SCENE VII
ARuUS, seul ; puis des ESCLAVES, apprêtant la table du souper.
Ce qu'il y a de plus dur dans le métier d'esclave, c'est de ne pas faire sa volonté. Par exemple, quoiqu'il soit défendu aux esclaves d'assister aux assemblées du peuple, je comptais bien m'y rendre en cachette pour entendre nos orateurs, car on prétend que nous en avons... Eh bien 1 pas du tout, il faut que je reste à la maison... Ah! si j'étais seulement affranchi, je pourrais prendre part aux affaires... J'ai toujours eu l'idée que si je m'en mêlais... D'abord, je défendrais aux femmes comme notre maîtresse de se mêler de politique... ça ne les regarde point... à la bonne heure
des gens comme moi... J'ordonnerais que, comme chez les Spartiates, nos voisins, les esclaves pussent s'enivrer en liberté, qu'ils tussent traités avec les plus grands égards. (Appelant.) Eh bien donc, Lycaon !... Voyez si ces butors-là arriveront ? Faut-il que je prenne un bâton ? (Des esclaves apportent
une table servie.) Placez là Cette table. (Reprenant son monologue.)
J'ordonnerais ensuite qu'il leur fût permis de ne rien faire... (Aux esclaves.) Voycz les paresseux ! tout est-il là : les fruits, les coquillages, les vins?... Tenez, portez cette corbeille dans le cellier... Ah! attendez... (ii en tire une bouteiUe.) C'est du vin de Naxos : ils ont écrit le nom dessus de peur qu'on ne s'y trompât... Eh bien! qu'est-ce que vous attendez? Laissezmoi... puisqu'il faut que je reste... (Les esclaves sortent.) Je
sais bien ce qui me vaut cette faveur, chez toutes les dames d'Athènes que j'ai servies: l'avantage que j'ai d'être... (Montrant son bandeau noir.) m'a toujours procuré des privilèges... Ah! si j'avais eu le bonheur d'être aveugle, ma fortune serait faite !