TOME
genre de tyrannie totalement inconnu au monde avant Bonaparte. Ne concevant le pouvoir que sous la forme du despotisme le plus absolu , le despotisme militaire, ij essaya de partager la France en deux catégories , Tune composée de la masse du peuple , en partie destinée à remplir les vastes cadres de son armée , et disposée, par l'abrutissement où il la vouloit maintenir, à une obéissance passive et à un fanatique dévouement; l'autre, plus élevée à raison de sa seule richesse, devoit conduire la première , selon les vues du chef qui les dominoit également, et pour cela être formée ellemême dans des écoles où, en même temps qu'on la dresseroit à une soumission servile et, pour ainsi dire mécanique , elle acquerroit les connoissances relatives surtout à l'art de la guerre et à une administration matérielle. Les liens de la vanité et de l'intérêt dévoient ensuite l'attacher à sa personne, et l'identifier, en quelque sorte , à son système de gouvernement. Telles furent les pensées qui présidèrent à la création de l'université impériale. Ce ne fut en réalité qu'une application des maximes de Robespierre. Bonaparte, au reste, régna trop peu pour affermir son ouvrage^ et pour recueillir tous les fruits qu'il s'en promettoit. Cependant il y avoit dans la volonté de cet honjme extraordinaire une si étonnante vigueur, et tant de prestige dans sa gloire, qu'au moment où il succomba, presque toute la jeunesse française étoit déjà c^mme emportée dans la sphère de son sinistre
Après lui l'Université devint ce qu'elle a continué
ET DE LA GUERRE COJNTRE LEGLJSE. 115
d'être , premièrement une odieuse institution fiscale , vexatoire pour les familles, sans aucun avantage pour l'État forcé, au contraire, d'ajouter annuellement une somme considérable au produit de la subvention, nous ne disons pas illégalement , mais tyranniquement perçue : secondement un moyen d'oppression religieuse , ainsi qu'on le verra bientôt : et enfin une violation directe et permanente des droits les plus sacrés qui puissent exister sur la terre. Car, d'une part, le gouvernement contraint d'acheter , au prix qu'il y met, l'instruction qui, par sa nature, doit être libre et accessible à tous } et, de l'autre , il oblige les pères de famille , ou à souffrir que leurs enfans demeurent privés de toute instruction , ou à les exposer, dans des écoles dangereuses, à perdre leurs mœurs et leur foi.
Certes , nous le répétons , jamais, depuis l'origine du monde, un si exécrable despotisme n'avoit pesé sur la race humaine ; et si quelque chose prouve à quel point la vraie notion de la liberté s'est altérée de nos jours , c'est sans doute la honteuse patience avec la^ quelle on l'a supporté jusqu'à présent.
Quand , pour le justifier , le ministère nous parle de je ne sais quel droit de surveillance , que personne , dit-il, ne conteste à l'administration (1) ; ignore-t-il donc que, hors les cas prévus par les code§, et qui rentrent dans le domaine de la justice commune^ ce droit qu'elle appelle de surveillance est au contraire précisément ce qu'on lui conteste ? En ce qui tient à
i\) M^fsager du ib juillet 1828,
l'instruction , il est clair qu'il n'existe point de surveillance imaginable ; car, dans Tordre des connoissances purement humaines, tout est bon ou indifférent en soi. Et quant à l'éducation réelle ou aux doctrines religieuses et morales , elles ne sauroient la regarder en rien , ni suivant les principes constamment admis, ni selon les maximes sur lesquelles repose notre législation actuelle. Son intolérable prétention de surveiller les doctrines n'est que la prétention de les dominer, et d'imposer, par un enseignement exclusif, celles qu'il lui plaira de faire prévaloir, c'est-à-dire, toujours celles qu'elle jugera le plus conformes à ses intérêts : et encore quelle distance énorme d'une simple surveillance au monopole entier de l'instruction î
Ici tous doivent être d'accord, quelles que soient d'ailleurs leurs opinions ; il ne doit y avoir qu'un sentiment pour repousser cette indigne oppression morale et intellectuelle ; et puisqu'on parle de liberté, qu'on commence donc par briser les fers dont on s'etforce d'enchaîner les âmes mêmes.
Une seule chose aujourd'hui est du ressort du gouvernement, c'est de favoriser la diffusion et le progrès de la science, en instituant des cours élevés que chacun puisse suivre librement. L'Université telle qu'on l'a faite, et en général le régime des collèges, tue les fortes études, et c'est une des causes principales de l'infériorité de la France sous ce rapport. Au lieu de persécuter, au lieu d'opprimer, fondez, sur une grande échelle, des institutions analogues à celles qui existent
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en Angleterre et surtout en Allemagne, alors vous rendrez au pays un service réel, alors cette ardeur de savoir qui tourmente la génération nouvelle produira un vrai développement du génie national. Voilà ce que réclame de vous l'état du siècle et des esprits. Mais, ne fût-ce que par pudeur, ne nous vantez pas votre zèle pour la science, lorsque vous ne savez qu'étendre votre hideux despotisme jusqu'au Catéchisme et au Rudiment.
Le progrès en ce genre a été rapide , et il le deviendra davantage chaque jour. L'ordonnance du 21 avril n'étoit que le prélude de celles du 1 6 juin , dans lesquelles le ministère , s' élevant au-dessus de tous les droits et de toutes les lois , a déployé , comme on devoit s'y attendre , avec tout ce qu'il y a naturellement de violence dans la lâcheté, un luxe de tyrannie qui n'avoit point encore eu d'exemple. Il ne reste plus rien à dire sur ces ordonnances fatales, qui provoquèrent , dès qu'elles parurent , les saintes réclamations de l'Épiscopat français (1); dont M. l'évêque de Chartres et quelques autres prélats, non moins vénérables par leurs vertus que par leurs lumières, ont signalé les vices et le caractère antichrétien , tandis que MM. Laurentie , Berryer fils, O'Mahony, et tous les écrivains attachés à la cause catholique, montroient ce qu'elles renferment d'illégal, d'odieux, d'oppressif, et en prédisoient les suites funestes.
La première, signée Portalis, expulse les Jésuites
(1) Voyez les P^ees jmtifcaUves, n. U.
118 OËS l»ROGÉÈc« DE LA REVOLUTION
des petits séminaires qu'ils occupoient, au nombre de huit. Cet acte d'injustice administrative étoit depuis long-temps sollicité , avec des cris de fureur , par la révolution. Elle vouloit, comme Voltaire, manger du jésuite^ et M. Portalis s'est chargé d'apaiser sa faim. Ce n'est ici ni le lieu, ni le moment de juger la compagnie de Jésus, et de chercher entre les calomnies de la haine et les panégyriques de l'enthousiasme , la vérité rigoureuse et pure. Rien de plus absurde, de plus inique , de plus révoltant , que la plupart des accusations dont elle a été l'objet. On ne trouveroit nulle part de société dont les membres aient plus de droit à l'admiration par leur zèle et au respect par leurs vertus. Après cela, que leur institut, si saint en lui-môme, soit exempt aujourd'hui d'inconvéniens, même graves; qu'il soit suffisamment approprié à l'état actuel des esprits, aux besoins présens du monde , nous ne le pensons pas. Mais, encore une fois, ce n'est ici ni le lieu, ni le moment de traiter cette grande question ; et nous ressentirions une peine profonde s'il nous échappoit une seule parole qui pût contrister ces hommes vénérables, à l'instant où le fanatisme de l'impiété persécute sous leur nom l'Église catholique tout entière.
Et à quel titre les poursuit-on ? où est la loi qui interdit aux Français de se réunir pour vivre ensemble d'après un mode d'association convenu , et suivant une règle volontairement acceptée, en ne réclamant d'ailleurs aucun privilège, aucune exemption du droit commun ? Que si cette loi n'existe point (et
ET DE LA GUERRE CONTftE l'ÉGLISE. 1 l9
Ton défie de la produire), si l'on n'a pas encore annoncé la prétention de pénétrer dans la conscience pôiir lui demander compte des devoirs qu'elle s'est imposés, des engagemens intérieurs qu'au fond du sanctuaire sacré ouvert à Dieu seul elle a pu contracter envers lui , en vertu de quelle maxime ose-t-on ravir administrativement à quelques hommes une liberté que le législateur accorde à tous indistinctement ?
Ce n'est pas là ce que nous faisons , s'écrient les ministres : et cela est vrai, car ils font pis. Déclarer franchement qu'on met hors des lois une classe de Français, par cela seul qu'on le veut et qu'on est le plus fort, seroit moins odieux mille fois , que de prétendre , avec toutes les ruses d'une basse hypocrisie, légitimer la persécution. Vous êtes libres, disent-ils aux catholiques, de vous lier par des vœux que l'Etat né connoît point, sur lesquels il n'a ni ne peut avoir aucune autorité dans le for intérieur. Il vous est permis d'être membres d'une congrégation religieuse, comme au protestant de s'agréger à la communauté des Frères moraves. Nous ne voulons pas plus gêner votre conscience que la sienne. A Dieu ne plaise que nous portions la moindre atteinte à la liberté voulue , garantie par la Charte. Ministres, tel est votre langage : voyons maintenant vos actes.
« Voulant pourvoir à l'exécution dés lois du » royaume,
» Nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit :
» An. 1"^- A dater du 1^' octobre prochain, tous » les établissemens connus sous le nom à'écoln sp-
» condaires ecclésiastiques , dirigés par des personnes )) appartenant à une congrégation religieuse non au- » torisée, et actuellement existans à Aix, Billom, » Bordeaux , Dole, Forcalquier, Montmorillon , » Saint-Acheul et Sainte - Anne -d'Auray, seront » soumis au régime de l'Université.
« 2. A dater de la même époque, nul ne pourra » être ou demeurer chargé soit de la direction soit de » l'enseignement dans une des maisons d'éducation » dépendantes de l'Université, ou dans une des écoles » secondaires ecclésiastiques, s'il n'a affirmé par écrit » qu'il n'appartient à aucune congrégation religieuse » non légalement établie en France (1). »
Ceci est clair, je vous entends; mais entendez aussi la voix de vingt-cinq millions de catholiques, à qui ces dispositions oppressives ont arraché simultanément un cri de surprise et d'indignation. Comprenez tout ce qu'elles renferment de contraire aux droits les plus sacrés, ainsi qu'à ces lois du royaume ^ à V exécution desquelles vous voulez pourvoir^ dites-vous.
Vous violez le droit de propriété, en dépouillant deshommes, qui n'ont enfreint aucune loi quelconque, d'établissemens formés par eux sous la protection de la loi même.
Vous violez les droits de l'épiscopat, en soumettant, par un simple acte de votre volonté , au régime universitaire des écoles ecclésiastiques sur lesquelles vous n'avez ni ne pouvez avoir aucune autorité légitime.
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(1) Ordonnance du 16 juin.
Vous violez les droits des pères de famille, en leur enlevant le moyen de faire élever leurs enfans selon les principes de leur foi, et dans la pratique, suffisamment assurée pour eux, de la religion qu'ils professent.
Vous violez avec la Charte les droits de tous les Français, en créant à votre bon plaisir des incapacités civiles résultantes , non pas d'un motif de Tordre civil, mais d'une cause purement religieuse , d'une condition prise dans l'intérieur de la conscience : iniquité telle qu'elle a révolté jusqu'aux rédacteurs libéraux du Globe (i).
Vous violez la conscience même, en forçant des hommes à révéler contre eux un secret dont ils ne doivent compte qu'à Dieu seul, ou à mentir pour échapper à votre oppression.
Vous établissez une inquisition dont Henri VIII, dans ses plus grands excès, n'a pas fourni d'exemple , car il n'obligeoit pas les catholiques d'être euxmêmes leurs délateurs.
Vous violez les droits de l'Église, et vous l'insul^ tez, en excluant de l'enseignement ceux à qui elle
(1) « Voilà une étrange règle imposée au pays! c'est la loi du Test de l'Angleterre, et comment imposée! Ce mot de congrégation, qui ne signifie pas corporation, qui ne rappelle aucun des engagemens des anciennes communautés religieuses, aucun des droits que notre vieux régime leur conféroit, ce mot seul de congrégation courre un crime, emporte une incapacité civile!... En vérité, nous n'y concevons rien : c'est faire de l'absurde pour le seul plaisir d'en faire, c'est créer un antécédent déplorable, c'est renouveler les billets de confession, les déclarations de civisme; c'est commander l'hypocrisie , Ip mensonge , et le commander sans nécessité. » Le Crjohe.
Iâ2 DES PROGRÈS DE LA REVOLUTION
donne mission particulière d'enseigner, ceux qui font une profession plus étroite de la perfection qu'elle recommande aux chrétiens.
Vous violez plus directement encore ses droits divins, en étendant à ses propres écoles cette exclusion monstrueuse.
Voilà les libertés dont la France vous rend grâces : elle en avoit déjà connu de semblables, de plus étendues même, sous l'empire et auparavant; mais elle peut désormais espérer de tout recouvrer. Misérables aveugles, dignes d'une immense compassion, l'avenir vous apprendra ce que vous ne savez pas encore , combien petite est la distance qui sépare l'homme de peur de l'homme de crime. La révolution vous applaudit : je le crois, certes ; que faites-vous qu'obéir à ses injonctions ? Opprimez, persécutez, tyrannisez à son profit, sa reconnoissance nous vengera.
Vous parlez comme elle de V ordre légal : et que veut dire ce mot? Il y a eu, je pense, plus d'un ordre légal de 1793 à 1828. Tout cela, étoit-ce l'ordre véritable , la justice , la liberté? Suffit-il que la force commande pour qu'il y ait ordre, pour qu'il y ait loi? Répondez, ceci est grave. Quand la loi conduisoit sur la place Louis XV celui qu'en ce moment je n'ose nommer, qu' étoit-ce à vos yeux que cette loi? lui devoit-on respect, soumission ? J'attends ce que vous direz. Mais vous ne direz pas que le régicide , les proscriptions, les spoliations, et tant d'autres forfaits, fussent ce que vous appelez l'ordre légal. Il existoit alors aussi cependant une force, un pouvoir public.
ET DE LA GUERRE CONTRE L'ÉGLISE. t23
Il y a donc un ordre contre lequel la force , le pouvoir ne peut rien ; une loi qui juge les lois mêmes. Qu'est-ce que cette loi ? la connoissez-vous ? et dans le conflit entre elle et les volontés arbitraires, oppressives delà puissance humaine, qu'y a-t-il à faire (1)? Imprudens! quel vertige vous étourdit; et comment ne tremblez vous pas de contraindre la France à poser ces questions terribles , et à les résoudre peut-être ?
Il nous reste à parler d'une troisième ordonnance qui complète le système de persécution suivi par le ministère, sous la direction du libéralisme. A raison
(1) Ce qui a donné naissance à la théorie moderne de l'ordre légal c'est premièrement le besoin d'un prétexte pour opprimer avec une apparence quelconque de droit, secondement la nécessité où se trouve le libéralisme dogmatique, après avoir rejeté toute règle de justice immuable et divine, et par conséquent détruit la notion du devoir , de soutenir ou qu'on n'est jamais , et en aucun cas, tena d'obéir à ce que le pouvoir conmiande, maxime qui renverse immédiatement la société ; ou qu'on doit toujours obéir à la loi quelle qu'elle soit, c'est-à-dire aux prescriptions arbitraires de la force actuellement prédominante. Au contraire le christianisme, ne séparant jamais ces deux choses également saintes, également indispensables , l'ordre et la liberté, ordonne d'être soumis à la puissance , c'est-à-dire , à V autorité et à la raison ; et fixant aussitôt , pour prévenir la tyrannie, la règle et les limites de cette soumission , U déclare qu'elle n'est due qu'aux commandemens justes et raisonnables, selon Dieu, l'autorité ecclésiastique , et le droit civil. Il nous semble pourtant qu'il y a quelque dignité dans cette doctirine , et qu'à tout prendre cela n'est pas trop mal pour le neuvième siècle. « Si quis potestati regiœ, quae non est, juxta apostolum, nisi à » Deo , contumaci ac inflato spiritu contra auctoritatem et ratio- » uem, pertinaciter contradicere praesumpserit , etejusjustisac ra- » tionabilibus imperiis secundum Deum et auctoritatem ecclesiasti- » cam ac jus civile obtemperare irrefragabiliter noluerit, anathe- » matizetur.» Concil Parimns.; aliàs Mçldens- 846, c XV.
124 DES PROGRÈS DE LA RÉVOLUTIOiX
du caractère de l'homme qui l'a provoquée , celle-ci est en quelque sorte empreinte d'un sceau particulier, et comme de je ne sais quel signe semblable à celui que Dieu imprima sur le front de l'auteur du premier meurtre. La Providence a permis qu'un évêque se rencontrât, qui, possédant tout ce qu'il falloitpour préparer un schisme, et sentant au fond de lui-même le triste courage d'être dans l'Eglise ce qu'étoit, selon les doctrines de l'antique Orient, Ahriman dans l'univers , n'a point été effrayé de se rendre comme lui le chef de ceux qui nont point de chef.
Il a dit au roi : « Il s'écoulera bien des années avant » que le personnel du clergé soit en proportion avec » les besoins de la France , et que les évêques puis- » sent répondre aux instantes prières de toutes les » populations qui demandent des pasteurs (1) ; » en conséquence , je propose à v(»tre majesté de réduire de moitié le nombre des élèves qui annoncent l'intention de se consacrer au saint ministère.
Il a dit aux familles : Vous avez une répugnance naturelle (2) à permettre que vos enfans embrassent une carrière semée de tant de dégoûts et que chaque jour on rend plus pénible; eh bien! sachez désormais à quoi vous les exposez, en souffrant qu'ils éprouvent leur vocation dans une école ecclésiastique : s'il leur
(1) Rapport au roi, par M. Feutrier, évêqiie de Beaurais. Messa^ gerduiS juin 1828.
(2) Ibid.
EX DE LA GOERRE COiNTRE l'ÉgLISE. 125
arrive plus tard de reconnoître qu'ils n'étoient pas réellement appelés, ils perdront tout le fruit de leurs études, l'accès de toute autre profession leur sera fermé ; le grade de bachelier ès-leltres y exigé pour être admis dans les écoles de droit, de médecine, etc. , leur sera complètement inutile (\),
11 a dit aux évêques : Vous avez entendu de la bouche de Jésus-Christ cette parole : Allez et enseignez; et moi je vous dis : \ous n'enseignerez pas sans l'autorisation royale; vous n'aurez d'écoles qu'autant qu'il plaira au pouvoir civil, et, pour rendre plus efficace sa surveillance sur votre enseignement , il est enjoint aux supérieurs et directeurs nommés par vous de ne commencer leurs fonctions qiC après avoir obtenu son agrément (2).
Il a dit à Dieu : Ton sanctuaire est désert, tes autels sont abandonnés ; les petits enfans demandent du pain, et il ny a personne pour le leur rompre (3) : leurs cris m'importunent; je te permets donc de te choisir vingt mille prêtres parmi les Français : mais pas un de plus , entends-le bien î
On sent qu'il n'est pas question de discuter des droits, lorsqu'ils sont tous si clairement violés, et avec tant d'audace. Mais comme il falloit au moins un prétexte, quel qu'il fût, on a parlé des intérêts de l'Université; et pour venger le monopole , et propager le bienfait d'une éducation généralement accusée
(1) Rapport au roi par M. réyêque de Beauyais.
(2) Ibid,
(3) Jerem.i Thren., IV, 4.
d'être antichrétienne , un évêque a frappé le sacerdoce dans sa racine. Et si on lui demande raison, au nom de Jésus-Christ, de cet énorme attentat contre sa doctrine, ses lois, et, puisqu'il faut le dire , contre sa rédemption même, dont il ose ravir le fruit aux|)opulalions quiy dans leur délaissement, sollicitent des fasteurs avec d'instantes prières (1), que répond-il? (c Je pense avec un orateur entendu avec faveur sur » ce sujet, que les discussions catholiques et reli- » gieuses sont déplacées à cette tribune. Le clergé ne » doit être ni attaqué avec amertume , ni défendu » avec chaleur et enthousiasme (2). )> Il s'est njis, pertes, fort à l'abri de ce dernier inconvénient.
Mais remarquons ici les inconséquences des partis; et combien, souvent, il y a loin de leurs principes à leurs oeuvres. Le libéralisme proclame avec faste la liberté, il abonde en protestations de son amour pour elle ; et quand on attaque, dans un sens opposé au catholicisme, toutes les libertés religieuses ensemble, et jusqu'aux libertés naturelles de la famille, il applaudit et tressaille de joie.
A l'entendre , quoi de plus odieux que le monopole et le privilège? Il ne combat, si l'on veut l'en croire, que pour en affranchir le monde. A merveille : mais s'agit-il du privilège de l'éducation, du monopole des doctrines et de tout ce qui forme
(1) Rapport au roi par M. Févêque de Beauyais.
(2) Discours de M. Feutrier dans la séance du 7 juillet, Messager des Chambres du 8 juillet 1828.
KT DE LA GUERRK CONTRE l'ÉGLISE. V27
l'homme moral et intellectuel, il trouvera bon que le gouvernement se l'arrogé, il le pressera même d'établir une servitude au-dessous de laquelle on ne peut rien concevoir ; et si les prêtres élèvent la voix pour réclamer en faveur du droit paternel et de la liberté de conscience, il taxera de rébellion cette résistance à Tesclavage, et provoquera contre eux les violences du pouvoir qu'il domine, et qu'il pousse impérieusement à la tyrannie.
Il affecte un grand zèle pour l'instruction du peuple, il veut qu'on la répande jusque dans les dernières classes de la société; et reprochant à l'Église d'étouffer les lumières , il l'accuse de tenir les hommes dans une ignorance profonde, afin de régner sur eux plus aise'ment , après les avoir abrutis. Si je comprends bien ces accusations, il faudroit que l'Église, pour répondre aux besoins du siècle et aux désirs du libéralisme, s'occupât d'instruire la population ignorante : je ne saurois y trouver un autre sens. Qu'arrive-t-il néanmoins? On dit au clergé : « Vous multipliez vos écoles au-delà de » toute mesure ; vingt-cinq mille enfants qui ne se » destinent point à l'état ecclésiastique, y sont instruits » par vous, la plupart gratuitement. » Aussitôt le libéralisme, enflammé de colère , demande qu'on supprime au plus vite ces écoles illégales^ et qu'on ne tolère que celles de l'Université, qui n'ouvre ses portes qu'aux enfans des riches. Est-ce assez de passion et assez de misère?
Lorsque|les ordonnances que nous venons d'exa
miner rapidement parurent, tous les catholiques se sentirent blessés dans leur foi , dans leur conscience , dans leur liberté, et l'opposition qu'elles éprouvèrent révéla aux ministres ce qu'ils ignoroient, la puissance de l'esprit religieux en France, puissance que l'on connoîtra bien mieux encore plus tard. Lesévêques, donnant l'exemple qu'on atlendoit d'eux, se refusèrent à l'exécution de ces mesures tyranniques et antichrétiennes. Alors le ministère, pressé entre l'épiscopat et la révolution, négocia, usa de ruse : il promit à l'une des violences, et à l'autre des ménagemens, sans satisfaire personne. Un agent qu'il avoit, dans son embarras, expédié en toute hâte à Rome, en rapporta une lettre mystérieuse dans laquelle, dit-on, le secrétaire d'État , de nulle autorité d'ailleurs dans l'Église, engageoit les évêques à s'en rapporter à la piété du roi; comme si le roi étoit maître en cela de suivre les pieuses inspirations de son cœur, comme si sa piété personnelle changeoit la nature des choses , etrendoit moins désastreuses des dispositions où tout le monde voyoit la violation des droits les plus sacrés, la ruine du sanctuaire , et le commencement d'une vaste persécution. La révolution, irritée de cette intervention étrangère^ éclata en murmures et en menaces ; et le ministère, après s'être de son mieux excusé près d'elle, ne songea plus qu'à tirer parti ou plutôt à abuser de la lettre obtenue, pour opérer , au moins, une division parmi les évêques. Il y a toujours des hommes qui tremblent de résister, et à qui le devoir pèse. Leur peur attentive cherche de tous
ET DE LA GUERRE CONTRE l'ÉGLISE. 129
côtés et leur conscience saisit avidement un prétexte, quel qu'il soit, de se soulager de ce poids incommode. Sous ce point de vue le ministère ne calculoit pas tout-à-fait mal peut-être.
Au moment où nous écrivons ceci, on ne sait pas encore quel sera le résultat final de ses efforts. Si des exemples déplorables ont été donnés, d'autres, et plus nombreux , ont aussi consolé la foi. La foiblesse est de l'homme, et ne sauroit étonner; mais la force, qui vient de Dieu seul, remplit l'âme d'une joie d'autant plus grande , qu'elle le montre comme présent dans son Église, pour l'assister selon ses promesses. Sous sa puissante main, qui ne seroit en paix? Au reste, les choses ne peuvent demeurer au point où les ont amenées la haine révolutionnaire et la lâcheté de l'administration. Nous essaierons bientôt d'indiquer l'avenir qui se prépare; mais auparavant il est nécessaire de discuter certaines maximes par lesquelles le ministère a voulu justifier ses actes, et que le libéralisme a adoptées avec empressement -