‹ OEuvres complètes de F. de la Mennais (volume 3)Chapitre 12 sur 50 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

DE l'opposition gu'ONT RENCONTREE LES REDACTEURS

DE VA venir y de ses causes et de ses suites.

Il semble que tant de travaux entrepris avec bonne foi pour la cause de l'Église, dans un temps difficile où les plus courageux se taisoient, auroient dû ne pas trouver d'ennemis; toutefois pendant qu'une portion nombreuse du clergé et des fidèles les regardoient comme une voie de salut ouverte à la religion, d'autres les poursuivoient comme coupables. Les noms de révolutionnaires, d'hérétiques, de schismatiques, furent prodigués aux rédacteurs de F Avenir, Plus leur dévouement se manifestoit par leurs œuvres, plus l'opposition prenoit à leur égard un caractère injurieux. La lecture de leur journal fut défendue dans plusieurs diocèses, on éloigna des Ordres les jeunes gens qui paroissoient pencher pour leurs doctrines ; l'entrée du séminaire fut même interdite à quelques-uns. Sur le seul soupçon qu'ils partageoient plus ou moins les doctrines de V Avenir y des professeurs furent privés de leur

chaire, et des curés destitués. En un mot, une inexorable et vaste persécution fut ourdie contre les œuvres dont le tableau vient d'être mis sous les yeux du chef de l'Église, et contre ceux qui étoient suspects de s'y intéresser. Plusieurs journaux, et particulièrement l'un d'eux, intitulé ry^mi de la Religion ^ s'attachoient à dénaturer les pensées, les phrases et jusqu'aux intentions des rédacteurs de V Avenir ; et plus d'une fois même ils ne craignirent pas d'altérer leurs paroles , pour donner plus d'apparence aux accusations que chaque jour ils imaginoient contre eux. On alla jusqu'à noircir leur vie privée. Enfin, dans un livre, imprimé à Avignon avec la permission du maître du sacré palais, ils ont été traités comme des novateurs à la façon de Luther ; et l'auteur y déclare qu'il ne faut pas interpréter leurs pensées d'après leurs paroles, parce qu elles manquent de sincérité.

Cependant, et ceci est digne de remarque, tandis que chaque jour les rédacteurs de fJl venir développoient leurs pensées, tandis que chaque jour leurs ennemis accusoient leurs doctrines et leurs intentions, pas une seule proposition ne fut notée par un évêque. Il sembloit, d'une part, que l'Eglise fût menacée, et, d'une autre part, nulle voix ne signaloit aucun danger précis.

Pour expHquer cette étrange situation, il faut remonter aux causes de l'opposition rencontrée par les rédacteurs de l'Avenir, Il y en avoit deux principales ; l'une politique, l'autre théologique. Les partisans de la branche des Bourbons, tombée du trône , en voyant

paroîire un journal qui défendoit la religion , sans défendre l'ancienne dynastie, qui même s'expliquoit avec franchise sur les fautes de la Restauration , se persuadèrent qu'il seroit un obstacle à leurs desseins. Ils eurent peur que leur cause ne perdît l'appui du clergé ; et comme cet appui leur sembloit essentiel , ils apportèrent à ruiner ^ Avenir dans l'opinion tout le soin et toute Tardeur que mettent les partis à renverser un obstacle. De là cette haine inconcevable et poussée à cette extrémité d'appeler hérétiques et schismatiques des hommes qui ne cessoient de prouver leur attachement à l'unité , et dont plusieurs l'avoient prouvé par des travaux précédens durant de longues années. D'un autre côté, quoique le gallicanisme dogmatique fût détruit en France dans la grande majorité du clergé, il en restoit encore des traces ; et, de plus, le galhcanisme pratique, c'est-à-dire la longue habitude d'un certain ordre social fondé sur la théorie gallicane , faisoit que ceux même qui avoient sacrifié logiquement le principe, vivoient encore sous l'empire des choses qu'il avoit créées. Or la séparation de l'Eglise et de l'Etat attaquoit le gallicanisme pratique ; c'étoit la mise en action des doctrines romaines dans une société où des doctrines contraires avoient régné pendant plusieurs siècles, et venoient à peine de périr sous une controverse de dix années.

Gomment une telle tentative n'auroit-elle pas soulevé des passions théologiques déjà aigries? Il s'agissoit de voir la pratique changer après les principes, et l'on pouvoit espérer, dans un dernier combat, de regagner

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