‹ OEuvres complètes de Eugène Scribe (volume 4)Chapitre 95 sur 183 · TOUTES LES FEMMES · texte numérisé non relu

TOUTES LES FEMMES

AlP, : Goûtons bans bruit, tandis qu'elle sommeille. {Le Utable à Quatre.'

Ici, chacune, à son serment fidèle.

Auprès de vous se rend à son devoir :

Parlez, parlez ; dans votre zèle

Nous avons placé notre espoir.

THEONE, bas aux autres femmes.

Ce n'est pas sans peine... Il a fallu déployer toutes les ressources de la politique; mais, enfin, nous allons tout savoir.

POLEMON, gravement, s'adressent à Nais.

Votre tante, belle Nais, m'a chargé de vous notifier ses intentions. Il paraît constant que le salut d'Athènes et l'intérêt de l'État dépendent de notre hymen! et il est nécessaire, avant dépasser outre, de savoir si quelques considérations politiques ne vous empêchent pas d'obtempérer à cette décision.

NAÏS

Qu'est-ce qu'il dit donc"?

THÉONE

Allons, répondez.

LKS COMICES d'ATHÈNKS 199

NAIS, étonnée.

Ma tante sait bien que je ne suis pas capable de m'opposer au salut de l'État ! et dès que cela convient à Athènes... il faut bien...

THÉONE

Que ça vous convienne ou non.. . j'ai promis... Il faut que cela soit.

NAÏS

Eh bien ! je ne dis pas non ; mais pourquoi parle-t-il ainsi?... il a l'air d'un décret.

POLÉMON

Il ne s'agit point ici d'un hymen ordinaire, vous êtes mariée officiellement.

NAIS, effrayée.

Officiellement!... je nie doutais bien aussi qu'il y avait quelque chose... Officiellement ! dites-moi, ma tante, ça empêche-t-il d'être aimée de son mari?

THÉONE

Quelle demande !

NAÏS

Oh bien, alors, qu'on me marie comme on voudra.

THÉONE

Silence ! (a Poiémon ) Parlez, Polémon, nous vous écoutons.

POLÉMON

Oui, mesdames, je veux me rendre digne de votre confiance et je ne vous cacherai pas qu'on doit s'occuper ce soir aux comices de vos plus chers intérêts.

PROXAGORA.

Je le savais.

THÉLÉSILLE.

Je le disais.

SOSTRATA

Je le pensais.

POLÉMON

Vous savez jusqu'où Ton a poussé dans Athènes l'abus du costume. Tous les jours n'est-on pas exposé ;V prendre un parasite pour un philosophe, un maître de danse pour un archonte, et le chanteur Caritidès pour un homme de mérite?

AIH du vaudeville de Kice.

On croit saluer un guerrier,

C'est le marchand Nymphée !

Cet autre que traîne un coursier

En litière étoffée...

Quel est-il donc ? c'est Tigillon !

Serait-ce un sénateur?... Eh! non.

Ce n'est qu'un artiste en renom

Dont la ville est coiffée.

TOUTES

Ah ! c'est bien vrai.

rOLÉMON.

Si un pareil abus existe parmi nos citoyens, que sera-ce donc parmi les dames athéniennes?... Depuis la défaite de Mardonius, on estime nos victoires sur les Perses moins pour les avantages qu'en a retirés l'État, que pour ces tissus précieux qui nous viennent de la Perse et de la Lydie, et dont toutes les dames d'Athènes ne peuvent plus se passer.

THÉOXE.

Voudrait-on les supprimer?

POLÉiMOX,

Permettez!... ce n'est pas moi qui parle, je répète ce que disait l'orateur... Bien plus, ajoutait-il, les femmes de cinquante ans étant mises comme celles de dix-huit, il en résulte une foule de méprises non moins désagréables pour celui qui les commet que pénibles pour celles qui en sont

LES COMICES d'aTHÈNES 201

l'objet ! à ces causes, et voulant d'abord remédier aux inconvénients les plus urgents, on doit proposer ce soir et discuter un projet de loi dont le résultat serait de fixer d'une manière invariable... ou à peu près!... l'âge des dames d'Athènes ; en un mot, il serait ordonné que, passé dix-huit ans, il ne serait plus permis de porter des tuniques couleur de rose.

SOSTRATA

Passé dix-huit ans !

NAÏS

Quel bonheur ! je ne suis pas comprise dans le décret.

THÉONE

Taisez-vous !

POLÉMON

Vous sentez, comme moi, les conséquences...

SOSTRATA

Elles sont innombrables.

POLÉ-MON.

Voilà ce que vous attendiez de moi ; vous devez être satisfaites.

AIH : Vive le vin de Ramponneau ! Adieu donc! le sénat déjà

Réclame ma présence ; Ce que Polémon dévoila, J'espère, entre vous restera.

TOUTES

Là!

Je me tairai, Je saurai A mon cœur ulcéré Commander le silence.

POLÉMON

De ce secret plein d'horreur A vous seules, d'honneur.

J'ai fait la confidence...

Adieu donc : le sénat déjà, etc.

(il sort ; toutes le sahienl.)

Page 1