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d'une part, et de la due conservation d'autre, toutes deux jurées, toutes deux nées avec le nom royal et règles fondamentales de l'Etat de France^ mais de cette chère et pénible entreprise ne resta sinon l'autorisement des mauvais conseils d'aucuns , qui se feignants bons politiques étoient en effet très mal affectionnés au service de Dieu et bien de l'État : lesquels ne s'étant contentés de jetter le Roi, de son naturel très enclin à piété , hors de la sainte et très utile délibération qu'à la très humble requête de tous ses états il avoit fait de réunir tous ses sujets à une seule religion catholique , apostolique et romaine , afin de les faire vivre en l'ancienne piété avec laquelle ce Royaume avoit été établi, s'étoit conservé, de depuis accru jusques à être le plus puissant de la chrétienté, qui se pouvoit alors exécuter sans péril et presque sans résistance, lui auroient au contraire persuadé être nécessaire pour son service d'affoiblir et diminuer l'autorité des princes et seigneurs catholiques , qui avec grand zèle avoient grandement bazardé leurs vies combattant sous ses enseignes pour la défense de ladite religion catholique ; comme si la réputation qu'ils avoient acquise par leurs vertus et fidélité les eût dû rendre suspects , au lieu de les faire honorer.
Aussi l'abus qui auroit pris son progrès pied à pied, est depuis tombé comme un torrent en. précipice, d'une si violente chute, que le pauvre Royaume se trouve sur le point d'en être bientôt accablé sans guère d'espérance de salut; car l'ordre eçclésiasti-
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que, quelques belles assemblées et justes remontrances qu'ils aient su faire, est aujourd'hui opprimé de décimes, et subventions extraordinaires, outre le mépris des choses sacrées de la sainte Église de Dieu , en laquelle désormais tout est tollu et poilu, la noblesse annullée, asservie et vilennée, et tous les jours foulée misérablement de taxes et indues exactions , qu'elle paie malgré elle , si elle veut substanter la vie , c'est-à-dire, boire et manger , etse vêtir; les villes, les officiers royaux et menu peuple serrés de si près par la fréquentation de nouvelles impositions que l'on appelle inventions, qu'il ne reste plus rien à inventer sinon le seul moyen d'y trouver un bon remède.
Pour ces justes causes et considérations, nous Charles de Bourbon , premier prince du sang , cardinal de l'Eglise catholique , apostolique et romaiae , comme celui qui touche de plus près de prendre en sauvegarde et protection la religion catholique en ce Royaume, et la conservation des bons et loyaux servi-? teurs de sa majesté et de l'État, assisté de plusieurs princes du sang, cardinaux et autres princes , pairs , prélats, officiers de la Couronne; gouverneurs de provinces, principaux seigneurs, gentilshommes, de beaucoup de bonnes villes et communautés, et d'un bon nombre de bons et fidèles sujets, faisant la meilleure et la plus saine partie de ce Royaume, après avoir sagement posé le niotif de cette entreprise , et en avoir pris Favis, tant de nos bons amis très affectionnés au bien et repos de ce Royaume , que des
gens de savoir et craignant Dieu, que nous ne voudrions offenser en ceci pour rien du monde, déclarons avoir tous juré et saintement promis de tenir la main forte et armes à ce que la sainte Église de Dieu soit réintégrée en sa dignité et en la vraie et seule catholique religion ; que la noblesse jouisse , comme elle doit, de sa franchise tout entière , et le peuple soit soulagé, de nouvelles impositions abolies, et toutes crues ôtées, depuis le règne du roi Charles neuvième, que Dieu absolve; que les parlements soient remis en la plénitude de leurs connoissances et en leur entière souveraineté de leurs jugements en son ressort, et tous sujets du royaume maintenus en leurs gouvernements , charges et offices , sans qu'on leur puisse ôter sinon en [trois cas des anciens établissements et par jugement des^ juges ordinaires, ressortissant es parlements :
Que tous deniers qui se relèveront sur le peuple seront employés à la défense du Royaume et à l'effet auquel ils sont destinés, et que désormais lesélatsgénéraux, libres et sans aucune pratique, soient tenus de trois ans en trois ans pour le plus tard , avec entière liberté à chacun d'y faire ses plaintes auxquels n'aura été duement pourvu.
Ces choses, et autres qui seront plus particulièrement et amplement déduites , sont le sujet de l'argument de l'assemblée en armes , qui se font pour la restauration de la France, manutenlion des bons, et punition des mauvais; et pour la sûreté de nos per- ^nnes qu'on a tâché souvent, et même encore depuis
peu de jours, par secrètes conspirations, accabler et du tout ruiner, comme si la sûreté de l'État dépendoit de la ruine des bons et de ceux qui ont si souvent bazardé leur vie pour le conserver, ne nous restant plus pour nous garantir du mal, et pour détourner le couteau qui est déjà sur nos testes, sinon de courir aux remèdes qu'avons toujours eus en borreur, qui sont excusables, et doivent être trouvés justes, quand ils sont nécessaires et autorisés , et desquels nous ne voudrions encore à présent aider pour le seul péril de nos biens , si la ruine de la religion catholique en ce Royaume , de l'état d'icelle, n'y étoit inséparablement conjointe : pour la conservation desquels nous ne craindrons jamais aucun danger; estimant ne pouvoir cboisir un plus honorable tombeau , que de mourir pour une si sainte et juste querelle : et pour nous acquitter du devoir et obligation qu'avons comme bons chrétiens au service de Dieu , et empêcher aussi (comme bons et fidèles sujets) la dissipation de l'État qui suit volontiers ledit changement.
Protestant que ce n'est contre le Roi notre souverain seigneur que prenons les armes , ains pour la tuition et défense de sa personne, de sa vie et de son état, pour lequelnousjuronsetpromettons tous exposer nos biens et nos vies, jusqu'à la dernière goutte de notre sang , avec pareille fidélité qu'avons fait par le passé ; et de poser les armes aussitôt qu'il aura plu à sa majesté faire cesser le péril qui menace la ruine du service de Dieu et de tant de gens de Men i ce que
nous supplions très humblement faire au plus tèt^ témoignant à chacun, par bon et vrai effet, qu'il est vraiment Roi très chrétien, ayant la crainte de Dieu et le zèle de la religion empreints en son âme, ainsi que nous l'avons toujours reconnu , comme bon père et Roi très affectionné à la conservation de ses sujets, avec beaucoup de bienveillance ; ce que nous désirons sur toutes les choses du monde.
Et combien que ce ne soit chose éloignée de rai- ^ii, que le Roi fût requis de pourvoir en ce que durant et après sa vie le peuple commis en sa charge ne soit divisé en factions et partialité pour les différends de iiiccession, si est ce que nous sommes si peu émus de telle considération, que la calomnie de ceux qui nous lé reprochent ne se trouvera soutenue d'aucun fondement : car outre ce que les lois du Royaume sont assez claires et connues, encore par dessus le hazard auquel nous, cardinal de Bourbon, nous y jettantsur Éos vieux jours et dernier âge, font assez de preuve ^è nous ne sommes enflés de telle vanité et espérance; ains seulement poussé du vrai zèle de la religion, qui Meus fait prétendre part à un Royaume plus assuré et duquel la jouissance est plus désirable et de plus longue durée.
Notre intention étant telle , supplions tous ensemble très humblement la Reine mère du Roi, notre itrës honorée Dame (sans la sagesse et la prudence de laquelle le royaume seroit despiécé, dissipé et perdu, pôtir lé fidèle témoignage qu'elle peut , veut et doit tèndte de nos grands services : même en particulier
de nous, cardinal de Bourbon, quiVayons toujours honorée, servie et assistée en ses plus grandes affaires , sans y épargner nos biens, vies, amis et parents, pour avec elle fortifier le parti du Roi et de la religion catholique), de ne nous vouloir à ce coup abandonner, mais y employer tout le crédit que ses peines et laborieux travaux lui devroient justement attribuer, et que ses ennemis lui pourroient avoir infidèlement ravi d'auprès du Roi son fils.
Supplions aussi tous les princes, pairs de France, officiers de la Couronne, personnes ecclésiastiques, seigneurs, gentilshommes, et autres de quelque qualité qu'ils soient, qui ne sont encore joints avec nous, de nous vouloir assister et aider de leurs moyens à l'exécution d'un si bon et saint œuvre ; et exhortons toutes les villes et communautés, d'autant qu'elles aiment leur conservation, de juger sommairement nos intentions, et reconnoître le soulagement et repos qu'il leur en peut revenir en leurs affaires, tant publiques que domestiques , et mettre , en ce faisant , la main à cette bonne entreprise , qui ne sauroit que prospérer avec la grâce de Dieu, à qui nous référons toutes choses, ou du moins, si leur avis et résolution ne se pouvoient sitôt rapporter à un, comme leurs conseils seront composés de plusieurs, nous les admonesterons d'avoir l'ceil à leurs choses propres , et cependant ne se laisser envahir à personne, et posséder par ceux qui , par quelque sinistre interprétation de nos volontés, se voudroient emparer de leursdites villes, et, en y mettant garnison de gens de guerre, les
réduire aux mêmes servitudes que sont les autres villes par eux occupées.
Déclarons à tous, que n'entendons user d'aucun acte d'hostilité, que contre ceux qui avec les armes se voudront opposer à nous, ou par autres moyens indus favoriser nos adversaires, qui cherchent à ruiner l'Église et dissiper l'Etat; et assurons un chacun que nos armées saintes et justes ne feront foule ni oppression à personne, soit pour le passage ou demeure en quelque lieu que ce soit , ains vivront avec bon règlement, et ne pren dront rien sans payer .
Recevons avec nous tous les bons qui auront zèle à l'honneur de Dieu et de sa sainte Église, et au bien et réputation de la très chrétienne religion françoise, sous protestation néanmoins de ne poser jamais les armes jusqu'à l'entière exécution des choses susdites , et pi utôt y mourir tous de bon cœur , avec désir d'être amoncelés dans une sépulture consacrée aux derniers François, morts en armes pour le service de Dieu et de leur patrie.
Enfin, d'autant qu'il faut encore que toute notre aide vienne de Dieu, nous prions tous vrais catholiques de se mettre tous avec nous en bon état, se réconcilier avec sa divine majesté par une entière réformation de leurs vies, afin d'appaiser son ire et l'invoquer en pureté de conscience, tant par prières publiques de processions saintes, que par dévotions privées et particulières, afin que toutes nos actions soient référées à l'honneur et gloire de celui qui est le Dieu des armées, et de qui nous at^
tendons toute notre force et plus certain appui. Donné à Péronne , le dernier jour de mars mil cinq cent quatre-vingt-cinq.
Signé, CHARLES,
Cardinal de Bourbon.
Mémoires de la Ligue , tom. I, p. 56 et suiv.