‹ OEuvres complètes de F. de la Mennais (volume 2)Chapitre 10 sur 42 · TOME · texte numérisé non relu

TOME

34 l^t:S PKOGllÈS DE LA UÉVOLUllOiN

» s'élèvera comme la cendre dans les airs : car vous » avez rejeté la loi du Seigneur des armées, et profané )) la parole du Saint d'Israël (1). »

Afin d'établir le droit de commander et le devoir d'obéir, ce qu'on ne sauroit faire à moins de remonter plus haut que l'homme, le gallicanisme reconnoit d'abord, d'après l'Écriture, que toute puissance est de Dieu (2) , en ce sens qu'il institue immédiatement le souverain pour gouverner les peuples dans Tordre temporel; puis détruisant entre cet ordre et l'ordre spirituel toute subordination nécessaire , et les séparant l'un de l'autre d'une manière absolue, il déclare que les rois et les souverains ne sont soumis à aucune puissance ecclésiastique^ par l'ordre de Dieu, dans les choses temporelles (3) : de sorte que, dans l'ordre temporel, c'est-à-dire en tout ce qui regarde l'exercice propre de la souveraineté, les souverains n'ont aucun juge, ni temporel, sans quoi ils ne seroient pas souverains, ni spirituel, sans quoi ils ne seroient pas indépendans, comme souverains, de la puissance ecclésiastique ou spirituelle. D'où il suit, d'un côté, que personne n'ayant le droit de discuter leurs actes, ce qu'ils commandent est toujours légitime ou supposé tel ; et, d'un autre côté, que la doctrine gallicane sur la souveraineté est identique avec la doctrine de Jurieu et de J.-J. Rousseau , selon laquelle le souverain napas besoin de raison pour valider ses actes,

(1) Is., V, 20 et seq.

(2) Rom., ni, i.

(3) Déclarât, de 1682, art. 1".

ET DE LA GUERRE CONTRE l'ÉGLISE. 35

De plus, les souverains n'ont et ne peuvent avoir, d'après les principes gallicans, en ce qui regarde l'usage du pouvoir, aucune règle de conduite extérieurement obligatoire ; ne sont assujettis à aucune loi de justice immuable et universelle : car cette loi, toute spirituelle, n'est que la religion même, en tant qu'elle détermine les devoirs de chaque homme envers Dieu et les autres hommes. Si donc elle obligeoit les souverains, elles les obligeroit, comme tous les hommes, en vertu de l'autorité par qui seule on la connoît certainement, et qui a reçu la mission divine de la conserver sur la terre. Ils seroient donc soumis, sous ce rapport, à la puissance ecclésiastique, dans les choses temporelles, puisqu'ils seroient obligés dérégler l'exercice de leur pouvoir, dans les choses temporelles, sur la loi que promulgue la puissance ecclésiastique.

De ces maximes fondamentales et qui constituent, à proprement parler, tout le gallicanisme, il tire deux conclusions qui s'en déduisent rigoureusement :

1° Que la souveraineté qu'il appelle légitime^ et qui seroit nommée plus exactement légale ^ est inadmissible par son essence ; en un mot : que quiconque arrive au pouvoir selon la forme établie par les lois politiques du pays, ne peut plus, en aucun cas, être privé de son droit, ou cesser d'être souverain légitime, fût-il tyran, hérétique , persécuteur, impie (1); qu'il n'est jamais permis ni de se soustraire à son empire, ni d'opposer à

(1) Les vrais principes de l'Église gallicane, par M. D.Frayssinou5,évèque d'Hermopolis , p. Tlj troisième édition.

ses volontés une résistance active, et, qu'à quelque degré qu'il opprimât le peuple, le peuple éternellement seroit tenu de souffrir l'oppression, par l'ordre de Dieu,

2"" Que bien qu'il ait , comme homme , les mêmes devoirs que les autres hommes, il n'en est aucun qui Toblige extérieurement comme souverain. « Les prin- » ces , dit Pierre Dupuy, font bien quelquefois des » choses honteuses, qu'on ne peut blâmer quand elles » sont utiles à leurs Etats ; car la honte étant cou- » verte par le' profit, on la nomme sagesse (1). » L'intérêt, voilà donc leur règle, tant envers les autres princes qu'envers leurs sujets. Nulle loi de justice pour eux. Us peuvent légitimement tout ce qu'ils veulent , par cela même qu'ils le veulent ; et s'il semble qu'ici nous exagérions , qu'on écoute le gallicanisme luimême :

(c Le Roy donc en Israël représentant l'Eglise à » advenir, qui est la présente , qu'est-il? N'est-il pas » juge sur tous? chef de son armée? le plus hault et » le plus souverain de tous? N'est-il pas en sa puis- » sance de prendre les enfants de ses subjects , et les » mettre à ses chariots? N'est-il pas en luy d'en faire )) des centeniers, des grans mareschaux, des labou- » reurs de ses terres, des moissonneurs de ses bleds, » des armuriers et des charrons? Il a la puissance de » prendre les filles de ses subjects , et employer les

(1) Apologie pour la publication des preuves de l'Église galli' cane, par Pierre Dupuy. France cathol., XV« liyraison, p. 144.

ET DE LA GUERRE CONTRE l'eGLISE. 37

» unes à lui faire unguents et parfums, les autres tenir » pour concubines, les autres panetières : somme , il » il peult confisquer les champs et héritages, vignes, » et lieux plantez d'oliviers de ses subjects, s'ils vien- » nent à faillir, et en faire donation à qui bon lui » semblera ; et prendre la dixième partie du revenu » des bleds et vignes des siens, et à la parfin comman- » der corvées, ou à un chacun en particulier, ou à » tous en général. Foilà donc que c'est d'un Roy en » V Eglise; je dy l'Église, c'est-à-dire, au peuple régé- » néré par l'eau et le Saint-Esprit, avec une confes- » sion du nom du Christ, du temple et maison de » Dieu, colonne et firmament de vérité, de la sainte » Vierge de l'Eglise catholique , chaste espouse de » Christ, tirée de ses os et de sa chair, qui est sans » macule et ride aucune, gardant inviolablement les » droicts et ordonnances divines : en rËglise^ dy-je, » tout ce que dessus y est pour sûr; et ce^ est la dignité » royalle. Car l'Église est la royne revestue en magni- » ficence d'habits dorez et de diverses couleurs, et en- » richis d'une vigne es costez et environs de la mai- » son de Dieu... Que si les prebstres refusent à estre » le sarment de ceste vigne en la compagnie de la » personne du Roy que l'Église tient, advoue et re- » cognoist pour le plus hault et souverain sarment, » que reste-t-il à faire, sinon les coupper etlesjetter » dedans le feu pour brusler (1)? »

(1) Traictez des droicts et libertez de l'Église gallicane. Paris, chez Pierre Chevalier , 1612, p. 108 et 109.

38 DES PROGRÈS DE LA RÉVOLUTfON

Tel est le droit royal, comme le conçoit le gallicanisme : tout ce que dessus y est pour sûr; il ne tolère ni un doute, ni une exception. Et c'est ici qu'il faut se donner le spectacle de l'extravagance humaine. Des hommes qui se prétendent les amis, les défenseurs de la liberté, se prendront d'un amour tendre pour les maximes gallicanes^ les adopteront comme un symbole, les présenteront aux peuples avec respect; et accusant les prêtres, qui repoussent avec horreur cette doctrine folle et abominable , de favoriser le despotisme, le pouvoir arbitraire et ses excès, ils diront d'eux aussi : Que reste-t-il à faire , sinon les coupper et les jetter dedans le feu pour hrusler? Eh bien donc , qu'ils coupent et qu'ils brûlent ces prêtres séditieux qui osent nier que Dieu ait livré aux rois les biens de leurs sujets et leurs personnes pour en user selon leurs caprices ; pour faire de leurs fils des armuriers et des charrons^ et de leurs filles des panetières et des concubines : encore une fois, qu'ils coupent et qu'ils brûlent ; on ne brûle pas la conscience : et tant qu'il restera sur la terre un vrai chrétien, sa voix, qu'on n'étouffera jamais, s'élèvera pour protester contre ces principes de servitude , et pour réclamer les droits sacrés que le gallicanisme essaie de ravir à l'humanité au nom de Dieu.

Certes, on ne parviendra pas plus à établir de solides gouvernemens avec cette doctrine dégradante qu'avec la doctrine du libéralisme. Le vice particulier de celle-ci est de détruire radicalement ce que l'autre corrompt, la notion du pouvoir et de l'obéissance.

ET DE LA GUERRE COiNTRE l' ÉGLISE. 30

Leur vice commun est de constituer, sous quelque forme de police qu'on puisse imaginer, un esclavage profond, inévitable, éternel. Le pouvoir, dans l'une et dans l'autre, essentiellement arbitraire, n'est jamais que la volonté variable de l'homme : et comme il est sans règle, il est aussi sans limites, puisqu'il n'en sauroit avoir que dans une loi extérieurement obligatoire, dans une loi indépendante et du peuple et de lui , qui statue, sur les droits et les devoirs réciproques; par conséquent dans une loi divine , proclamée et maintenue perpétuellement par une autorité infaillible : car « si la souveraineté de droit ne peut appartenir qu'à » l'infaillibilité , à coup sûr elle lui appartient ; si » l'homme a droit de n'obéir qu'à la vérité, à la rai- » son , en revanche il est absolument tenu de lui » obéir (1). » Or le libéralisme refuse de reconnoître la loi divine, aussi bien que l'autorité par qui seule on peut la connoître certainement; et le gallicanisme affranchit de l'une et de l'autre le souverain, en tant que souverain. Il est donc impossible que les nations chrétiennes, qui veulent invinciblement la liberté que leur a acquise Jésus-Christ , retrouvent le repos tandis que la société continuera d'être sous l'influence exclusive de deux systèmes d'erreur, dont il ne peut sortir qu'une servitude également honteuse et intolérable.

Ce qui a pu, à certains égards, faire illusion sur la nature et les effets du système gallican, c'est la sorte

(t) M. Guizot. Globe du 25 novembre i9i6.

de noblesse et de grandeur apparente que le dévouement au prince avoit empruntée des anciennes mœurs chrétiennes et chevaleresques. On est toujours près d'admirer, et avec raison, ce qu'inspire l'esprit de sacrifice. Quand donc on voyoit des hommes, distingués d'ailleurs par tant d'avantages sociaux et de qualités brillantes, prodiguer, au moindre signe du maître (1), et leurs biens et leur vie, cet abandon total de soi, qu'on appeloit honneur, frappoit comme quelque chose d'élevé : et pourtant, si on se rappelle que ce prince, cessant d'être le ministre, le vicaire du Christ-Roi, étoit descendu volontairement de cette haute dignité pour se faire unhomme comme l'un de nous; qu'étoit-ce que cet aveugle dévouement, sinon celui des derniers esclaves, au temps de la plus indigne servitude, alors que des gladiateurs qui alloient mourir pour distraire un moment le despote stupide, lui crioient en passant : Morituri te salutant !

Vers la fin de la monarchie, le pouvoir humain étoit devenu, grâce au gallicanisme, l'objet d'une réelle idolâtrie (2). Elevé au-dessus de Dieu même,

(1) Cetfe expression de Maître , toute moderne en comparaison de celles de Roi et de Seigneur, étoit seule l'indice d'un changement total suryenu dans les rapports du souverain avec les sujets : et le langage chrétien s'étoit perdu avec la liberté chrétienne.

(2) Pendant les guerres de Flandre , Louis XIV ordonna de démolir un monastère qui étoit à la fois un magnifique monument d'architecture, et un objet de vénération pour les habitans du pays, à cause des souvenirs religieux qui s'y rattachoient. Des réclamations furent adressées, mais inutilement, à l'officier-général, grand seigneur et homme de la cour, qui commandoit alors en Flandre pour le roi j on ne put jamais obtenir de lui que cette réponse brièYe

dans Tordre temporel, on adoroità genoux ses volontés, comme les immuables décrets de la justice suprême et de la raison souveraine. Tout cela est à vous^ disoit à Louis XV enfant le duc de Villeroi, son gouverneur, en lui montrant le peuple assemblé dans un jour de fête. Mais ces abjectes adulations ne sauroient étouffer, là où règne le christianisme, le sentiment des vérités qu'il grave au fond des cœurs ineffaçablement. Les nations, affranchies par le Christ, n'ignorent pas qu'il donne à leurs chefs de tout autres leçons : « Vous savez que ceux qui paroissent posséder » le pouvoir, chez les Gentils, dominent sur eux; et )) leurs princes ont puissance sur leurs personnes. Or » il n'en sera pas ainsi parmi vous : mais quiconque » voudra s'élever au-dessus des autres, sera votre » serviteur; et quiconque voudra être le premier )) entre vous, sera le serviteur de tous : car le Fils de » l'homme lui-même n'est pas venu pour être servi ; » mais pour servir, et pour donner sa vie pour la ré- » demption de plusieurs (1). »

« Il faut vouloir être le père et non le maître. Il ne » faut pas que tous soient à un seul , mais un seul

» doit être à tous pour faire leur bonheur S'il

» commande, ce n'est pas pour lui, c'est pour le bien

et péreraptoire : « J'ai l'ordre de démolir, et je démolirai. Si le » rot m'ordonnait de tirer sur le Saint-Sacrement, je tirerais. » Un ministre de Charles X a trouvé tout simple dernièrement de faire une déclaration à peu prés semblable. Aussi faut-il dire qu'il n'est point de plus fier ennemi du pouvoir absolu, et de défenseur plus ardent des libertés constitutionnelles, (1) Marc, X, 42, 45.

» de ceux qu'il gouverne. II ne doit être que l'homme » des lois et l'homme de Dieu(l). »

L'oubli de ces maximes a ébranlé la base des trônes, en détachant les peuples d'un pouvoir oppressif par son essence et tyrannique de droit, alors même que, dans son exercice, il se montroit facile et doux. Et comme le gallicanisme établissoit l'arbitraire au nom de la religion, presque tous ceux que travailloit le besoin de la liberté , voyant à tort dans la religion l'alliée naturelle du despotisme, se séparèrent d'elle avec haine, et fondèrent sur sa destruction l'espérance d'un ordre social meilleur. Telle est l'origine du libéralisme, et l'une des causes toujours subsistantes du caractère antichrétien de ses doctrines et de son action.

Certainement on ne doit pas se flatter qu'il s'opère, à cet égard, de changement prochain dans les esprits. Il faut du temps, et beaucoup de temps, pour que les hommes s'éclairent ; il faut surtout que le dur enseignement du malheur, plus puissant que la raison même, les dispose à considérer de sang-froid, et sans préventions, la vérité qu'ils méconnoissoient. Quand ce moment sera venu, ils s'étonneront d'avoir cherché au loin si vainement, avec tant de fatigue et de douleur, ce que le christianisme leur ofl^roit de luimême, et qu'ils ne pouvoient trouver qu'en lui seul, l'union de l'ordre et de la liberté.

N'est-ce pas, en effet, sous l'empire du christia-

(1) Lettre (ie Fénelon sur la mort du Dauphin fils de Louis XIF,

nisme catholique qu'ont pris naissance et se sont développées toutes les libertés européennes , en Espagne, en Italie, en France, en Angleterre, et partout où s'étendoit l'influence pontificale ? Ce n'est pas là, sans doute, ce que nous dit l'histoire, telle que les passions et les préjugés l'ont écrite depuis deux siècles, mais c'est là ce que disent à chaque page les monumens contemporains ; et la curiosité heureuse qui porte aujourd'hui à les étudier, aura pour dernier résultat de venger l'Église des calomnies et des impostures accumulées contre elle pendant l'âge précédent.

Et déjà comparez sa vraie doctrine avec celle du gallicanisme. Voyez comme elle affermit le pouvoir et ennoblit l'obéissance, comme elle pose d'une main ferme les limites de l'un et de l'autre, élevant pour ainsi dire, autour de la liberté, une barrière également insurmontable et à la rébellion et à la tyrannie. Elle distingue deux puissances, mais sans diviser la société, qui est une essentiellement. Jésus-Christ en est le chef suprême; et comme le pontife , successeur de Pierre, est son vicaire dans l'ordre spirituel, le roi est son vicaire, son ministre dans l'ordre temporel. Car la société suppose deux choses, une loi éternelle, immuable, de justice et de vérité, fondement et règle des devoirs et des droits, et une force qui contraigne les volontés rebelles à se soumettre à cette loi.

Corresp., tom. I, p. 462. — Lettre à Louis XIF, ibid., tom, II, p. 439.

Donc deux glaives^ pour parler le langage de l'Église: le glaive spirituel qui retranche Terreur, et dont Tusage appartient au seul pontife ; le glaive matériel qui retranche le mal, et dont l'usage appartient au prince seul. Mais comme la force que ne dirigent point la justice et la vérité est elle-même le plus grand mal, et ne peut être qu'une cause de désordre et de ruine, le glaive matériel est nécessairement subordonné au glaive spirituel, de même que le corps doit être subordonné à la raison : autrement il faudroit admettre deux puissances indépendantes , Tune conservatrice de la justice et de la vérité , l'autre aveugle et dès -lors destructive, par sa nature, de la vérité et de la justice. Or qu'est-ce que cela sinon livrer le monde à l'empire de deux principes, l'un bon, l'autre mauvais, et constituer un véritable manichéisme social ? Quiconque, dit l'Église, homme ou peuple, adopte cette erreur monstrueuse, sort par là même des voies du salut (1).

Nul droit, s'il ne vient de Dieu et n'est relatif à Tintelligence. (( Les rois donc régnent par la sagesse, » c'est-à-dire par le Christ, Roi des rois, qui est la » sagesse du Père (2). )) Cette royauté du Christ, qui est écrite sur ses vêtemens et sur son propre corps (3), les gallicans la rejettent ; ils disent comme les Juifs :

(1) Voyez les Pièces justificatives, n. 1.

(25) Per sapientiam ergô reges régnant, quia sapientia Patris, juxtà apostolum, Christus est, qui est Rex regum. Epist. JSficol. I ad Carol. calv. Labh. tom. YUI, coL 409.

(3) Apoc, XIX, 16.

ET DE LA GUERRE CONTRE l'ÉgLISE. 45

JVous ne voulons pas qu'il règne sur nous (1); nous n'avons point d'autre roi que César (2) : et aussitôt ils tombent dans la servitude de l'homme ; car César n'ayant dès-lors aucun supérieur sur la terre, ne devant compte à personne de ses actes, et ne reconnoissant aucune loi qui l'oblige en tant que César, ne sauroit jamais, quoi qu'il fasse, et à quelque degré qu'il opprime, cesser d'être le souverain véritable et légitime, ni perdre son droit de commandement. Peuples qui gémissez sous l'exécrable tyrannie d'un Néron, ou d'un Henri VIII, obéissez donc, le gallicanisme vous l'ordonne ; souffrez avec patience , souffrez, s'il le faut, éternellement : c'est Dieu qui vous éprouve, ou qui vous châtie, selon les desseins qu'il a formés dans ses conseils impénétrables (3).

Mais voici qu'il s'élève une autre voix, la voix d'un des plus saints pontifes qu'ait suscités la Providence pour conduire l'Église du Christ : c Quant à » ce que vous dites, que vous êtes soumis aux rois et » aux princes à cause du précepte de l'apôtre : Ohéis- » sez au roi comme au souverain (4), je vous approuve » en cela. Cependant voyez si ces rois et ces princes » auxquels vous êtes soumis, dites-vous, sont vérita- » blement rois et princes. Voyez s'ils régissent bien

(1) Luc, XIX, 14.

(2) Joan.,\\\, 15.

(3) Le jausénisme a porté jusqu'au dernier excès cette espèce de fatalisme horrible et dégradant. Voyez les Pièces justificatives , n. 11.

(4) /Pe«r.,II, 13.

» eux-mêmes d'abord, ensuite le peuple qui leur est » confié. Voyez s'ils gouvernent selon le droit : au- » trement on devroit plutôt les tenir pour tyrans que » pour rois, et leur résister, et s'élever contre eux, » plutôt que de leur être soumis. Car si nous étions » soumis à de tels princes, et non préposés sur eux, » nous ne pourrions éviter de favoriser leurs vices. » Obéissez donc au roi qui est au-dessus des autres » par ses vertus, et non par ses vices; obéissez, mais, » comme dit l'apôtre, à cause de Dieu, et non contre » Dieu (1). »

En même temps donc que le christianisme, établissant le pouvoir sur une base divine, prête à la majesté royale un caractère sacré, il n'abandonne pas les peuples aux volontés arbitraires des rois, et ne les laisse point sans remède contre les abus de la force. D y a, au-dessus de Tordre temporel, une puissance qui veille sans cesse pour y maintenir l'observation de la loi de justice et de vérité (2); et le prince qui la

(1) Illud verô quod dicitis, regibus et principibus vos esse subjectos, eo quod dicat apostolus : Sive régi quasi prœcellenti, placet. Verumtamen yidete, utrùm regés isti et principes quibus vos subjectos esse dicitis, veraciter reges et principes sint. Videte si primùm se benè regunt, deindè subditum populum : Nam qui sibi nequam est, cui alii bonus erit ? Videte si jure principantur : alioqui potiùs tyranni credendi sunt, quàm reges habendi ; quibus magis resistere , et ex adverso ascendere, quàm subdi debemus. Alioquin si talibus subditi, et non praelati fuerimus nos, necesse est eorum vitiis faveamus. Ergô régi quasi prœcellenti , virtutibus scilicet, et non vitiis, subditi estote, sed, sicut apostolus ait, propler Deum, et non contra Deum. McoL I, Append. I; Epist. IT ad adventitium Episc. Metensem. Labb. tom. VIII, col. 487.

(2) Parmi la foule de ceux qui accusent le cb(istiani»me çomaio

viole fondamentalement, le prince qui essaie de substituer un pouvoir purement humain au pouvoir q'il tient de Dieu, sous certaines conditions imprescriptibles ; le prince qui, refusant d'être le ministre, le vicaire du Christ, se révolte contre l'autorité de qui la sienne dérive, perd tous ses titres à l'obéissance; et le peuple opprimé peut et doit, à son tour, selon les lois de la société spirituelle, user de la force, pour défendre son vrai souverain, et se reconstituer chrétiennement (1). C'est ainsi que, de nos jours même, on a vu les Pays-Bas, par un généreux mouvement de patriotisme et de foi, reconquérir les armes à la main leurs libertés religieuses et politiques envahies par Joseph II (2)^ et c'est ainsi encore que les Bre-

de fomenter le despotisme, et de tendre partout à établir le pouvoir arbitraire, il y en a peut-être qui seront étonnés d'apprendre qu'une des règles de V Index frappe spécialement les livres propres à fa' voriserla tyrannie politique, et ce qu'on appelle la raison d'État. « Item quae ex gentilium placitis , moribus, exemplis, tyrannicam polilicam favent, et quam falsô vocant rationem status, ab evangelicà et christianâ lege abhorrentem inducant, deleantur. » Regulœ et observationes in Indicem librorum prohibitorum, De correctione, § II.

(1) L'unique différence qui exbte à cet égard entre la doctrine catholique et la doctrine protestante, c'est que, d'après la première, ces grandes questions qui intéressent la vie des peuples, doivent être décidées par le tribunal suprême de l'Église; tandis que , d'après la seconde, chacun les décide par son jugement privé. Voyez les Pièces justificatives, n. 3.

(1) L'Irlande, mais avec des doctrines moins pures, et qui pourroient plus tard compromettre sa cause , si elles pénétroient jusque dans le peuple, offre, en ce moment, le même spectacle, et les libéraux mêmes le remarquent. « Ouvertement, à la face du Jour, un » peuple de sept millions d'homme», ses prêtres en tête, conspire

tons et les Vendéens, alors qu'une horrible tyrannie pesoit sur la France, ont combattu jusqu'à la mort pour leur Dieu et pour leurs autels.

Mais jamais on n'aperçut mieux à quel point le catholicisme empreint dans les âmes le sentiment de la liberté, sans néanmoins altérer le principe nécessaire de la soumission au pouvoir légitime, qu'à l'époque trop peu connue de la Ligue, l'une des plus belles de notre histoire, s'il est beau pour une nation de sauver à la fois, par un noble élan et une résolution ferme, ce qu'il y a de plus saint sur la terre, et de plus cher à l'homme qui ne vit pas d'une vie purement matérielle, la religion et les lois fondamentales de l'Etat. Nous savons tout ce qu'on peut dire sur les désordres de ces temps et sur les crimes qui ensanglantèrent particulièrement la capitale, et ce n'est pas nous assurément qui les justifierons. Mais l'odieuse tyrannie des Seize n'étoit pas la Ligue. La Ligue triompha, et les Seize périrent. Les Seize, à la tête d'une troupe de brigands, exercèrent, comme les membres du comité de salut-public, un despotisme populaire. La Ligue, malgré les passions et les intérêts privés qui s'y mêlèrent, dirigée par les maximes du droit public reçu, replaça la monarchie sur ses bases ébranlées. Et c'est surtout cet ancien droit , ce droit chrétien, aujourd'hui presque ignoré, que nous voulons faire remarquer dans cette grande confédération catholique, dont il fut le principe et la règle.

» pour la liberté civile et religieuse. » Globe du 24 septembre

Un monument précieux, que les historiens appellent le Manifeste de la Ligue ^ nous fournit, à cet égard, toutes les lumières désirables. Cet acte, intitulé : Déclaration ofes causes qui ont mu monseigneur le cardinal de Bourbon^ et les pairs, princes^ seigneurs^ villes et communes catholiques de ce royaume de France^ de s'opposer à ceux qui par tous moyens s efforcent de suhvertir la religion catholique et VEtat ^ commence ainsi (1):

a Au nom de Dieu tout-puissant , roi des rois , )) soit manifesté à tous les hommes, que, ayant la » France , depuis vingt-quatre ans , été tourmentée » d'une pestilente sédition , émue pour suhvertir Tan- » cienne religion de nos pères , qui est le fort lien de » l'État, il y a été appliqué des remèdes, lesquels » (contre l'espérance de leurs majestés) se sont rendus » plus propres à nourrir le mal qu'à l'éteindre ; qui » n'ont eu de la paix que le nom, et n'ont établi le re- » pos que pour ceux qui l'auroient troublé , laissant » les gens de bien scandalisés en leur âme et intéressés » en leurs biens.

» Et au lieu de remède , qu'avec le temps on » pouvoit espérer de ces maux , Dieu a permis que )) les derniers Rois soient morts jeunes , sans laisser » jusques ici aucuns enfants habiles à succéder à » cette Couronne , et ne lui en a plu encore ( au » regret de tous les gens de bien ) donner au

(1) Voyez l'acte entier parmi les Pièces justificatives, n. i. TOME 9. 4

SO DES PROGRÈS DE LA REVOLUTIOî^

» Roi , qui maintenant règne (1) , bien que ses bons

» gujets n'aient obmis , comme il n'obmettront â

» Tavenir , leurs plus affectionnées prières pour en

» obtenir de la bonté de notre Dieu ; en sorte qu'étant

» demeuré seul de tant d'enfans que Dieu avoit donnés

» au feu bon roi Henry, il est trop à craindre (ce que

» Dieu ne veuille) que cette maison s'en aille, à notre

» grand malheur, éteinte sans aucune espérance

» d'avoir lignée : et qu'en l'établissement d'un suc-

» cesseur en l'État royal, il n'advienne de grands

» troubles par toute la chrétienté, et peut-être la totale

» subversion de la religion catholique , apostolique et

» romaine en ce Royaume très chrétien, auquel on

» ne souffriroit jamais régner un hérétique , attendu

» que les sujets ne sont tenus de reconnoître , ni souf-

» frir la domination d'un prince dévoyé de la foi chré-

» tienne et catholique , étant le premier serment que

)) nos Rois font, lorsqu'on leur met la couronne sur la

» tète , de maintenir la religion catholique , aposto-

» lique et romaine , sous lequel serment ils reçoivent

» celui de fidélité de leurs sujets, et non autre-

» ment. »

Tel étoit anciennement le droit public, non eieiilement de la France, mais de l'Europe entière. Il o'e^t point de nation qui ne reconnût la religion catholique apostolique , romaine , comme la loi première et fondamentale de l'État ; c'est-à-dire que partout l'ordre politique avoit sa racine dans l'ordre religieux, et que

1) Henri III.

Ton n'imaginoit pas l'existence possible d'une société civile indépendante de la société spirituelle : d'où il résultoit que le prince infracteur de cette loi première et fondamentale étoit déchu de droit , et pouvoit être déclaré de fait, déchu de la souveraineté ; car , d'un côté , il violoit le serment qui formoit le lien entre lui et le peuple , et, de l'autre, en détruisant la société spirituelle, base nécessaire delà société politique, il dissolvoii la société tout entière, et par conséquent sa propre souveraineté.

Ainsi l'avoient conçu toutes les nations chrétiennes : et de là s'ensuivoit le droit manifeste , ou plutôt le de^voir sacré de recourir aux moyens les plus ejQîcaces pour maintenir l'ordre légitime, sauver la religion, la justice, les lois, et prévenir la ruine totale de l'État La constitution de la France offroit, dans l'assemblée des états-généraux , un expédient moins violent que l'emploi des armes , pour atteindre ce but. Mai» , à l'époque dont il s'agit , l'expérience avoit montré l'insuffisance de ce remède.

(( Il avoit paru quelque rayon d'espérance, quand, » sur les fréquentes plaintes et clameurs de ce royaume, » on publia la convocation des états-généraux à Blois, H qui est l'ancien remède des plaies domestiques, et » comme une conférence entre le prince et les sujets » pour revenir ensemble à compte de la due obéis- » sance d'une part^ et de la due conservation d'autre ^ » toutes deux jurées^ toutes deux nées avec le nom royal » et règles fondamentales de VÉtat de France; mais de » cette chère et péaible entreprise ne resta sinoa l'au-

d2 des l'KOGRES DE LA REVOLUTION

» torisement du mauvais conseil d'aucuns, qui se feii) gnant bons politique, étoient en effet très mal affec- » tiennes au service de Dieu et bien de l'État : les- » quels ne s'étant contentés de jetter le roi, de son » naturel très enclin à la piété, hors de la sainte et » très utile délibération qu'à la très humble requête » de tous ses États , il avoit fait de réunir tous ses su- )) jets à une seule religion catholique , apostolique et » romaine, afin de les faire vivre en l'ancienne piété » avec laquelle ce royaume avoit été établi , s'étoit » conservé, et depuis accru jusques à être le plus puis- » sant de la chrétienté, qui se pouvoit alors exécuter » sans péril et presque sans résistance , lui auroient » au contraire persuadé être nécessaire pour son serj> vice d'affoiblir et diminuer l'autorité des princes » et seigneurs catholiques , qui avec grand zèle » avoient grandement bazardé leurs vies combattant » sous ses enseignes , pour la défense de la religion " » catholique : comme si la réputation qu'ils avoient » acquise par leurs vertus et fidélité , les eût dû rendre » suspects, au lieu de les faire honorer. » . La foiblesse de Henri III , l'empire qu'exerçoient sur lui des hommes insensés et pervers, le renversement des anciennes règles, le progrès sans cesse croissant de l'influence calviniste , le pouvoir royal près de tomber entre les mains d'un prince élevé dans l'hérésie , et qui alors même combattoit pour elle, tout cela nejustifioit que trop les alarmes des catholiques.

D'autres griefs d'une autre nature venoient se join-

ET DE LA GUERRE CONTRE l'ÉGLISE. 53

dre en foule à ces graves appréhensions ; les lois sans force, les droits les plus saints violés ouvertement, tous les ordres de l'État opprimés par un arbitraire intolérable : (( outre le mépris des choses sacrées de la )) sainte Eglise de Dieu, en laquelle désormais tout est » toUu et poilu, la noblesse annullée , asservie et » vilennée et tous les jours foulée misérablement de » taxes et indues exactions qu'elle paie malgré elle , si » elle veut substanter la vie, c'est-à-dire, boire, man- » ger et se vêtir ; les villes , les officiers royaux et » menu peuple serrés de si près par la fréquentation » de nouvelles impositions que l'on appelle inventions » qu'il ne reste plus rien à inventer, sinon le seul » moyen d'y donner un bon remède. »

Que faire en ces circonstances? Falloit-il souffrir qu'on abolît , avec la religion catholique, apostolique, romaine , la loi première et fondamentale de l'État? Falloit-il ployer sous l'oppression, abandonner des droits non moins légitimes, non moins sacrés que ceux de la royauté même; consentir à l'établissement d'un régime arbitraire , en sacrifiant toutes les antiques libertés nationales; et enfin, par je ne sais quelle superstition d'obéissance, accepter passivement la servitude , et laisser périr la société chétienne? Les catholiques ne le pensèrent pas. Chacun d'eux élevant la voix , s'écria comme Mathathias : « Quand tous » obéiroient au roi , et renonceroient à la loi de leurs j) pères , pour se soumettre à ses commandemens ; » moi, mes fils et mes frères nous obéirons à la loi » de nos pères. Que Dieu nous soit propice î il ne

54 DES PROGRÈS DE lA RÉVOLUTION

» nous est pas bon d'abandonner ses justices et sa j) loi (1). »

De là cette généreuse et invariable résolution, qui, pour le salut de la France , triompha de tous les obstacles, et raffermit, autant qu'il se pouvoit alors, sur leur vrai fondement , les libertés publiques et la royauté.

(( Pour ces justes causes et considérations , nous » Charles de Bourbon , premier prince du sang, car- » dinal de l'Eglise catholique, apostolique et romaine, » comme à celui qui touche de plus près de prendre en » sauvegarde et protection la religion catholique en » ce royaume, et la conservation des bons et loyaux » serviteurs de sa majesté et de l'État, assisté de plu- » sieurs princes du sang, cardinaux et autres princes, » pairs , prélats , officiers de la couronne , gouver- » neurs de provinces , principaux seigneurs , gentils- » hommes, de beaucoup de bonnes villes et commu- » Hautes, et d'un bon nombre de bons et fidèles su- )) jets, faisant la meilleure et la plus saine partie de ce » royaume ; après avoir sagement posé le motif de » cette entreprise, et en avoir pris l'avis, tant de nos » bons amis très affectionnés au bien et repos de ce » royaume, que des gens de savoir et craignant Dieu, » que nous ne voudrions offenser en ceci pour rien du » monde : déclarons avoir tous juré et saintement » promis de tenir la main forte et armes, à ce que la » sainte Église de Dieu soit réintégrée en sa dignité

(1) / Machab., II, 19, 30.

ET HT. LA GUERRE CONTRE l'ÉGLISF. 55

» et en la rraiô et seule catholique religion ; que la » noblesse jouisse, comme elle doit , de sa franchise » tout entière, et le peuple soit soulagé, de nouvelles » impositions abolies , et toutes crues ôtées, depuis le )) règne du roi Charles neuvième, que Dieu absolve ; » que les parlemens soient remis en la plénitude de » leurs connoissances et en leur entière souveraineté » de leurs jugemens, chacun en son ressort, et tous )) sujets du royaume maintenus en leurs gouverûe- » mens, charges et offices, sans qu'on leur puisse ôter » sinon en trois cas des anciens établissemens et par » jugement des juges ordinaires, ressortissant es pàr- » lemens. »

Cependant le respect pour la souveraineté demeuroit tout vivant au fond des cœurs> alors même qu'une nécessité extrême et les plus saints devoirs obligeoient les catholiques d'opposer au pouvoir égaré, maisnotl encore déchu, une efficace résistance.

« Protestant , disent-ils , que ce n'est contre le roi » notre souverain Seigneur que prenons les armes , » ains pour la tuition et défense de sa personne, de » sa vie et de son État, pour lequel nous jurons et » promettons tous exposer nos biens et nos vies, jlîs- » qu'à la dernière goutte de notre sang, avec pareille » fidélité qu'avons fait par le passé , et de poser les » armes aussitôt qu'il aura plu à sa majesté faire ». cesser le péril qui menace la ruine du service de » Dieu et de tant de gens de bien : ce que nous sup- )) plions très humblement faire au plus tôt, témoignant » k chacun par vrai et bon effet, qu'il est vraiment roi

» très chrétien , ayant la crainte de Dieu et le zèle » de la religion empreints en son âme, ainsi que nous » l'avons toujours connu, et comme bon père, et roi » très affectionné à la conservation de ses sujets. En » quoi faisant , sa majesté sera d'autant plus obéie , » reconnue et honorée de nous et de tous les autres su- » jets, avec beaucoup de bienveillance ; ce que nous » désirons sur toutes les choses du monde. »

Ainsi, dévouement sans bornes, soumission pleine d'amour au prince fidèle à Dieu, et qui gouverne selon sa loi. Mais si, abusant contre ce même Dieu de la puissance qu'il a reçue de lui , il s'affranchit de ses commandemens, met en péril la foi des peuples, substitue la force au droit, ses volontés à la justice, renverse les règles , et s'efforce d'élever un pouvoir humain sur toutes ces ruines : résistance inflexible , inébranlable résolution de tout sacrifier, repos , biens , et la vie même, plutôt que de subir cet indigne joug, et d'humilier devant un homme des fronts que le Christ a marqués du sceau de la liberté. C'est là ce que fit la Ligue. Elle appela les vrais chrétiens à la défense des seules choses qui donnent du prix à notre frêle existence; et les convoquant, au nom de tout ce qui estdouxet sacré, sous la bannière duPtoi-Sauveur, elle leur dit : « Recevons avec nous tous les bons qui » auront zèle à l'honneur de Dieu et de sa sainte « Église, et au bien et réputation de la très chrétienne » religion françoise , sous protestation néanmoins de » ne poser jamais les armes jusques à l'entière exécu- >) tion des choses susdites, et plutôt y mourir tous de

ET DE LA GUERRE CONTRE l'ÉGLISE, 57

» bon cœur, avec désir d'être amoncelés dans une » sépulture consacrée aux derniers François morts en » armes pour le service de Dieu et de leur patrie. »

Libéraux, gallicans, montrez-nous une doctrine qui inspire des sentimens semblables et de semblables paroles ; alors, peut-être nous vous écouterons. Mais ne vous flattez pas de nous faire descendre jusqu'à vos lâcbes et serviles systèmes. Que si la révolution , violant tous les droits religieux et politiques, nous replaçoit, sous ce rapport, dans des circonstances pareilles à celles où se trouvèrent nos pères , nous tournerions sur eux nos regards; et nous animant à la vue des grands exemples qu'ils nous ont laissés, nous dirions : Et nous aussi mourons dans notre simpUcilé; il est beau de mourir pour les saintes lois de Dieu et de la patrie (i), »

(i) / Machab., II, a?. Ibid., cap. VI, 28.

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