DU CARDTNAL PACCA A M. L'ABBÉ F. DE LA MENNAIS
« Monsieur l'abbé ,
)) Ainsi que je vous l'avois fait espérer par la » lettre que vous reçûtes de moi lors de votre sé- ^) jour à Rome, Notre Saint-Père a décidé de faire ?j examiner mûrement et d'examiner lui-même les
)) doctrines de V Avenir ^ comme vous et vos collabo- )) rateurs l'aviez instamment demandé.
» Cette démarche , suivie de tous les temps des » savans vraiment religieux et solides, vous fait » honneur, et elle est conforme aux maximes et à ^) la pratique constante de TÉglise. Eximium illudy » écrivoit jadis le pape Alexandre VU au recteur » et à l'université de Louvain , Sakatoris nostri voce » loties mculcalum prœceptimi de servandis Ecdesiœ » mandatiSy deque audienda voce pastons^ quem vican rtiim suum in terris universi gregis cura demandata » constituity cum ad salutem et vitarriy tùm profecto est » ad omne verœ scientiœ doctrinœqiie lumen siiscipien- » dtmi ahsolutè necessarhim : nisi enim in omnibus » omnino determinationibus apostolicis., et firmitati pe- » trœ y supra quam Ecdesiœ suœ fundamenta statuit » DominuSy omnes hominum, et prœcipuè litteris ad- » dictorum cogitationes et consilia immobiliter adhœ- » reantj, incredibile prorsus est in quoi et quantas vani- » taies et insanias falsas humani curiositas ingenii ^ )) quo magis etiam ejus vis et perspicacitas exceïlity per » invia tandem et obruta feratur (1).
(1) Cet excellent précepte , tant de fois inculqué par notre Sauveur, (le garder les commandemens.de l'Eglise , et d'écouter la voix du pasteur qii'jl a établi son vicaire sur la terre, en le chargeant du soin de tout le troupeau , est nécessaire absolument , soit pour le salut et la vie , soit pour recevoir toute lumière de doctrine et de vraie science ; car, à moins que , dans toutes leurs pensées et tous leurs conseils , les hommes , et principalement ceux qui s'appliquent aux lettres , n'adhèrent immuablement et complètement à toutes les décisions apostoliques et à la fermeté de la pierre sur laquelle le Seigneur a posé les fondemens de son Église , il est incroyable en TOME 12. 9
» Sa Sainteté poiivoit d'autant moins se refuser à » l'instance que vous lui avez soumise par mou or- » gane, que Je toute part l'épiscopat s'est adressé )) lui aussi à cette chaire apostolique pour réclamer )) de la bouche infaillible du successeur de saint Pierre » une décision solennelle sur certaines doctrines de » l'Avenir^ qui font depuis leur naissance tant de » bruit, et qui malheureusement ont semé et sèment » la plus désolante division dans le clergé.
» Dans la lettre encyclique que le Saint-Père vient )) d'adresser aux patriarches, archevêques et évèques )) du monde catholique , pour leur annoncer son élé- » vation au trône pontifical, et dont vous trouverez » ci-joint un exemplaire que je vous transmets par )) son ordre exprès, vous verrez, Monsieur l'abbé, )) les doctrines que Sa Sainteté réprouve comme con- )) traires à l'enseignement de l'Église , et celles qu'il )) faut suivre , selon la sainte et divine tradition et » les maximes constantes du Siège apostolique. Parmi )) les premières, il y en a quelques-unes qui ont été » traitées et développées dans V Avenir ^ sur lesquelles )) le successeur de Pierre ne pouvoit se taire.
)) Le Saint-Père, en remplissant un devoir sacré » de son ministère apostolique, n'a cependant pas » voulu oublier les égards qu'il aime à avoir pour » votre personne , tant à cause de vos grands talens, » que de vos anciens mérites envers la religion.
combien d'erreurs vaines et insensées l'esprit humain, emporté par la curiosité hors de toute voie, se précipite , et d'autant phis que sa force et sa pénétration sont plus grandes.
AFFAIRES Di: ROME. 131
» L'Encyclique vous apprendra , Monsieur Tabbé , » que votre nom, et les titres mêmes de vos écrits où » l'on a tiré les principes réprouvés, ont été tout-à- » fait supprimés.
n Mais comme vous aimez la vérité, et désirez la )) connoître pour la suivre, je vais vous exposer fran- » chement et en peu de mots les points principaux » qui, après l'examen de V Avenir y ont déplu davan- » tage à Sa Sainteté. Les voici :
» D'abord elle a été beaucoup affligée de voir que » les Rédacteurs aient pris sur eux de discuter en pré- » sence du public, et de décider les questions les plus » délicates, qui appartiennent au gouvernement de » l'Église, et à son chef suprême, d'où a résulté né- » cessairement la perturbation dans les esprits, et )) surtout la division parmi le clergé, laquelle est tou- )) jours nuisible aux fidèles.
» Le Saint -Père désapprouve aussi et réprouve » même les doctrines relatives à la liberté civile (1) » et politique, lesquelles, contre vos intentions sans n doute, tendent de leur nature à exciter et propager » partout l'esprit de sédition et de révolte de la part » des sujets contre leurs souverains. Or cet esprit est » en ouverte opposition avec les principes de l'Evan- » gile et de notre sainte Eglise, laquelle, comme » vous savez bien , prêche également aux peuples )) l'obéissance et aux souverains la justice.
3) Les doctrines de V Avenir sur la liberté des cultes » et la liberté de la presse ^ qui ont été traitées avec
(1) Tous les mots imprimés en italique sont soulignés dans l'original.
» tant d'exagération et poussées si loin par MM. les
» Rédacteurs, sont également très répréhensibles , et
» en opposition avec l'enseignement, les maximes et
» la pratique de l'Eglise. Elles ont beaucoup étonné
» et affligé le Saint-Père ; car si, dans certaines cir-
» constances, la prudence exige de les tolérer comme
» un moindre mal, de telles doctrines ne peuvent
» jamais être présentées par un catholique comme
» un bien ou comme une chose désirable.
)) Enfin, ce qui a mis le comble à l'amertume
» du Saint-Père , est Vacte d'union proposé à tous
» ceux qui ^ malgré le meurlre de la Pologne^ le dé-
)) membrement de la Belgique^ et la conduite des gou-
» vernemens qui se disent libéraux , espèrent encore en
» la liberté du monde ^ et veulent y travailler. Cet acte
» annoncé par un tel titre , fut publié par V Avenir ^
)) quand vous aviez déjà manifesté solennellement
» dans le même journal la délibération de >enir
» à Rome avec quelques-uns de vos collaborateurs
» pour connoître le jugement du Saint-Siège sur
)) vos doctrines, c'est-à-dire dans une circonstance
» ou bien des raisons auroient dû conseiller de
» l'arrêter. Cette observation n'a pas pu échapper
» à la profonde pénétration de Sa Sainteté; elle
» réprouve un tel acte pour le fond et pour la
» forme y et vous, réfléchissant un peu, avec la profon-
» deur ordinaire de votre esprit , à son but naturel ,
)) verrez facilement que les résultats qu'il est destiné )) à produire peuvent le confondre avec d'autres y) unions plusieurs fois condamnées par le Saint-Siège .
AFFAIRES DE KOME. 133
» Voiià , Monsieur l'abbé , la communicalion que Sa Sainteté me charge de vous faire parvenir dans une forme confidentielle. Elle se rappelle avec une bien vive satisfaction la belle et solennelle promesse faite par vous à la tête de vos collaborateurs , et publiée par la presse, de vouloir imùer, selon le
» précepte du Sauveur j, rhumhle docililé des petits enfanSy par une soumission sans réserve au Vicaire de Jésus-Christ. Ce souvenir soulage son cœur. Je suis sûr que votre promesse ne manquera pas. De cette manière vous consolerez l'âme affligée de Notre très saint Père , rendrez la tranquillité et la paix au clergé de France , q^ii , vous ne l'ignorez pas, est en proie à des divi-
» sions, lesquelles ne peuvent que devenir dangereuses aux fidèles et à l'Eglise ; et vous ne ferez que travailler à votre solide célébrité selon Dieu, en imitant l'exemple du grand homme et du prélat, modèle de votre nation, dont le nom sera à jamais cher et précieux à FEglise , et qui fut bien plus illustre après son acte glorieux, qu'il ne l'étoit auparavant. Vous l'imiterez, sans doute, ce noble exemple, vous en êtes digne.
» Je vous en félicite d'avance. Monsieur, et saisis avec plaisir cette occasion pour vous témoigner ma considération , et combien je suis
M Votre très affectionné serviteur,
» Barthelemi cardinal Pacca.
» Rome , ic IG aoùl 1832.»
134 AFFAIRES DE ROxME.
L'autorité sans doute ne sauroit parler trop clairement, lorsqu'elle prescrit des croyances déterminées sur des matières graves. On avouera cependant que la franchise des explications qu'on vient de lire honore le caractère du cardinal Pacca et celui du pontife dont il exécutoit en cela V ordre exprès.
De retour en France , notre premier soin fut de puhlier la déclaration suivante :
« Les soussignés, rédacteurs de revenir, mem- » bres du conseil de l'Agence pour la défense de » la liberté religieuse, présens à Paris : convaincus, » d'après la lettre encyclique du souverain pon- » tife Grégoire XVI, en date du 15 août 1832, qu'ils » ne pourroient continuer leurs travaux sans se mettre » en opposition avec la volonté formelle de celui » que Dieu a chargé de gouverner son Église, )) croient de leur devoir, comme catholiques, de » déclarer que, respectueusement soumis à la su- )) prême autorité du Vicaire de Jésus-Christ, ils » sortent de la lice où ils ont loyalement combattu » depuis deux années. Ils engagent instamment tous » leurs amis à donner le même exemple de soumis- » sion chrétienne.
» En conséquence ,
» 1 . L'Avenir, provisoirement suspendu depuis le » 15 novembre 1831 , ne paroîtra plus;
» 2. U Agence générale pour la défense de la liberté » religieuse est dissoute à dater de ce jour. Toutes les
» aiïaires entamées seront terminées et les comptes )) liquidés dans le plus bref délai possible.
«Paris, ce 10 septembre 1832.
)) F. deLaMennaîs, » etc.
Cette déclaration, conforme de tout point aux engagemens que nous avions pris, fut accueillie à Rome avec une satisfaction dont le pape chargea le P. Orioli, maintenant évêque d'Orvieto, de me donner de sa part l'assurance. Peu de temps après, le cardinal Pacca, que j'avois prié de la présenter au souverain pontife, voulut bien me confirmer ce que déjà m'avoit mandé le P. Orioli. Je crois devoir insérer ici textuellement sa lettre.
» Monsieur l'abbé,
» Pendant mon séjour à Naples,j'ai reçu la lettre » que vous avez voulu bien m'écrire, avec la décla- » ration que vous avez publiée. Je me suis fait un » devoir de soumettre à Sa Sainteté l'une et l'autre , » et avec un vrai plaisir je puis vous annoncer » que le Saint-Père en a pris connoissance , et m'a » autorisé à vous faire connoître sa satisfaction,
» Il m'est fort agréable, Monsieur l'abbé, d'être » l'organe des sentiraens de Sa Sainteté dans cette cir- » constance , et de vous assurer que votre démarche » est bien celle que j'attendois de vous.
» Agréez, Monsieur l'abbé, mes remerciemens » de tout ce que vous avez voulu bien exprimer » dans votre lettre d'obligeant à mon égard, et
» croyez à mon empressement pour chercher des » occasions pour vous montrer toute mon estime et » ma considération.
» Votre affectionné serviteur,
» B. CARDINAL PaCCA.
» Bénévent, 27 octobre 1832.»
Ce fut pour moi , je le confesserai , un jour heureux et doux que celui où je pus , l'âme tranquille , rentrer dans une vie moins agitée. Certes, aucune pensée de nouvelle action ne se présenta , même vaguement, à mon esprit. C'étoit hien assez de combats, assez de fatigue. Rome me rendoit le repos; et j'en embrassai l'espérance avec une joie que je me serois presque reprochée, s'il ne s'étoit offert à moi sous la forme du devoir. Tout ce qu'avoient promis les rédacteurs de V Avenir, ils le tinrent fidèlement. Les affaires de ce journal et celles de Y Agence furent liquidées. Partout , dans les provinces , nos amis montrèrent sans hésiter la même soumission. Retiré, loin de Paris, à la campagne , y vivant au sein de la nature, dont l'attrait toujours si puissant le devient davantage encore lorsqu'on a vu de près les passions des hommes et les bruyantes misères de la société , nul désir, nul regret , nul ennui n'y vint un seul instant troubler la paix de mes solitaires heures d'étude. Cette paix cependant ne de voit pas être de longue durée. Certaines âmes malheureuses recèlent dans leurs tristes profondeurs des animosités que rien ne calme , de secrètes haines honteuses d'elles-mêmes , qui éclatent
(lès qu'elles peuvent se couvrir d'un prétexte de zèle. A peine notre déclaration avoit-elle paru , que déjà l'on murmuroit à voix basse des paroles de défiance et de mécontentement. Elle n'étoit pas assez complète, assez explicite; elle rappeloit trop \e silence respectueux des jansénistes. Des intrigues s'ourdirent, on sema sourdement la calomnie , on inquiéta les âmes timorées par ces charitables impostures dites sur le ton de la douleur, qu'on voudroit ne pas croire, qu'on ne croit pas ; tant de monde cependant les répète ! Puis vinrent les provocations directes, les insultes, les outrages publics. On espéroit engager par là des discussions aussi délicates que dangereuses dans notre position. Nous reconnûmes le piège et nous l'évitâmes en nous taisant. La colère redoubla. Onn'avoitpas compté sur cette modération, et pourquoi ne pas le dire? sur une patience dans laquelle le mépris se sentoit. Des hommes, tels qu'il s'en trouve toujours , de bonne foi peut-être , de petit esprit et à petites passions , furent poussés à se rendre près du pape l'écho des mille bruits vagues inventés par la méchanceté hypocrite et propagés par la crédulité dévotement maligne. Osa-t-on alléguer des faits nécessairement controuvés? ou se fit-on écouter sans en alléguer? Comment admettre , sans rougir en soi, une de ces suppositions? Quel moyen de les rejeter toutes deux? Quoi qu'il en soit, bientôt après les démarches faites à Rome, les journaux pubhèrent un Bref de Grégoire XVI à M. l'archevêque de Toulouse dans lequel on avoit eu l'évidente intention de nous désigner. Comme il ne contenoit néanmoins au-
cun reproche positif, aucune accusation précise , et que ni moi ni aucun autre n'y étoit nommé, j'aurois pu continuer de me taire, et c'eût été le mieux sans contredit. Aussi est-ce à ce parti que je m'arrêtai d'abord : mais des circonstances inattendues, la crainte trop fondée de voir s'accomplir immédiatement de déplorables destructions, de compromettre des œuvres utiles, auxquelles j'étois d'ailleurs de toutes manières personnellement étranger, me déterminèrent à prendre, quoique j'en prévisse les suites, une autre résolution. J'écrivis au pape la lettre que voici :
. a Très saint Père.
» Quelque répugnance que j'éprouve à distraire » un moment Votre Sainteté des graves affaires qui » sont l'objet de sa sollicitude , il est de mon devoir » de m'adresser directement à Elle dans les circon- » stances personnelles où je suis placé.
» Lorsque le jugement de Votre Sainteté , sur la » manière dont ^loi et mes amis nous avions entre- » pris de défendre les droits des catholiques en France, » nous fut connu, à Tinstantmême nous protestâmes » publiquement , et dans toute la sincérité de notre » âme , de notre soumission pleine et entière à la vo- » lonté du Vicaire de Jésus-Christ; et Votre Sainteté » daigna me faire dire que ce témoignage solennel » de notre obéissance fdiale, l'avoit également satis- » faite et consolée.
>^ Cependant je vois , Très saint Père , avec une
)) profonde douleur, par un Bref que Votre Sainteté
» a adressé à M. l'archevêque de Toulouse , et que
» les journaux ont rendu public, qu'on avoit réussi
» à inspirer à Votre Sainteté des sentimens de défiance
)) à notre égard. Par quels moyens et sur quels fon-
» démens, je l'ignore. Quels sont ces hrmts répan-
» du8 dans le public , et qui ont de nouveau contristé
» votre cœur; plus, sur ce point, j'interroge ma
» conscience, moins je découvre ce qui a pu fournir
» contre nous le sujet d'un reproche. Ce que je sais
» avec toute la France , c'est que l'Avenir a cessé de
» paroître , que V Agence Catholique a été dissoute ,
)) et les comptes rendus aux souscripteurs ; que nul
» d'entre nous n'a seulement songé à entreprendre
)) depuis rien de semblable , et qu'ainsi nous avons
» prouvé notre obéibbance à Votre Sainteté, non pas
» seulement par de simples paroles, mais par des actes
» effectifs aussi éclatans que le soleil.
)) Toutefois , puisqu'on a rendu de nouvelles expli-
)) cations nécessaires, je me sens obligé de déposer
» derechef humblement aux pieds de Votre Sainteté
» l'expression de mes sentimens qu'on a calomniés
» près d'EUe, et, en conséquence , je déclare :
» Premièrement , que par toute sorte de motifs ,
» mais spécialement parce qu'il n'appartient qu'au
» chef de l'Église de juger de ce qui peut lui être
» bon et utile, j'ai pris la résolution de rester àl'a-
)) venir , dans mes écrits et dans mes actes, totalement
)) étranger aux affaires qui la touchent;
» Secondement, que personne , grâce à Dieu , n'est
» plus soumis que moi, dans le fond du cœur et sans
» aucune réserve , à toutes les décisions émanées ou à
» émaner du Saint-Siège apostolique sur la doctrine
» de la foi et des mœurs , ainsi qu'aux lois de disci-
» pline portées par son autorité souveraine.
» Tels sont, Très saint Père, mes sentimens réels,
)) établis d'ailleurs par ma vie entière. Que si l'ex-
)) pression n'en paroissoit pas assez nette à Votre
)) Sainteté, qu'elle daigne elle-même me faire savoir
)) de quels termes je dois me servir pour la satisfaire
» pleinement : ceux-là seront toujours les plus con-
» formes à ma pensée, qui la convaincront le mieux
» de mon obéissance fdiale.
>» Je suis, » etc.
« La Chênaie , le 4 août 1833. »
On trouvera parmi les pièces insérées à la suite de cette relation la réponse du pape , en forme de bref adressé à M. l'évêque de Rennes, qui me le communiqua immédiatement. J'étois sur le point de me rendre à Paris. Le peu d'heures qui me restoient avant mon départ, ma santé alors très mauvaise et d'autres graves motifs m'imposoient la nécessité de ne m'occuper qu'après mon voyage de la suite de cette affaire, assez grave d'ailleurs pour n'agir qu'avec réflexion. Je me hâtai de prévenir M. l'évêque de Rennes de ma détermination: il crut devoir s'en offenser, le témoigna par des procédés naturels à ses yeux apparemment, d'où s'ensuivirent des explications publiques. Cet incident ne mérite pas que l'on s'y arrête davantage.
Avant (l'aller plus loin , je prie le lecteur de se souvenir que, simple historien, je n'attaque ni ne défends quoi que ce soit, me bornant à raconter les faits, et en laissant le jugement à chacun, selon ses idées, ses opinions, ses habitudes d'esprit, et le point de vue particulier sous lequel il peut lui convenir <le les considérer.
On lit ces paroles dans le Bref du pape : « Nous » avons eu un juste et légitime sujet d'être affligé, )) nous voyant trompé dans l'attente que nous avoit » inspirée ce premier acte ( la suppression de l'Avenir » et de Y Agence) que nous considérions comme un » avant-coureur de déclarations qui montreroient clai- » rement à Tunivers catholique qu'il tient et pro- » fesse fermement et fortement cette saine doctrine )) que nous avons exposée dans notre lettre à tous les » évêques de TEglise. »
Je ne prétends pas le moins du monde infirmer cette allégation. J'atteste seulement, sans craindre qu'on me démente, qu'après avoir reçu, par l'entremise du cardinal Pacca et du P. Orioh, l'assurance la plus explicite de la satisfaction du pape au sujet de notre première et collective déclaration , aucune demande directe ni indirecte, aucune insinuation quelconque n'avoit pu me faire soupçonner qu'il attendît ou désirât rien de plus.
Néanmoins, sur les motifs indiqués précédemment, je m'étois empressé de déférer au désir qu'exprimoit le souverain pontife dans le Bref à M. l'archevêque de Toulouse. On a lu la nouvelle déclaration que je lui présentai. Quelque nette et précise qu'elle fût, et
peut-être à cause de ceJa même, on ne la jugea pas suffisante. On vouloit une adhésion indéterminée à TEncyclique, si indéterminée elle-même, qu'à s'en tenir simplement au texte, il n'est point de sens qu'on ne pût lui donner. Troublé de nouveau dans la vie tranquille et isolée que je m'étois faite, il n'est rien de possible à un homme droit et vrai à quoi je n'eusse consenti de grand cœur pour qu'on me laissât jouir enfin d'un peu de repos. Mais aussi , ce repos extérieur , jamais je ne l'eusse acheté au prix du repos plus précieux de l'âme, inséparable de l'estime de soi et du témoignage que la conscience se rend à ellemême intérieurement. Or comment ne pas voir, dans ce qu'on demandoit de moi , un but politique bien plus que religieux? Le Bref aux évêques de Pologne, la lettre explicative du cardinal Pacca, le Bref même à l'évêque de Rennes, excluoient à cet égard jusqu'au plus léger doute. Dans le premier, on blâmoit sévèrement les Polonois de leurs magnagnimes efforts pour reconquérir leur existence nationale; on réprouvoit , dans la seconde , la liberté civile et politique avec toutes les autres libertés consacrées aujourd'hui par l'opinion, les mœurs, comme par le droit puMic de la moitié de l'Europe; et dans le dernier enfin, le Pèlerin polonois j, poésie de douleur et de pieuse espérance, voix plaintive d'un peuple redemandant à Dieu ses autels brisés, ses foyers envahis et souillés de sang, étoit appelé un écrit plein de témérité et de malice, Pouvoiî-on se méprendre sur l'intention de Fvome? N'étoit-il pas clair que l'obéis-
sance dont elle exigeoit la promesse, s'étendoit, dans sa vague généralité , aux choses temporelles autant au moins qu'aux choses spirituelles? Un pareil engagement répugnoit souverainement à ma conscience. Si la profession du catholicisme en impliquoit le principe, je n'avois jamais été catholique , car jamais je ne l'avois admis, jamais je n'aurois pu l'admettre. En tout cas , y souscrire sans conviction interne , sans croyance, c'eût été un lâche et odieux mensonge : l'univers entier ne l'auroit pas ohtenu de moi. Je me résolus donc à adresser au pape une déclaration qu'on peut réduire à ces trois chefs :