôt à dîner, cette belle crème au chocolat dont j'ai refusé de manger, c'était pour faire comme vous ; eh bien ! tout cela n'y fait rien, cela va toujours aussi mal ; et il y a sans doute quelque autre chose qu'il faut que vous me disiez.
URSULE, à part.
Mais a-t-on jamais vu? (Haut.) C'est très-vilain, mademoiselle, d'avoir ces idées-là à votre âge; et si vous en parlez encore, je le dirai à ma tante, qui vous grondera d'importance.
CÉLINE
Ah ! vous le direz à ma tante I Eh bien ! mademoiselle, si vous êtes rapporteuse, je le serai aussi ; et je raconterai ce que j'ai vu hier, quand toute la société se promenait dans rallée des marronniers.
URSULE
Qu'est-ce que vous avez vu, s'il vous plaît?
CÉLINE
J'ai trrs-bien vu que M. de Luzy a saisi le moment où il vtus donnait la main pour vous glisser un papier.
URSULE, lui faisant signe de se taire.
Céline! au nom du ciel 1
CÉLINE, plus haut.
C'est bon! c'est bon ! je le dirai à ma tante, je le dirai à tout le monde !
URSULE
C'est fait de moi!
CÉLINE
C'est selon.
AIR : Je l'aimerai. (Iîi.angini.) Premier couplet.
Votre secret Sans doute est infaillible, Puisqu'il a su produire un tel effet; A mes chagrins daignez être sensible, Je me tairai : dites-moi, s'il vous plaît,
Votre secret.
Deuxième couplet.
D'un tel secret La puissance est divine :
Ce beau monsieur, dont le nom vous troublait. Jadis si triste, a maintenant, cousine, L'air si content ! j'en suis sûre, il connaît
Voire secret.
URSULE, à part.
Quel embarras! et comment faire? me voilà pourtant à k discrétion de cette petite fille. (Haut.) Eh bien, Céline, écoulez ; si vous voulez être bien sage, je vous promets de vous le dire dans huit jours, (a part.) Je vais parler à ma tante ; il faut dès demain l'envoyer en pension.
CÉLINE
Dans huit jours? vous me le promettez? c'est bon ! mais dites-moi, ma cousine, il doit y avoir encore quelque autre chose, que...
URSULE
Non, non, voilà tout; si tu ne dis rien d'ici là, si je suis contente de toi, je te promets un beau cadeau.
''Elle sort.)