‹ OEuvres complètes de F. de la Mennais (volume 3)Chapitre 18 sur 50 · Soumission de fait aux lois de discipline · texte numérisé non relu

Soumission de fait aux lois de discipline

3. Distinction des deux sociétés spirituelle et temporelle, et, dans celle-ci , indépendance à l'égard de la puissance ecclésiastique.

Je dois mettre la lettre entière sous les yeux du lecteur.

« Très saint Père ,

» 11 me suffira toujours d'une seule parole de » Votre Sainteté, non seulement pour lui ohéir en » tout ce qu'ordonne la religion, mais encore pour » lui complaire en tout ce que la conscience permet.

:» En conséquence , la lettre encyclique de Votre » Sainteté, en date du 15 août 1832, contenant des » choses de nature diverse , les unes de doctrine, les )) autres de gouvernement, je déclare;

(( 1 . Qu'en tant qu'elle proclame^ suivant l'expres- » sion d'Innocent I", la Iradûion aposloUque j, qui , » n'étant que la révélation divine elle-même perpé- )) tuellement et infailliblement promulguée par l'É- » glise , exige de ses enfans une foi parfaite et ab- » solue, j'y adhère uniquement et ahsolumenlj, me re- » connoissant obligé, comme tout catholique, à ne » rien écrire ou approuver qui y soit contraire /

» 2. Qu'en tant qu'elle décide et règle diffé- )) rens points d'administration et de discipline ecclé- » siastique, j'y suis également soumis sans réserve.

» Mais afin que, dans l'état actuel des esprits, par- » ticulièrement en France, des personnes passionnées » et malveillantes ne puissent donner à la déclaration » que je dépose aux pieds de Votre Sainteté de fausses )) interprétations, qui, entre autres conséquences que » je veux et dois prévenir , tendroient à rendre peut- )) être ma sincérité suspecte, ma conscience me fait )) un devoir de déclarer en même temps que, selon » ma ferme persuasion, si, dans l'ordre religieux, le » chrétien ne sait qu'écouter et obéir, il demeure, à » l'égard de la puissance spirituelle, entièrement li- » bre de ses opinions , de ses paroles et de ses actes , >j dans l'ordre purement temporel.

» En implorant à genoux sa paternelle bénédic- » tion, j'ose supplier très humblement le Vicaire de » Jésus-Christ , auteur et consommateur de notre foi^ » de daigner accueillir avec bonté l'hommage du )) profond respect avec lequel je suis , » etc.

« Paris , 5 novembie 1833. »

AFFAIRES DE UOME. 145

Quelles que pussent être les vues politiques de Rome, je croyois, je l'avoue, ma déclaration tellement conforme aux maximes catholiques universellement reçues, qu'il me sembloit presque impossible qu'on refusât de s'en contenter. La dernière clause seule pouvoit déplaire ; mais la repousser, c'eût été claire ment poser le principe de l'union des deux puissances dans la personne du souverain pontife, en vertu de l'institution de Jésus-Christ, et, par une conséquence nécessaire, ramener la vie politique et civile tout entière sous la juridiction extérieure de l'ÉgHse, investie, dans l'ordre temporel comme dans l'ordre spirituel, de l'autorité première et suprême. Or, bien à tort sans doute, ainsi que la suite l'a montré , je m'étois de bonne foi persuadé que le catholicisme n'impliquoit rien de semblable. Que si cependant, de droit ou de fait, le pape décidoit le contraire, c'étoit évidemment pour les catholiques, une obligation rigoureuse de se soumettre à sa décision , provisoirement au moins*, et même définitivement , si aucune réclamation ne s'élevoit du sein de l'épiscopat; car , suivant les maximes gallicanes mêmes, la simple adhésion tacite de l'Église dispersée, suffisoit pour imprimer aux décisions pontificales le sceau de l'infaillibifité. En ce cas donc , chacun , averti de son devoir , instruit de ce qull devoit pratiquer , et conséquemment admettre ou rejeter sur un point de doctrine si important , sauroit nettement à quoi l'engagx^oit la qualité de catholique , chose désirable pour tous. Je me trouvai vers ce temps en relations avec TOME 12. 10

M. l'archevêque de Paris, et il m'est doux de dire combien j'eus à me louer de ses procédés, de sa bienveillance, et du zèle plein de sagesse avec lequel il s'employa pour terminer une affaire dont il étoit , à tous égards, plus facile de prévoir les inconvéniens que de comprendre les avantages. Je lui exposai franchement mes pensées , ma position , mon invincible répugnance à dépasser, dans l'acte de soumission qu'on exigeoit de moi, les limites que me fixoient mes convictions et ma conscience. J'insistai particulièrement sur le danger de confondre les deux ordres spirituel et temporel, dont la distinction et l'indépendance réciproque avoient été tant de fois solennellement reconnues , qu'à moins de s'exposer au reproche de variation dans la doctrine, on devoit les regarder comme une maxime à jamais inébranlable de l'Eglise catholique : il me le sembloit du moins, et M. l'archevêque parut sur ce point partager ma persuasion. Il me conseilla de tenter près du pape une dernière démarche, de lui adresser un Mémoire qu'il se chargea de faire parvenir. Je m'en occupai sur-le-champ; et après m'être aidé de ses avis, je le lui remis pour qu'il voulût bien, selon son offre obligeante, l'acheminer à sa destination. Je m'étois appliqué à y éviter tout ce qui auroit pu atténuer l'effet des observations qu'il contenoit, en irritant le moins du monde les susceptibilités romaines. Y avois-je réussi? Je l'ignore. On en va juger.

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