SCENE IV
ADÈLE, AMÈLIi:, ACIIir.LE.
AMÉLIK, h Acliille.
Ne l'avais-jc pas dit, que nous la trouverions en méditation ?
ADÈLE
Dieu!... madame de Laferrier !
Bonjour, ermite.
ADELE, s'efforçant de rire.
C'est bien aimable à toi de ne pas ni'abandonner ; à vous aussi, monsieur Grosbois.
ACHILLE
Nous causons de vous à chaque instant du jour, madame.
AMÉLIE
Puisque tu ne viens pas, il faut bien que je fasse la route. J'ai amené le docteur avec moi, ne sachant pas voyager seule. Eh ! mais, qu'as-tu donc ? Est-ce (juo tu aurais pleuré, par hasard?
ADÈLE
Ah ! ma bonne Amélie, j'ai bien du cluii^rin !
AMÉLIE
Et quelle en est la cause?
ADÈLE
Tu me le demandes?
AMÉLIE
Ton mari... C'est juste : j'aurais dû le (h'viner.
ADÈLE
J'ai besoin que tu diriges le cours de mes iilées... Je
voudrais... je n'ose, ou plutôt, je ne sais ce que je voudrais... à quel parti m'arrèter. Conseille-moi, de grâce !
Adèle, tu connais mes principes à cet égard : je n'empêche personne de me regarder faire ; mais pour des conseils, je n'en donne jamais.
ADÈLE
Cependant...
AMÉLIE
Ma chère amie, c'est comme cela ; et puis, parler raison à une enfant, à quoi bon?
ADÈLE, piquée.
Comment, à une enfant"?
AMÉLIE
Oui, aune enfant. Je puis bien le dire devant lui, (Montrant Achille.) il est discret. Tu es encore ce que tu étais chez madame Destournellcs, notre maîtresse de pension.
ADÈLE
Tu veux rire?
AMÉLIE
Non, ma chère, petite tille de. la tète aux pieds, à cela près de la gaieté perdue, du nom changé, du professeur aussi, lequel, au lieu de t'apprendre, comme l'autre, de l'histoire et de la grammaire, t'enseigne l'art de périr d'ennui entre quatre murs.
ACHILLE
Dommage ! vraiment dommage !
AMÉLIE
Tu es sous le joug.
El comment m'y sointraire. puisque, \)Oûv le rendre plus pesant encore, il veut me séparer de celles qui m'aidaient à le siipporlcr, de mes meilleures amies !
DIX ANS DE L A V I K U ' i; N E F K M M E 1 « 1
AMELIE, riant.
C'est une plaisanterie, je pense?
ADÈLE
Non vraiment... il m'a priée de ne plus te voir, et m'a défendu de recevoir Sophie .Marini.
A M KL if:.
Ah! moi, je suis seulement priée... Comment rlonc! mais il y a là une nuance très-délicate dont je lui sais un gré infini. Tu lui as ri au nez, j'espère?
ADÈLE, timidement et baissant les yeux.
Non vraiment... je n'ai pas osé.
AMÉLIE, riant.
Elle n'a pas osé... c'est délicieux !... Alors, à ce compte-là, il faut donc que nous nous en allions?
ADELE, avec crainte.
Tu vas m'en vouloir de ma faiblesse?
AMELIE, gaiement.
, Moi, du tout; je trouve l'aventure charmante... et je la raconterai partout... C'est une bonne fortune.
ADÈLE, effravée.
Y penses-tu ?
AMÉLIE
Oui, sans doute... car c'est bien plus gai encore que tu ne crois... Imagine-toi que Sophie Marini, sachant par moi que je devais, ce matin, te faire visite à la campagne... doit venir aussi.
ADÈLE
Ah ! mon Dieu !
AMÉLIE
Avec M. Rodolphe.
ACHILLE
M. Rodolphe !... Il me semble que je connais cela et que je l'ai \'u...
Sc«iBE. — Œuvres complètes. Ire féne. — ■Jrae Vol. — ii
i82 COMÉDIES — DRAMES
AMÉLIE
Oh! sans doute... à Tortoni. .
ACHILLE
Qu"est-cc t(u'il est?
AMÉLIE
Il va à Tortoni.
ACHILLE
J'ontonds bion... mais qu'ost-oe qu'il fait?
11 déjeune riiez Tortoni le matin... et le soir, nous le trouvons en gants jaunes aux balcons de tous nos théâtres. Du reste, il est garçon, a vingt mille livres de rente... et c'est lin adorateur d'Adèle...
ADÈLE
De moi ?
AMÉLIE
Il te poursuit partout sans pouvoir t'atteindre, el, en désespoir de cause, nous adore. Sophie et moi, parce que nous sommes tes meilleures amies.
ADELE.
M. Rodolphe! Mais je ne veux ni ne dois le recevoir... et maintenant surtout que je connais ses sentiments... C'est un parti ([ue je prends de moi-même.
AMÉLIE
De toi-même ? Non pas... c'est un détour indirect pour obéir à ton mari.
ADÈLE
En aucune façon.
AMÉLIE
Et moi, j'en suis sûre, .le te connais trop bien... Et voici le moment de développer toutes tes vertus conjugales, à commencer pai- la soumission, car j'aperçois Sophie cl M. Rodolphe.
ï)l\ ANS DE LA VIE d'uNE FEMME iHS