‹ OEuvres complètes de F. de la Mennais (volume 2)Chapitre 24 sur 42 · MÉMOIRE · texte numérisé non relu

MÉMOIRE

Présenté au roi par les évêques de France au sujet des ordonnances du 16 juin 1828 relatives aux écoles secondaires ecclésiastiques.

Sire,

i< Le temps ne calme pas la douleur que les évêques de votre royaume ont éprouvée à Toccasion des ordonnances du 16 juin; au contraire, ils sentent qu'elle devient plus vive et plus profonde à mesure qu'ils voient s'approcher le terme fatal de leur exécution. Les alarmes de la conscience viennent encore se joindre à cette douleur pour la rendre insupportable. Si les évêques ne devoient,en effet, que demeurer spectateurs passifs des choses qui se préparent , ils espéreroient trouver du moins dans l'acceptation de cette cruelle épreuve un adoucissement que la résignation et la patience leur rendroient méritoire ; mais frappés des

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coups les plus sensibles par une main qu'ils sont accoutumés à bénir , il ne leur sera pas permis de se contenter de gémir en secret et d'attendre en silence Taccomplissement des mesures qui doivent les désoler et affliger leurs Églises. On leur demande de coopérer eux-mêmes directement à des actes qu'ils ne peuvent s'empêcher de regarder comme humilians pour la religion , durs pour le sacerdoce , gênans et vexatoires pour l'autorité spirituelle dont ils ne doivent compte qu'à Dieu parce que lui seul leur en a confié l'exercice. On veut que , par un concours direct et immédiat de leur part, ils paroissent approuver ce que les principes leur semblent condamner, et qu'ils travaillent eux-mêmes à serrer des entraves que la liberté évangélique leur interdit de souffrir; placé ainsi entre les plus chères affections et les devoirs les plus sacrés, l'épiscopat français ne sait comment satisfaire à la fois au sentiment du cœur et au cri de la conscience. Pleins d'une inquiétude que des ennemis mêmes n'oseroient leur reprocher, les évêques tournent leurs regards tour à tour vers le ciel où préside la majesté suprême dont ils doivent respecter les ordres , et vers le trône où est assise la seconde majesté dont ils voudroient contenter jusqu'au moindre désir. » Dans leur anxiété, Sire, après avoir invoqué par de longues supplications les lumières et le secours qui viennent d'en-haut, les évêques ne croient pas s'écarter des bornes du respect et de la soumission dont il leur appartient plus qu'au reste des fidèles de donner l'exemple , s'ils essaient de déposer aux pieds du roi,

comme ils savent que quelques - uns de leurs coUé-r gués réunis à Paris l'ont déjà fait par l'organe d'un d'entre eux avant la publication des ordonnances, leurs inquiétudes et leurs craintes, en suppliant sa bonté d'apporter à ces ordonnances des modifications qui les arrachent à la cruelle alternative où elles vont les placer : ils n'obéissent point à l'exigence des passions , ils n'empruntent pas leur langage ; ce n'est même qu'après avoir maîtrisé le premier mouvement de la douleur qu'ils viennent faire entendre au roi très chrétien la voix plaintive de la religion et les douloureux accens de l'Église à celui qu'elle aime à nommer le premier-né de ses fils.

» Les évêques n'ignorent pas qu'on leur conteste le droit d'examen et de discussion sur les ordonnances du 16 juin, qu'on affecte de ne les regarder que comme des réglemens d'ordre légal qui appartiennent à la puissance séculière ; on ne cesse de leur rappeler que ces ordonnances ne blessant en aucune manière les intérêts de la religion ni le pouvoir ecclésiastique, ils ne doivent intervenir que pour se soumettre et seconder l'action du gouvernement. Plût à Dieu qu'il en fût ainsi ! on les verroit ce qu'ils sont toujours , zélés et fidèles, commander le respect et l'obéissance autant par leur exemple que par leurs discours; mais il est au contraire trop manifeste que les ordonnances sont de nature à porter l'atteinte la plus déplorable à la prospérité de la religion catholique en France, et qu'elles attaquent dans plusieurs de leurs dispositions l'honneur et l'autorité derépiscopat. Ces motifs sont plus que

suffisans pour légitimer, dous ne dirons pas les réststances^ mais l'inaction des évoques, qui peuvent bien supporter un joug onéreux, mais qui ne sauroient se rimposer eux-mêmes. C'est ce qui résulte de Texamen approfondi des deux ordonnances sous quelque point de vue qu'on les envisage , soit dans l'ensemble , soit dans les détails.

» L'une et l'autre ordonnances semblent reposer sur ce principe bien contraire aux droits de Tépiscopat dans une matière évidemment spirituelle, puisqu'il regarde la perpétuité même du sacerdoce, savoir, que les écoles secondaires ecclésiastiques , autrement appelées petits séminaires , seroient tellement du ressort et sous la dépendance de l'autorité civile, qu'elle seule peut les instituer et y introduire la forme et les modifications qu'elle jugeroit à propos , les créer, les détruire , les confier à son gré à des supérieurs de son choix , en transporter la direction , en changer le régime comme elle le voudra, sans le concours des évêques, même contre leur volonté , et cela sous prétexte que , les lettres humaines élant enseignées dans ces écoles , cet enseignement est du ressort exclusif de la puissance séculière.

» C'est en vertu de ce principe que huit écoles secondaires ecclésiastiques ont été tout d'un coup, sans avertissement, sans ces admonitions préalables qui conviennent si bien à une administration paternelle, arrachées au gouvernement des évêques, sous lequel elles prospéroient , pour être soumises au régime de l'Université. C'est encore par une conséquence de cç

principe qu'il est ordonné qu'a tavenir, sans avoir égard à l'institution de l'évêque , non plus qu'à sa responsabilité devant Dieu et devant les hommes, nul ne pourra demeurer chargé soit de la direction, soit de l'enseignement dans une des écoles secondaires ecclésiastiques y s'il na affirmé par écrit quil n'appartient à aucune congrégation religieuse non légalement établie en France,,, C'est toujours de ce principe que découlent les autres dispositions qui limitent au gré de l'autorité laïque le nombre des élèves qui doivent recevoir dans ces mêmes écoles l'éducation ecclésiastique , qui déterminent les conditions sans lesquelles ils ne peuvent la recevoir, et qui, enfin, statuent que désormais cette éducalion ne sera donnée, que la vocation au sacerdoce ne pourra être reconnue et dirigée dès son commencement sans l'intervention de cette même autorité laïque ; car les supérieurs ou directeurs doivent obtenir l'agrément du roi avant de s'ingérer, après la mission des évêques, dans la connoissance et dans la direction de cette vocation.

» Voilà jusqu'où conduit un principe fondé sur une prétention exorbitante , un principe mal conçu, faussement appliqué, et trop largement étendu à des objets devant lesquels la raison, la justice et la conscience le forcent à s'arrêter ; voilà aussi comme il provoque des réclamations, des froissemens, des luttes très pénibles, que l'on auroit évités, si l'on avoit su se renfermer dans ces bornes en-deçà desquelles il n'y a, qu'hésitation et que foiblesse, comme il n'y a au-delà que violence et que collision , m

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