TOME 9. 2B
386 SECONDE lÉTTRE
faire bannir de toute société une religion qui oséroit favouer^ puisqu'elle en ruine les bases (1).
Je ne sache pas qu'aucun évêque, dans Temportement delà plus vive passion, ait jamais parlé avec cette violence des doctrines de l'Église romaine. Puisqu'il n'a pas rougi de pareils excès, il faut apprendre à ce vieillard que la doctrine qui excite à un si haut degré son indignation, étoit celle de Fénelon , son prédécesseur dans le siège de Cambrai; que s'inscrire en faux contre elle (2), c'est s'inscrire en faux, non seulement contre les vicaires de Jésus-Christ, mais contre les conciles œcuméniques et la tradition ; que si la société avoit suivi le conseil que , dans son délire , il ne craint point de donner, de bannir une religion qui ose^ voit avouer ces maximes, il y a douze cents ans qu'il ne resteroit pas de traces du christianisme sur la terre; et qu'enfin il seroit bon qu'il se souvînt qu'il y a des temps et des temps, et que le langage qui pouvoit convenir an citoyen Belmas^ évêque de VAude^ devient scandaleux dans la bouche de M, Belmas^ évêque de Cambrai,
Ce n'est pas, on peut le croire, sans une profonde douleur, que je me vois contraint d'adresser de semblables paroles à un homme revêtu d'un haut caractère dans la hiérarchie catholique. Mais qui pourroit de sang froid entendre flétrir, si dangereusement
(1) Mflnàement de Mgr V évêque de Cambrai à ToccasioD an (décès *B S. S. le pape Léon XII, p. 6 et 7.
(2) Ibid.
À MONSEIGNEUR l'aRCHEVÊQUE DE PARIS. 387
pour l'Église , l'enseignement de ses premiers pasteurs, et tant de siècles chrétiens où l'on ne connut point d'autre doctrine que celle qu'un évêque affirme aujourd'hui être opposée à la déclaration de Jésus^ Christ j à la sagesse éternelle^ et aux préceptes des apô^ très? Si le gallicanisme a son indignation j il est permis au catholicisme d'avoir aussi la sienne. Que Dieu nous préserve de ressentir aucune animosité contre les personnes ; mais qu'il ne nous préserve pas moins d'ouhlier ce mot d'un saint pontife : « Qui ne résiste )) point à l'erreur, l'approuve; et qui ne défend pas la » vérité, l'opprime (1). »
Je dois maintenant répondre à un autre adversaire qui, dans un court écrit où le talent conserve toujours sa dignité , m'a combattu avec autant de loyauté que de politesse. Quoique cette discussion paroisse peutêtre m'éloigner de vous, Monseigneur, en y regardant de plus près on reconnoîtra que , pour justifier la doctrine qui vous choque, je ne puis ni mieux faire ni faire autre chose que de chercher partout ailleurs que dans le mandement où je suis attaqué les raisons dont vous n'avez pas jugé à propos d'appuyer votre censure. Examinons celles que m'oppose M. de Frénilly. Si quelquefois on peut les trouver un peu vagues, on y remarque toujours une bonne foi très rare de notre temps. Rien d'absolu, rien de décisif. Il insinue son opinion, plutôt qu'il ne la propose nettement.
(1) Error cui non resistitur, approbatur ; et veritas quae minime <l«feasatur, opprimiittr. ^i>, f4li6' UÀ 04 Maçium*
Son esprit hésite , parce qu'il est droit ; et sa parole , souvent timide et enveloppée, lui échappe comme à regret : du moins est-ce l'effet qu'elle produit sur moi. Il semble qu'à chaque pas il soit arrêté par une sorte de vue obscure de certaines vérités qu'il craint d'apercevoir clairement. Ce n'est pas la force qui lui manque, mais le courage. On diroit que , persuadé qu'il faut, pour le bien des hommes, voiler la base de Tinslitution sociale et la source sacrée du droit, il a peur d'être convaincu. Je crois, pour moi , qu'on ne sauroil trop s'occuper du grand problème qui travaille les nations chrétiennes, afin d'arriver à une solution qu'elles comprennent et qu'elles admettent; car jamais le calme ne renaîtra auparavant.
Il y a deux parties dans mon livre, l'une purement théorique, dans laquelle, la foi mise à part , je recherche en général ce que c'est que la société, et quelles en sont les lois nécessaires et fondamentales. Cette discussion, indépendante des croyances religieuses , me fournit l'occasion d'examiner, sous un point de vue philosophique et politique, les doctrines libérales et royalistes. Je montre que, par des voies diverses, elles renversent également la société, qu'elles conduisent soit au despotisme par l'anarchie, soit à l'anarchie par le despotisme. Observant ensuite que le libéralisme a néanmoins conçu l'idée d'une société fondée sur le droit , où le pouvoir s'allieroit étroitement à la liberté , société parfaite , mais dont l'existence lui paroît impossible, je fais voir que cette théorie, ai elle pouvoit être réalisée, satisferoit aux; vœux