SCÈNE II
Les mêmes ; SOPHIE.
SOPHIE
Eh bien, ma chère amie, le prétendu a-t-il déjà para?...
;292 COMÉDIES — vaudevilles
LÉOV.
A merveille... cela commence bien...
SOPHIE
Ah ! vous voilà, monsieur Léon"?... vous nous avez quittés hier de bien bonne heure...
LÉON
Oui, mademoiselle, j'avais des ordre^^ à donner pour mon départ... et je ne pouvais pas trop me hâter...
SOPHIE
Que dit-il donc?... pour son départ!...
LÉOX.
Oui, je dois céder la place à M.Narcisse... c'est une résolution qui vous fera peu de peine... et qui, pour moi... ne me coûtera rien... je vous jure.
SOPHIE
Quoi, monsieur ! vous osez dire...
LÉON
C'est bien plutôt vous... qui ne craignez pas...
M™^ DE LUCEVAL
Allons, voilà depuis hier soir... trois disputes, si je compte bien...
SOPHIE
C'est lui qui a commencé...
LÉON
Pas du tout ! c'est vous qui m'avez redemandé votre portrait...
SOPHIE
Et sur-le-champ vous vous êtes empressé de me le rendre...
M""^ DE LUCEVAL
N'avez- vous pas honte de vous quereller ainsi lorsque" vous avez plus que jamais besoin devons entendre! Qu'est-ce
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que c'est que cela? une guerre civile quand l'ennemi commun nous menace...
AIR : Qu'il csl llalloiir d'épouser celle. {Le Jaloux malade.)
Pourquoi par des débats futiles Perdre de précieux instants?
Plus de querelles inutiles !
Allons, chaque chose à son temps.
Laissez à vos amants fidèles Vos doux propos, vos doux souris, Mesdames, et quant aux querelles, Conservez-les pour vos maris.
Allons, la paix!... et c'est moi qui en dicterai les conditions, (a Sophie.) Vous allez lui rendre votre portrait...
SOPHIE
Oh! mon Dieu... je ne demanderais pas mieux, mais j'ignore ce qu'il est devenu... je te le jure... je ne sais si je l'aurai laissé tomber dans l'appartement ou dans le jardin... Je viens d'aller voir près du pavillon chinois, où je m'étais arrêtée ce matin, et je n'ai rien trouvé.
LÉON
Fort bien... et l'excuse est commode...
M'"" DE LUCEVAL
Eh bien !... n'y a-t-il pas encore de quoi se tacher'?... ne perd-on pas tous les jours des choses plus précieuses?... et au moins un portrait... ça peut se retrouver...
LÉON
Et si on ne le retrouve pas...
M™'' DE LUCEVAL
Eh bien, vous avez fait celui-là, vous en ferez un autre... le modèle vous reste... et je ne vois pas, moi, ce que nos séances avaient de si ennuyeux...
LÉON
Oui, parce que nous étions hbres... mais à présent qu'il y
a du monde au château... à présent que M. Narcisse sera toujours là...
M™"^ DE LUCEVAL
Eh bien, vous attendrez... et quand vous serez dans votre ménage... vous aurez tout le temps de peaidre votre femme... si toutefois, dans ce temps-là... vous songez à la peindre... car tu ne t'imagines pas, ma chère amie, combien les hommes ont peu de mémoire... Mais ce n'est pas ici le moment de passer en revue leurs défauts... car nous n'avons qu'une heure, et il faut l'employer utilement. 31. de Monneville, ton père, est allé reconduire le gouverneur'de M. Narcisse... et ne reviendra que pour dîner... nous sommes maîtres du château et du prétendu... Voyons! qu'allons-nous eu faire?
LÉON
Moi... je pense que le plus court est de lui chercher querelle... et ma foil...
M"" DE LUCEVAL
J'étais bien étonnée que vous n'y eussiez pas encore pensé... certainement c'est très-raisonnable... très-prudent.
AIR : On dit que je suis sans malice. (Le Bouffe et le Tailleur.)
La sagesse est rare à votre âge, Vous l'avez reçue en partage :
Voilà pourquoi l'on doit songer En tout temps à vous ménager.
Oui, seul vous êtes raisonnable, Et quelle perte irréparable, En vous, si la Sagesse allait Périr d'un coup de pistolet!
Aussi je voudrais trouver quelque moyen où il n'y eût de danger que pour Narcisse.., Si je le rendais amoureux...
LÉOX.
Comment! madame...
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M"^« DE LUCEVAL
Eh bienl... monsieur, allez-vous dire que c'est un mauvais moyen et qu'il ne pourra pas réussir?...
LÉON
Dieu m'en préserve!... je sais très-bien... que, quand vous voulez un peu tourner la tète la mieux organisée, il est impossible qu'elle en réchappe...
M™<= DE LUCEVAL
Allons... cela nous raccommode un peu...
SOPHIE
Au fait... il venait pour m'épouser ; mais s'il en aime une autre, voilà le mariage rompu...
LÉON
Oh, oui!... ilfaul qu'il vous aime... Je vous en prie... Nous vous en prions tous deux... et même s'il voulait vous épouser... je ne dis pas que vous y consentiez... mais entin... vous sentez que ce serait bien plus sûr...
M""" DE LUCEVAL
Oh! il n'y a pas de doute... et dès que cela peut vous obliger... nous y penserons...
AIR do Picaros et Diego.
Retirez-vous, car je crois qu'il s'avance.
De Narcisse j'entends les pas.
Comptez sur moi, conservez l'espérance.
Le prétendu ne l'épousera pas.
(a Sophie.)
Crois-moi, je t'en réponds d'avance.
Je saurai le rendre amoureux; Mais ne parais point à ses yeux, Je craindrais trop la concurrence.
Ensemble.
Relirez-vous, car je crois qu'il s'avance, etc.
SOPHIE
Retirons-nous, car je crois qu'il s'avance,
De Narcisse j'entends les pas.
Comptons sur elle et gardons l'espérance, Le prétendu ne m'épousera pas.
LÉON
Retirons-nous, car je crois qu'il s'avance,
DeNarcisse j'entends les pas.
Comptons sur elle et gardons l'espérance, Le prétendu ne l'épousera pas.
(ils sortent.)