SCENE IV
LIOiNEL, ensuite BATHILDE.
LIONEL, seul, préoccupé ; il ferme la porte et pousse le verrou.
Libre!... Et si nous succombons, un esclavage éternel! que de victimes ! je n'ose m'arrêter à celte affreuse idée. (Se remettant.) Non, tout est prévu... Washington accourt à la tète d'une armée, les Français nous secondent, les Français que j'estimais, et que maintenant je chéris conmie les frères de Bathilde... (s'arrètant.) En vérité, je rougis de moi-même; au moment d'exécuter le plus vaste dessein, ce n'est pas lui qui m'occupe le plus... l'image de Bathilde est là sans cesse, devant mes yeux... de Bathilde que je connais à peine, et qui bannit de mon cœur cette pauvre Henriette que j'aurais tant
de raisons d amier. (La porte du cabinet à gauche s'est ouverte ; il aperçoit Bathilde.) Ciel ! que VOis-je !
BATHILDE, savançant.
Ils sont partis.
LIONEL, courant à elle.
N'est-ce point un rêve ? vous, madame !
BATHILDE, très-cmuc,
Silence! je vous en conjure ; quand vous asurez le motif...
LIONEL, avec joie.
Ah! quel qu'il soil, je le bénis, puisqu'il nio rapproche de
vous, (Voulant l'attirer pris do lui.) de VOUS, dout la préSCUCe est
déjà le bonheur.
lîAïlIlI.Di:, le repoussant.
Colonel !
LIONEL
Ne tremblez |)as ; que craignez-vous? nous sommes seuls, et mon amour...
HATIIII.nE, se dégageant.
Monsieur, vous vous méprenez.
LA BOHEMIENNE
LIONEL, étonné.
Comment? En effet, cette agitation... Que venez-vous donc faire ici ?
BATHILDE
Vous sauver.
LIONEL
Moi!
Vos projets sont connus.
LIONEL
Qu'entends-je !
BATHILDE
C'en est fait de vous et de vos amis.
LIONEL, atterré.
Grand Dieu !
BATHILDE, à demi-voix.
Plus bas, je vous en conjure.
LIONEL
Ah ! madame, achevez de m'instruire... nommez le traître, il ne vivra pas une minute de plus.
BATHILDE, avec effroi.
Ne m'interrogez pas, contentez-vous de ce que je puis vous apprendre sans devenir parjure, et écoutez-moi. Le gouverneur sait tout ; si vous faites un pas, vous êtes perdu ; ainsi, gardez-vous de sortir, n'attaquez pas, ou vous êtes pris les armes à la main, et nulle puissance au monde ne pourra vous sauver.
LIONEL, après un silence.
Je ne reviens pas de ma surprise !
BATHILDE, avec anxiété.
Eh bien !... que ferez-vous?
LIONEL, après un instant de réflexion.
J'attaquerai.
BATHILDE
Vous atla([uerez !
LIONEL
Le sort en est jeté.
BATHILDE, les mains jointes.
Lionel, je vous en supplie, je vous le demande à genoux.
LIONEL
Il n'est plus en mon pouvoir d'arrêter le mouvement. Comment le faire d'ailleurs, sur un avis aussi vague?... Qui a découvert nos projets ? D'où le savez-vous ? Qui vous l'a dit?
BATHILDE, troublée.
Je ne puis parler.
LIONEL
Et comment croire alors à cet intérêt pour moi ?
BATHILDE
Cet intérêt est bien grand, je vous l'atteste. .Ma présence ici n'en dit-elle pas assez?... X'ai-je pas tout bravé pour arriver jusqu'à vous ?
LIONEL
Ah ! je vous crois ; mais quelles preuves puis-je donner à mes amis ? à votre oncle lui-même, qui s'est exposé pour nous ?
Et s'il n'était pas M. de Courville ?
LIONEL
Que dites-vous ?
BATHILDE
Si, moi-même, je vous avais trompé?..,
LIONEL
Ce n'est pas possible !... Achevez.
BATHILDE
Ah ! ne m'en demandez pas plus.