‹ OEuvres complètes de Eugène ScribeChapitre 41 sur 223 · I.A BOHÉMIliNNli · texte numérisé non relu

I.A BOHÉMIliNNli

t LIO.MOr,.

Parlez, ou je^ roiirs h rinstaiit moiiio flomier le signal.

HATIIILDK.

Arrêtez... je dirai toul. Ah ! qu'il faut aimer poiii- l'aire un pareil aveu ! Lionel... (u la regarde avec temiresse.) Voilà donc le dernier regard d'amour que tu jetteras sur moi ! mais tu le veux... (a voix basse.) Je suis une misérable... la dernière des femmes... j'ai vendu ta tète.

MONEL, terrifié.

Vous ! grand Dieu !...

BVTIIILDK.

C'est moi (|ui suis chargée d'épier tes démarches, de surprendre tes secrets, de les livrer au gouverneur, qui nous paye, oui Lionel, qui nous paye notre trahison.

LIONEL, la regardant.

Non, je ne puis me persuader encore...

BATHILDE, avec égarement.

Je ne vous dirai point, pour me justifier, qn'abandoqnée dès l'enfance à des mains perverses, j'ai été élevée dans l'ignorance du bien et du mal ; on a vendu ma jeunesse ; on l'a tlétrie... Oui, vous me connaissez enfin, et d'aujourd'hui seulement je me connais moi-même, d'aujourd'hui je me suis vue telle que j'étais, et j'ai fait comme vous, j'ai frémi d'horreur ! j'ai connu la honte, le remords ; j'ai détesté ma vie; et, décidée à y renoncer, j'ai tout bravé pour vous sauver, tout, jusqu'à votre mépris.

LIONEL

Ah ! gardez-vous de croire... il n'est pas de fautes que ne puisse expier un pareil repentir. Il vous suffisait de connaître la vertu pour y revenir, pour l'aimer.

BATHILDE

Moi, l'aimer ! Non, je me tromperais moi-même ; ce n'est pas elle, c'est vous que j'aime ! Ce changement en moi, ce retour vers le bien, c'est à vous seul, c'est à mon aniour que

je le dois; c'est au désir de vous sauver! Ah! qu'au moins ma honte ne soit pas inutile... Hàtez-vous ! fuyez!

LIONEL

Il est trop tard. Je pourrais peut-être, grâce à vos avis, me soustraire au danger; mais exposer des malheureux à qui j'ai mis les armes à la main, et qui, dans ce moment sans doute, sont en marche pour nous rejoindre!... Non, je ne les abandonnerai point.

Et que pouvez-vous faire ?

LIONEL

Mourir avec eux : à moins qu'un coup hardi, désespéré... Si nous pouvions prévenir le gouverneur, pénétrer dans son palais, nous emparer de sa personne.

BATHILDE, vivement.

J'en sais les moyens.

LIONEL

Que dites-vous?

BATHILDE

C'est lui-même qui nous les a fournis.

LIONEL

0 mon ange tutélaire !

BATHILDE

Écoutez... A quelque heure de la nuit que vous vous présentiez, vous serez admis auprès de lui avec ces mots : Angleterre et Bohème. C'est le mot d'ordre convenu.

LIONEL

Il suffit.

BATHILDE

Partez, sauvez vos jours, ceux de vos amis; mais avant de nous séparer pour jamais, dites-moi que vous nie pardonnez, que vous ne me méprisez plus.

Moi! te quitter!,.. Je te consacre df^sormais ces jours que je te dois ; ils sont cà toi, ils l'appartiennent.

BATIIILDE.

Jamais, jamais!... Malheureuse que je suis, je ne mérite plus... Mon cœur seul est digne de toi. Mais, puisque tu ne me repousses pas, puisque tu me souffres auprès de toi, je suis trop heureuse, je te suivrai, je te servirai, je serai ton esclave. Écoute... on vient.

ARTHUR, en dehors.

Colonel, colonel, ouvrez.

BATHILDE

Grand Dieu !

LIONEL

C'est Arthur.

BATHILDE

Il n'est plus temps, peut-être!

ARTHUR, en dehors et frappant.

Ouvrez... Il y va de votre salut.

tJATHILDE, tremblante.

Seule... ici... je suis perdue... N'importe, ne songe qu'à ta sûreté.

LIONEL

A ton honneur d'abord... (Montrant l'aicôve.) Vite, cachetoi... là...

(Il In conduit, et court ouvrir à Arthur.)

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