‹ Œuvres complètes de F. BaucherChapitre 137 sur 183 · J.K CHEVAL · texte numérisé non relu

J.K CHEVAL

Je vais répondre à toutes vos questions, quelque compliquées qu’elles soient; mais pour cela je dois procéder par ordre. La cause qui me fait accélérer le trot est la même que pour le pas ; il en sera ainsi pour toutes les allures tant qu’il n’y aura pas rapport exact entre vos poignets et vos jambes. Non-seulement une juste opposition entre ces deux puissances est utile pour entretenir le degré de force convenable à la continuité de telle ou telle allure, mais elle nous donne encore cet équilibre qui nous fait sentir et apprécier les moindres sujétions du frein et des jambes, et nous engage à y répondre. Vous devez donc de toute rigueur nous donner cette position et cet équilibre. Admettez (et vous y êtes tout disposé) que nous soyons saus intelligence aucune, et expliquez-moi comment vous, beaucoup plus faible que nous, vous parviendrez à enlever notre masse pour lui faire prendre telle ou telle direction, si vous négligez les lois de l’équilibre. Mon corps étant porté sur quatre colonnes, ne faut-il pas les surcharger ou les alléger alternativement pour les fixer ou les enlever ; n’est-ce pas par de certaines positions de corps que vous y parviendrez? Ceci admis, étant doué d’intelligence et de volonté, ai-je tort de me refuser aux mouvements qui n'ont pas été précédés d’une position convenable? Votre reproche sur le prix que je coûte à votre seigneurie n’est pas de mon ressort. Il s'agit de supercherie, et nous sommes étrangers à ces sortes de gentillesses que possède exclusivement l’espèce civilisée. Apprenez donc à distinguer les proportions qui font le bon cheval, et à reconnaître si aucune trace accusatrice de la barbarie des maîtres auxquels il a appartenu n’est pas la cause de ses résistances et du mauvais service qu’il rend. Les génutlexions et le contact des fers peuvent être l’effet, soit des

vices que je viens de signaler, soit de votre mauvaise manière de nous diriger ; les fausses positions que vous nous laissez prendre entraînent naturellement une irrégularité de mouvement qui nous exposent, ainsi que vous, à toutes sortes de positions disgracieuses et même dangereuses. Votre amour-propre est froissé, dites-vous ; mais si nous en avons aussi nous-mêmes, combien plus ne l'est-il pas par votre maladresse qui nous empêche de déployer toute la grâce et la souplesse de nos mouvements !

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