TOUTES LES FEMMES
AlP, : Goûtons bans bruit, tandis qu'elle sommeille. {Le Utable à Quatre.'
Ici, chacune, à son serment fidèle.
Auprès de vous se rend à son devoir :
Parlez, parlez ; dans votre zèle
Nous avons placé notre espoir.
THEONE, bas aux autres femmes.
Ce n'est pas sans peine... Il a fallu déployer toutes les ressources de la politique; mais, enfin, nous allons tout savoir.
POLEMON, gravement, s'adressent à Nais.
Votre tante, belle Nais, m'a chargé de vous notifier ses intentions. Il paraît constant que le salut d'Athènes et l'intérêt de l'État dépendent de notre hymen! et il est nécessaire, avant dépasser outre, de savoir si quelques considérations politiques ne vous empêchent pas d'obtempérer à cette décision.
NAÏS
Qu'est-ce qu'il dit donc"?
THÉONE
Allons, répondez.
LKS COMICES d'ATHÈNKS 199
NAIS, étonnée.
Ma tante sait bien que je ne suis pas capable de m'opposer au salut de l'État ! et dès que cela convient à Athènes... il faut bien...
THÉONE
Que ça vous convienne ou non.. . j'ai promis... Il faut que cela soit.
NAÏS
Eh bien ! je ne dis pas non ; mais pourquoi parle-t-il ainsi?... il a l'air d'un décret.
POLÉMON
Il ne s'agit point ici d'un hymen ordinaire, vous êtes mariée officiellement.
NAIS, effrayée.
Officiellement!... je nie doutais bien aussi qu'il y avait quelque chose... Officiellement ! dites-moi, ma tante, ça empêche-t-il d'être aimée de son mari?
THÉONE
Quelle demande !
NAÏS
Oh bien, alors, qu'on me marie comme on voudra.
THÉONE
Silence ! (a Poiémon ) Parlez, Polémon, nous vous écoutons.
POLÉMON
Oui, mesdames, je veux me rendre digne de votre confiance et je ne vous cacherai pas qu'on doit s'occuper ce soir aux comices de vos plus chers intérêts.
PROXAGORA.
Je le savais.
THÉLÉSILLE.
Je le disais.
SOSTRATA
Je le pensais.
POLÉMON
Vous savez jusqu'où Ton a poussé dans Athènes l'abus du costume. Tous les jours n'est-on pas exposé ;V prendre un parasite pour un philosophe, un maître de danse pour un archonte, et le chanteur Caritidès pour un homme de mérite?
AIH du vaudeville de Kice.
On croit saluer un guerrier,
C'est le marchand Nymphée !
Cet autre que traîne un coursier
En litière étoffée...
Quel est-il donc ? c'est Tigillon !
Serait-ce un sénateur?... Eh! non.
Ce n'est qu'un artiste en renom
Dont la ville est coiffée.
TOUTES
Ah ! c'est bien vrai.
rOLÉMON.
Si un pareil abus existe parmi nos citoyens, que sera-ce donc parmi les dames athéniennes?... Depuis la défaite de Mardonius, on estime nos victoires sur les Perses moins pour les avantages qu'en a retirés l'État, que pour ces tissus précieux qui nous viennent de la Perse et de la Lydie, et dont toutes les dames d'Athènes ne peuvent plus se passer.
THÉOXE.
Voudrait-on les supprimer?
POLÉiMOX,
Permettez!... ce n'est pas moi qui parle, je répète ce que disait l'orateur... Bien plus, ajoutait-il, les femmes de cinquante ans étant mises comme celles de dix-huit, il en résulte une foule de méprises non moins désagréables pour celui qui les commet que pénibles pour celles qui en sont
LES COMICES d'aTHÈNES 201
l'objet ! à ces causes, et voulant d'abord remédier aux inconvénients les plus urgents, on doit proposer ce soir et discuter un projet de loi dont le résultat serait de fixer d'une manière invariable... ou à peu près!... l'âge des dames d'Athènes ; en un mot, il serait ordonné que, passé dix-huit ans, il ne serait plus permis de porter des tuniques couleur de rose.
SOSTRATA
Passé dix-huit ans !
NAÏS
Quel bonheur ! je ne suis pas comprise dans le décret.
THÉONE
Taisez-vous !
POLÉMON
Vous sentez, comme moi, les conséquences...
SOSTRATA
Elles sont innombrables.
POLÉ-MON.
Voilà ce que vous attendiez de moi ; vous devez être satisfaites.
AIH : Vive le vin de Ramponneau ! Adieu donc! le sénat déjà
Réclame ma présence ; Ce que Polémon dévoila, J'espère, entre vous restera.
TOUTES
Là!
Je me tairai, Je saurai A mon cœur ulcéré Commander le silence.
POLÉMON
De ce secret plein d'horreur A vous seules, d'honneur.
J'ai fait la confidence...
Adieu donc : le sénat déjà, etc.
(il sort ; toutes le sahienl.)