‹ OEuvres complètes de F. de la Mennais (volume 2)Chapitre 8 sur 42 · TOM · texte numérisé non relu

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que la souveraineté individuelle. Chacun est souverain de soi-même dans le sens absolu du mot. Sa raison, voilà sa loi, sa vérité, sa justice. Prétendre lui imposer un devoir qu'il ne se soit pas auparavant imposé lui-même par sa pensée propre et sa volonté, c'est violer le plus sacré de ses droits, celui qui les comprend tous; c'est commettre le crime de lèse-majesté individuelle. Donc nulle législation, nul pouvoir possible, et la même doctrine qui produit l'anarchie des esprits produit encore une irrémédiable anarchie politique, et renverse jusque dans ses premiers fondemens la société humaine.

Cependant l'homme ne vit que dans la société. Si donc ces prodigieux principes, déjà si répandus, venoient à prédominer entièrement, que pourroit-on prévoir que des troubles , des désordres, des calamités sans fin et une dissolution universelle ? L'état extérieur du monde n'est jamais que l'expresion fidèle de l'État des intelligences. Point de chimère plus vaine que celle d'un ordre purement matériel. Les institutions , les lois , les gouvernemens tirent toute leur force d'un certain concours général des pensées et des volontés. Qu'est-ce que le pouvoir sans l'obéissance ? qu'est-ce que le droit sans le devoir ? \J individualisme qui détruit l'idée même d'obéissance et de devoir , détruit donc le pouvoir , détruit donc le droit ; et alors que reste-t-il qu'une effroyable confusion d'intérêts, de passions, d'opinions diverses? Telle est la 6asa de la nouvelle poUtique rationnelle ^ et le terme inévitable où doit aboutir toute doctrine exclusive du

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christianisme. La souveraineté de chaque raison dans l'ordre spirituel une fois admise, la souveraineté de chaque homme dans Tordre politique s'en déduit immédiatement, et de ces deux maximes inséparablement liées il résulte que la domination , toujours dépourvue de droit, n'a d'autre fondement que la force; qu'il ne sauroit y avoir sur la terre que des pouvoirs usurpés , des gouvernemens tyranniques par le seul fait de leur existence; qu'ainsi les corps peuvent être soumis , mais la raison , la conscience jamais ; que nul commandement n'oblige ; qu'au contraire , commander c'est opprimer , et que dès-lors, sitôt qu'il en a la puissance , chacun est libre de rentrer dans son indépendance première , ou de reconquérir sur la force usurpatrice son inaliénable souveraineté. On nous dit que cette doctrine est celle du siècle , et cela est vrai en partie , comme il est vrai qu'entre elle et la doctrine du christianisme il n'existe aucun milieu. Il faut nécessairement se décider pour l'une ou pour l'autre , et l'avenir des peuples dépendra du choix auquel ils s'arrêteront. Les destinées de l'homme sont celles qu'il se fait : Dieu Va laissé dès le commencement dans la main de son conseil (1); et quand viendra la fin, quand le dernier jour luira sur le monde, l'extinction totale de la société , la mort du genre humain ne sera point le châtiment d'une simple erreur de la raison , mais d'un crime de la volonté.

(1) Eccles., Xy, 14.

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