‹ OEuvres complètes de F. de la Mennais (volume 2)Chapitre 31 sur 42 · TOME · texte numérisé non relu

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grammatical, appartient à l'ordre de foi , puisqu'elle n'est fondée que sur Iç témoignage. Mais en même temps , comme elles présentent les différentes formes de la pensée humaine, les langues, considérées sous un point de vue philosophique , occupent une place très importante dans Tordre de conception.

Revenons maintenant à la classification desconnoissances, en distinguant toujours ce qui appartient, dans chaque science, à l'un ou à l'autre de ces deux ordres.

La partie de l'ordre de foi qui constate les rapports de l'homme avec Dieu, ainsi que les rapports des hommes entre eux, tels qu'ils sont déterminés par la loi divine, est la base de la théologie , laquelle , en tant que science , consiste à présenter les vérités qui expriment ces rapports sous une forme méthodique et rationnelle.

La science de la société humaine comprend deux parties , parce que la société est à la fois esprit et corps, comme l'homme même. Point de société possible entre des êtres intell igens, s'ils ne sont liés entre eux par des devoirs communs , et ; par là même , par des croyances communes , et comme les devoirs supposent nécessairement des droits également imprescriptibles, le principe de l'ordre est aussi celui de la liberté. Mais en même temps la société a, comme l'individu, une organisation matérielle; et les conditions fondamentales de cette organisation sont constatées par l'expérience générale , comme les devoirs communs sont proclamés par la raison générale. A. chacune de ces deux parties , dépendantes de Tordre de

foi , correspond un double développement de la science : car, d'une part , elle doit tendre incessamment à tirer de la loi universelle de justice, le plus grand nombre possible de conséquences , pour les faire passer dans la législation de chaque peuple; et, d'une autre part , les conditions de l'organisation de la société , bien que partout identiques dans ce qu'elles ont de fondamental, se reproduisant sous des formes prodigieusement variées , déterminées ellesmêmes par les variétés morales et physiques qui constituent l'individualité de chaque peuple, la science a également pour objet de trouver la raison de chacune de ces formes sociales, d'en expliquer le mécanisme, et d'en calculer les résultats.

Les mathématiques forment en quelque sorte la transition des sciences intellectuelles et morales aux sciences purement physiques. Comme les premières, elles s'occupent de vérités nécessaires, et en même temps elles sont uniquement relatives, dans Tordre d'apphcation , aux phénomènes matériels qui sont l'objet des secondes. Leurs progrès réels tiennent essentiellement à ce double rapport. Car si, d'un côté , elles ne sont utiles que par leur combinaison avec les sciences physiques , d'un autre côté elles doivent remonter jusqu'à la métaphysique , jusqu'à la région des essences, comme parle Leibnitz, pour y trouver la source qui peut seule les féconder. Aussi les hommes supérieurs qui ont fait en mathématiques ces grandes découvertes qui changent la face d'une science, ont été, en général, de profonds métaphysi-

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ciens, et ont été conduits à ces découvertes par des spéculations philosophiques, entièrement indépendantes des procédés du simple calcul ; et il est également de fait que lorsque l'alliance des mathématiques avec la métaphysique est rompue, et qu'elles se trouvent réduites, par suite de cette séparation, à une sorte de mécanisme intellectuel, elles ne savent plus s'ouvrir ces vastes points de vue , qui offrent tout à coup à la science comme un nouvel horizon. Du reste, quels que soient leurs progrès, elles ont toujours pour base certaines notions indémontrables, qu'on ne suppose vraies, suivant la remarque de d'Alembert, que parce qu'elles sont admises généralement.

Les sciences purement physiques, lesquelles embrassent la théorie , premièrement des phénomènes astronomiques, qui sont les plus simples parce qu'ils ne sont soumis , relativement à nous , qu'à la loi la plus universelle, celle dti mouvement; secondement des phénomènes qui appartiennent à la physique terrestre, et qui, soumis aussi à la même loi, se compliquent d'autres lois qui leur sont particulières ; troisièmement des phénomènes chimiques , qui , dépendans de toutes ces lois, dépendent en outre, probablement, d'une loi plus spéciale encore , celle des affinités : les sciences physiques , disons-nous , n'eussent jamais existé, si chaque homme étoit réduit, relativement à ces divers phénomènes, à sa seule expérience. Comment en effet un individu, qui n'occupe qu'un point de l'espace et de la durée , pourroit-il déduire , des faits qui s'offrent à lui durant le court période de son

existence, la connoissance certaine d'une loi de la nature?

La physiologie , qui considère les phénomènes vitaux, fait partie, sous un rapport, des sciences physiques , puisque ces phénomènes ne se produisent que sous des conditions matérielles; et, en tant que science physique, elle est distincte de la physique céleste, terrestre, et de la chimie, en ce que les êtres vivans, bien que soumis, à certains égards, aux diverses lois du monde matériel, offrent une série de lois qui leur sont exclusivement propres. Mais , comme les phénomènes de la vie, qui impliquent chez les animaux la faculté de sentir, impliquent en outre , dans l'homme, l'action d'un principe intelligent et libre, la physiologie, sous ce rapport, sort de la catégorie des sciences purement physiques, et se trouve immédiatement liée aux sciences spirituelles. Sans faire ici l'application de nos principes à chacune des sciences physiologiques, nous nous bornerons à les appliquer à la médecine, qui renferme seule toutes les autres.

On doit distinguer deux espèces de médecine. L'une est essentiellement empirique : elle repose entièrement sur l'expérience, qui nous apprend que, lorsque tels ou tels symptômes se sont manifestés , l'emploi de tel ou tel traitement a ordinairement réussi. Cette médecine, qui constitue l'art de guérir, a sa base dans Tordre de foi, puisque sa certitude est toujours proportionnée à la constance des faits et à la généralité des observations. Voilà pourquoi la doctrine d'Hippocrate a conservé dans tous les temps un empire au-

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quel Thistoire de la médecine ne présente rien de comparable. C'est qu'il n'avoit fait que résumer les résultats de Texpérience antérieure; et si, de nos jours, un homme du même mérite résumoit aussi les résultats de l'expérience depuis Hippocrate, ce travail, joint à ceux du médecin grec, contiendroit les vérita^ blés bases de la science.

L'autre sorte de médecine , purement théorique , se compose d'hypothèses sur le principe de la maladie en général, et de chaque maladie en particulier. L'histoire de la médecine, sous ce rapport, n'est à peu près que l'histoire de ses variations.

La confusion de la médecine empirique, qui appartient à l'ordre de foi, et de la médecine théorique, qui appartient à l'ordre de conception , est le plus grand obstacle qui puisse s'opposer aux progrès de cette science. Car alors l'on méconnoît et l'on fausse les résultats de l'expérience pour les plier aux théories , et l'incertitude des théories obscurcit à son tour l'expérience confondue avec elles.

La classification que nous venons d'indiquer présente les principales divisions des connoissances humaines, auxquelles il est aisé de rattacher les sciences particulières qui s'y rapportent.

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