MONSEIGNEUR L* ARCHEVÊQUE DE PARIS
réels des partis, en tout ce qu'ils ont d'universel et de permanent. M. de Frénilly ne dit presque rien sur cette partie de mon livre.
J'établis dans la seconde que, de fai(, la théorie libérale est identiquement la doctrine catholique sur la société : d'où je conclus que, pour sortir du désordre présent, pour que la paix renaisse et que les conditions de la vie sociale soient remplies, il faut nécessairement que les peuples reviennent au catholicisme complet , retour qui, supposant un changement total dans les opinions régnantes, ne peut s'effectuer que peu à peu, à l'aide du développement libre de la vérité et des leçons de Texpérience. La plupart des observations de M. de Frénilly se rapportent à celte seconde partie.
Afin de dégager le point principal de la discussion de tout ce qui peut l'obscurcir et l'embarrasser, j'examinerai d'abord quelques questions incidentes sur lesquelles il me semble que ce publiciste , d'ailleurs si distingué, s'est mépris. Je rectifierai aussi plusieurs exposés inexacts.
Dans la crainte qui le préoccupe d'être conduit plus loin qu'il ne voudroit aller , ou, comme il s'exprime, d'être pris par surprise (1), M. de Frénilly, en homme habile, prend tout de suite le plus sûr moyen d'éviter ce qu'il appréhende, il refuse de marcher. Certainement s'interdire le premier pas, est de toutes les précautions la meilleure pour n'avoir
(1) Lettre de M de FrénillyàM.De'**, pair de France, eic^ p. 6.
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point à s'inquiéter du second. Voyons cependant si, dans le cas présent, la raison ne l'obligeoit pas à plus de hardiesse, et si je n'avois pas le droit de compter sur l'honneur de le trouver près de moi, sinon jusqu'au bout, du moins au commencement de la route que j'ai parcourue.
J'ai posé pour fondement de toute la science sociale, ce principe que je n'eusse jamais cru pouvoir être contesté de personne , et bien moins encore par quiconque admet une religion , quelle qu'elle soit , savoir : (( que nul gouvernement, nulle police, nul » ordre ne seroit possible, si les hommes n'étoient » unis antérieurement par des liens qui les consti- » tuent déjà en état de société , c'est-à-dire par des » croyances communes conçues sous la notion du >) devoir (1). »
M. de Frénilly laisseroit volontiers passer cette spéculation^ si l'on n'en tiroit aucune conséquence; mais il la rejette en tant qu'elle se lie à quelque chose. Citons ses propres expressions : (( Cette précession de » la société spirituelle, qui est indispensable à l'auteur » comme la base de son système de subordination ; ïi cette précession me paroît elle-même un système. Il y) s'est rencontré dans le monde des sociétés sans •» croyance ; plusieurs sociétés, devenues chrétiennes, >) existoient avant l'établissement du christianisme ; » je crois même qu'en mettant les faits à part, on peut
* (1) Des progrès de la révolution et de la guerre contre l'Église, p. 1.
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)) discuter dans le sens abstrait si une religion prééta- » blie et commune a nécessairement précédé l'établis- » sèment de toute société civile. Toutefois, et malgré » toutes ces raisons de douter, comme c'est là une de )) ces spéculations morales dont la possibilité ne tend » qu'au bien du genre humain , je la laisserois volon^- » tiers passer sans nulle opposition, si cette spécula- » tion, ce système plus ou moins contestable n'étoit » pas posé ici comme la pierre angulaire de l'édifice de » M. de La Mennais (1). »
Je suis surpris que le noble pair ait confondu, dans la proposition générale qu'il combat, la société spirituelle avec la société chrétienne. Qui jamais a nié qu'il existât des sociétés avant Jésus-Christ? Ce que l'on prétend, c'est que toujours la société spirituelle a précédé la société civile; et même qu'à proprement parler, il n'existe de vraie société que la société spirituelle. En etîet, toute société est relative à l'intelligence ; et l'on ne sauroit concevoir aucune union réelle entre les êtres intelligens, qu'en même temps on ne conçoive un lien moral, une loi qui soumette les esprits à certaines croyances, et les actions à certaines règles obligatoires qui en dérivent. La supposition d'une société civile préexistante à la société spirituelle, est donc contradictoire en soi, et se résout rigoureusement dans la domination matérielle de la force purement physique. Ce n'est autre chose
(1) Lettre de M. de Frénilly à M. De *''%pair de France, «te..
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que l'hypothèse d'une société athée, non seulement dans sa constitution politique, mais dans ses membres; d'une société où l'on ne connoîtroit aucuns droits , aucuns devoirs : et le noble pair semble l'avoir senti, lorsqu'il avance quil s'est rencontré des sociétés sans croyance. Où donc? à quelle époque? Qu'on nomme les lieux, qu'on indique les temps. Pour moi , si haut que je remonte dans l'antiquité, si loin que je porte mes regards dans le monde aujourd'hui connu, partout, même chez les sauvages les plus dégradés, je trouve, avec une loi morale, la notion de la Divinité, Or un fait perpétuel est-il un système? un fait universel est-il une spéculation ?
M. de Frénilly , sans néanmoins développer sa pensée, paroît mettre une grande différence entre ces deux propositions :
« La société civile a pour fondement la société spi- » rituelle. En détruisant la société spirituelle y le li- » béralisme dogmatique détruit aussi la société ci- » vile. »
« La société civile a pour fondement la religion, » En détruisant la religion^ le libéralisme dogmatique » détruit aussi la société civile. »
Il voit dans la première une sorte de piège (1), contre lequel il se tient en garde. Je serois heureux de le tranquilliser ; et quoiqu'il soit très difficile de calmer ses soupçons logiques, je ne perds pas cette fois l'espérance d'y réussir. Essayons.
vV (1) Lettre de M. de Frénilly à M. De ***, pair de France, etc.,
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Le noble pair, adoptant le système qu'il rejetoit tout à l'heure , veut bien convenir que la société civile a pour fondement la religion, et qu'ainsi le libéralisme, en détruisant la religion, détruit la société civile. Je me flatte qu'il conviendra encore que la religion est une loi ^ et une loi spirituelle ^ et qu'il ne s'effraiera même pas d'avouer que^vivre sous une loi commune, c'est vivre en société , et que, par conséquent, ceux qui reconnoissent la religion, loi spiri" luette^ forment une société spirituelle. Le libéralisme ne peut donc détruire la société spirituelle sans détruire la religion, ni détruire la religion sans détruire la société spirituelle. Les deux propositions que le noble pair attache tant d'importance à distinguer sont donc identiques dans le cas présent. Il s'est donc alarmé à tort. Que s'il demande pourquoi j'ai employé le mot de société spirituelle^ au lieu du mot religion; je répondrai. Parce que c'étoit le mot propre. Ayant, en effet, montré que la loi spirituelle appelée religion, en unissant les hommes par des croyances communes et des devoirs communs, constitue la société spirituelle, fondement de la société civile, et voulant prouver que le libéralisme détruit toute société, il falloit bien prouver, je pense, qu'il détruit la société spirituelle ou la religion en tant qu'elle est la base de la société civile; et c'est ce que j'ai fait.
Cuiisidérée sous un point de vue plus général , la distibctiOn établie par le noble pair est loin d'être exempte de danger. Elle tient à un vagte système d'er-
reur, dont le gallicanisme n'est qu'une branche ; erreur qui consiste, en séparant ce qui est essentiellement uni, à substituer de pures abstractions aux réalités existantes. Ainsi, en philosophie, on a substitué une raison abstraite à la vraie raison, qui n'est que l'esprit humain actuellement uni au Verbe divin, ou à l'intelligence, à la vérité divine. En politique, on a substitué un pouvoir abstrait au vrai pouvoir, qui n'est que la force extérieure actuellement dirigée, pour le maintien de l'ordre, parlaraison ou l'autorité divine. En religion, on a substitué une vérité abstraite à la vérité vivante, actuellement manifestée , par l'intermédiaire d'un enseignement infaillible , dans la foi , l'amour et le culte des hommes, qu'elle unit entre eux en les unissant à Dieu même : ce qui conduit , d'une part, à l'hypothèse de l'existence possible d'une religion sans Église ; et de l'autre , à la théorie d'une société civile fondée sur cette religion abstraite. Or une religion sans Église, c'est-à-dire sans une autorité infaillible qui la promulgue et lui imprime le caractère de loi, n'est qu'une opinion variable dont chacun prend ce qu'il veut et laisse ce qu'il veut : et une société civile fondée sur cette opinion variable , est une société sans religion, ou qui n'a d'autre religion que celle qui lui est imposée par le pouvoir temporel. Le gallicanisme admet le principe et cherche à éviter la conséquence. Dans l'ordre spirituel, il ne sépare point la religion de l'Église ; mais il les sépare dans l'ordre politique , en supposant la coexistence de deux sociétés indépendantes et de deux pouvoirs
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indépendans : de sorte que la société civile ne reposant plus sur la société spirituelle , et ne lui étant unie qu'occasionellement , elle n'a pour règle dernière que la volonté du souverain , toujours libre, comme souverain, d'admettre ou de rejeter la loi religieuse.
Quoi qu'en dise M. de Frénilly (1), il est donc certain que le gallicanisme tend, par son essence, à constituer le despotisme politique ; aussi n'a-t-il été inventé que pour affranchir le pouvoir royal de tout ce qui le limitoit dans l'ancien système de droit, qui s'appuyoit, en définitive, sur l'autorité de l'Église. Corrompant peu à peu les idées et les affections sociales, il finit, comme je l'ai remarqué, par transformer cet amour chrétien du pouvoir, que Tertullien appelle le culte de seconde majesté^, en une véritable idolâtrie. Le noble pair ne distinguant pas^ dans le dévouement au prince , ce qui est personnel à tel ou tel homme et propre à telle ou telle position, de ce qui appartient en général à la nature de ce sentiment modifié, selon les époques, par les doctrines établies, s'élève avec quelque chaleur (2) contre ce que j'ai dit des changemens survenus, sous ce rapport, dans l'esprit et les mœurs nationales. Il m'objecte les guerres de l'Ouest pendant la révolution. Cet exemple n'est pas heureusement choisi.
(1) Lettre de M. de Frénilly à M. De ***^, pair d9 France, etiî. p. 10.
(t) /6t(f., p. 33et34.
La religion fut Tâme de ces guerres à jamais glorieuses. Les Bretons et les Vendéens défendirent, avec un héroïsme qui n'a jamais été surpassé, la cause de Dieu, étroitement unie alors à la cause de la royauté. M. de Frénillj trouve les faits que j'ai cités stériles et puérils. J'espère qu'il trouvera moins de puérilité dans les réflexions suivantes de l'écrivain peut-être le plus distingué de l'Allemagne. Il exprime la même pensée que moi , seulement il la présente sous un aspect un peu différent et plus étendu.
(( Dans ces derniers périodes du moyen âge , le » parti gibelin étoit animé du désir de réaliser des » desseins qui ne tendoient qu'à l'établissement d'une » domination purement mondaine ; et il conduisit » cette entreprise avec un esprit d'orgueil, de hau- » teur et de dureté , dont on ne sauroit avoir d'idée, » si l'on n'étudie profondément l'histoire et les mo- » numens de cette époque. Même dans les temps mo- » dernes, nous n'avons pas manqué de Gibelins, es- » pèce d'hommes qui attendent le salut du genre hu- » main d'un gouvernement fondé entièrement sur » des principes mondains, et qui voudroient anéantir )) cette invisible influence qui jamais néanmoins ne » cessera de se faire sentir en toute occasion convena- » ble. Mais ces Gibelins d'un âge plus moderne et plus » raffiné sont caractérisés principalement par la do- » cilité et la pliante soumission qui les rend toujours » prêts à recevoir, tels qu'une matière molle, toutes » les formes qu'il plaît au despotisme de leur impri-
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» mer , s'imaginant que sa dignité s'accroît à mesure » qu'il appesantit son oppression (1). »
Je ne sais comment le noble pair s'est persuadé que j^î'nvestîssoîs f Église d'une double infailUbililé (2). Jamais personne n'a dit rien de semblable. L'Eglise est infaillible lorsqu'elle promulgue la loi divine, droit fondamental et universel de la société : mais dans l'application de cette loi aux faits particuliers ou dans l'exercice gradué, depuis le pape jusqu'au simple prêtre, de la juridiction qui lui est propre ; bien que les catholiques croient qu'elle sera toujours assistée par l'Esprit saint , de manière que la fin générale voulue de Dieu soit certainement atteinte , aucun ne pense que ses ministres soient à l'abri de l'erreur, soit dans le tribunal secret de la pénitence , soit dans le tribunal public qui décide pour la conscience les questions de droit relatives aux rapports des sujets et du souverain. Je ne fais donc nulle difficulté d'admettre, dans l'un et l'autre cas , la possibilité de quelques abus. Mais il me semble que le noble pair insiste beaucoup plus (3) qu'il ne conviendroit à un esprit si éclairé sur ces abus possibles (4). 11 s'agit de savoir ,
(1) Lectures on the history of littérature ancient and modem; from the german oï Frederick Schlegel. Vol. 11, p. 17 et 18.
(2) Lettre de M. de Frénilly, etc., p. 13, 14.
(3) Ibid., p. 26, 29-32.
(4) Des philosophes qui, loin d'être chrétiens, ne sont pas même théistes, ont montré sur ce point beaucoup plus d'équité , et une plus grande étendue de vues que le noble pair. « On ne peut nier, » disent-ils. que tant de puissance laissée aux mains des hommes , » n'ait dû servir souvent d'instrument à leurs passions ; mais si l'oa » considère que cette puissance, ayec tous les inconTéniens qu'ellt
premièrement, si le pouvoir que l'Église a exercé longtemps en vertu de l'institution divine, lui appartient véritablement. M. de Frénilly suppose constamment que non ; mais il faut l'en croire sur parole, et sa parole n'a pas encore acquis l'autorité de celle de l'Église. Secondement, si quelques abus possibles, mais nécessairement restreints en des limites très étroites (1), doivent faire repousser un ordre social hors duquel on ne conçoit , pour les peuples chrétiens, ni vrai pouvoir, ni liberté.
En tranchant si légèrement la question de droit, de laquelle dépendent toutes les autres, le noble pair semble avoir été abusé par les notions historiquement très fausses qu'il »s'est formées de la doctrine primitive de l'Église et sur le développement de la puissance pontificale (2). Nous y reviendrons ailleurs, quand le moment sera venu d'exposer la tradition.
Voulant exposer lui-même ce qu'il pense qua voulu précisément établir r Eglise gallicane^ ce quont voulu clairement exprimer Bossuet et ces évéques serviles qui dressèrent les quatre articles ^ il résume ainsi le premier :
» devoit entraîner, a été nécessaire au développement du grand sys- » tème d'unité fondé ea Europe par le catholicisme ; si l'on recon- » noît en même temps que ce système, supérieur en lui-même à » tous ceux qui l'ont précédé, étoit la seule yoie par laquelle la ci- » yilisation pût arriver au degré où elle est aujourd'hui parvenue, » on trouve alors qu'il n'y a plus lieu philosophiquement de s'occun per de ces abus. » Le Producteur, tom. III, p. 117| (i) f^oyez ma Première Lettre à M. l'archevêque de Paris. ^.M •^««»*« <^« M> 49 Frénilly, p. 2t-U.
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« La souveraineté temporelle émanée de Dieu n'est » soumise ni par raison, ni par justice, ni par titres, » ni par usage , à Faction temporelle du souverain » spirituel également émané de Dieu, et ne reconnoît » pour juge en matière et par des voies temporelles » que Dieu même, et non son intermédiaire (1). »
Je doute fort que ce résumé soit plus c/mV que l'article qu'il est destiné à éclaircir. Que signifie le mot temporel ? Veut-on dire que le souverain n'est pas soumis , dans les choses purement civiles , à l'au*torité de, l'Église ; personne ne le conteste. Veut-on dire qu'en aucun cas Vaction de l'Église sur les souverainetés, n'est de même nature que celle qu'exerce, dans le cercle qui lui est propre , le pouvoir civil ; personne ne le conteste encore. Mais si, par action temporelle^ on entend une action qui s'exerce dans h temps j selon des formes relatives au temps ^ et qui, dans l'ordre qu'on peut appeler temporel sous ce rapport, ait des effets extérieurs qui affectent des choses du tempsy des choses même civiles, à raison de leur connexion avec l'ordre moral ; refuser à l'Église une pareille action, c'est lui interdire l'exercice entier de sa puissance spirituelle. Ou cette puissance est nulle, ou elle embrasse tout ce qui est renfermé dans l'idée du droit. Et comme, en ce qui regarde la souveraineté, lorsqu'il existe un doute quelconque sur le devoir de l'obéissance Dieu ne révèle pas , que je sache, individuellement aux hommes la solution de ce doute qui
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(1) Lettre de M. de FHnUly, ete p. if. ^^ -^^ 5.Si s^s^ {t^
doit pourtant être résolu; si Ton écarte, en ces circonstances, V intermédiaire de TÉglise, il ne reste plus four juge que la raison et la passion de chacun.
M. de Frénilly me chicane, au même endroit, w sur » la transposition du mot par l'ordre de Dieu (dans le » premier article) et sur cette traduction des mots Dei » ordinatione, qui ne laissent pas que de dénaturer » le sens de l'article attaqué (1). » J'en serois, en vérité , très fâché ; mais si la chose est comme il le dit, qu'il s'en prenne à M. l'évêque d'Hermopolis dont j'ai adopté la traduction, précisément pour éviter de fournir un prétexte à toute accusation du genre de celle-ci.
Un jour viendra, et il n'est pas loin, où Ton ne comprendra guère qu'on ait pu mêler tant de minuties à la discussion d'un sujet si vaste, et réduire aux mesquines proportions des idées d'un siècle, d'un pays, d'une école, et même d'une coterie, cette immense question : Quelle est la loi première, essentielle et immuable de la société humaine et de toute société entre des êtres intelligens créés? Mais on est de son temps, il le faut bien, et c'est le malheur de ceux qui naissent à certaines époques.
Nous voici arrivés au point principal de la controverse engagée par M. de Frénilly à l'occasion de mon dernier ouvrage. Après avoir combattu et ensuite admis, en termes équivalens, comme on l'a vu, le principe d'où je pars, savoir : que (c nul gouvernement,
\ (1) Lettre de M. de Frénilly, p. 17.
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M nulle police, nul ordre ne seroit possible, si les » hommes n'étoient unis antérieurement par des liens » qui les constituent déjà en état de société, c'est-à- )) dire, par des croyances communes conçues sous la )) notion de devoir ; » il continue ainsi :
« Dans l'application que l'auteur fait de ce système, )) une société civile chrétienne n'aura pu naître sans » que préalablement, en qualité de société spirituelle, » elle ait reconnu, non seulement un Dieu supérieur » à tout, mais encore que ce Dieu^ en déléguant au sou- » verain son autorité temporelle^ a subordonné cette au- » torité à V autorité spirituelle déléguée par lui à un au- » tre souverain.
» Tel est, je crois, le sens de M. de La Mennais, » traduit dans une langue plus analogue à mon intel- » ligence ; et si en effet on lui accorde ces prémisses, » il ne restera rien à discuter dans son livre (1). »
Comme catholique, je ne demanderois rien de plus que cette concession, puisqu'il en résulte qu'il ne reste rien à discuter dans mon livre , pour quiconque s'en tient à la doctrine du siège apostolique; rien k discuter pour ceux qui croient que l'Église n'a pu errer dans l'idée qu'elle a eue de son pouvoir, ni usurper, pendant douze siècles , au nom de Jésus-Christ ; un droit qu'elle n'auroit pas reçu de lui. La cause que j'ai défendue est celle de cette Église que saint Paul appelle la colonne et le fondement de la vérité (2). Pour
(1) Lettre de M. de Frénilly, p. 7.
(2) / Timoth., III, 15.