AU PAPE
ADRESSÉ PAR l'iNTERMÉDIAIRE DE M. l'aRCHEVÈQUE DE PARIS,
Sa Sainteté connoît sans doute les circonstances qui, contre le gré de M. F. de LaMennais, l'ont forcé de rendre publique la lettre qu'il a été de son devoir de lui écrire le 5 novembre dernier. Dans l'état d'excitation où sont les esprits en France , elle a été l'objet de beaucoup de commentaires, de jugemens divers et de conjectures sur les sentimens qui l'ont dictée. Dans cette position pour lui très pénible, M. de La Mennais ose espérer que Sa Sainteté lui permettra de désavouer à ses pieds, très humblement, toutes les fausses interprétations que l'on pourroit donner près d'Elle à ses paroles et à ses actes, et de lui ouvrir son cœur comme à un père.
M. de La Mennais doit d'abord protester devant Dieu que, résigné à tous les sacrifices personnels pour éviter de devenir, même involontairement, un sujet de trouble dans l'Église, il avoit depuis deux ans pris la résolution, qu'il a tenue fermement, de souffrir en silence toutes les attaques, l'injure, l'outrage, la ca
lomnic , sachant d'ailleurs avec certitude que ses ennemis n'avoient d'autre but, dans leurs provocations, que d'abuser des paroles qui pourroient lui échapper peut-être dans la vivacité de la discussion.
Il savoit aussi que beaucoup d'entre eux poursuivoient en lui, non pas l'homme dangereux à l'Eglise, à la défense de laquelle sa vie entière a été consacrée , nmis l'homme qui, voulant rester étranger à tous les partis politiques existans, par là même étoit en dehors de celui auquel ils appartenoient. C 'étoit principalement sa position sous ce rapport qu'on avoit à cœur de changer, et ceci renferme les explications qu'il doit à Sa Sainteté sur sa dernière lettre.
En premier lieu, le diocèse de Rennes étant un de ceux où les divisions politiques se manifestent avec le plus de chaleur, il s'étoit depuis quelque temps résolu k s'en éloigner, lorsque monseigneur l'évêque de ce diocèse lui fit parvenir une copie du Bref de Sa Sainteté. Ayant obtenu d'un de ses prédécesseurs une excorporation avant même de recevoir le sous-diaconat, il ne se considéroit pas plus que monseigneur l'Evêque de Rennes ne le considéroit lui-même , comme obligé de l'ésider dans son diocèse. Et comme il ne pouvoit pas douter que sa réponse au Bref de Sa Sainteté , s'il la lui faisoit parvenir par l'intermédiaire de monseigneur l'évêque de Rennes , ne devînt dans son diocèse , oiî elle auroit été immédiatement connue, l'objet de discussions dont l'effet eût été d'irriter les passions que M. de La Mennais désiroit an contraire calmer, il pensa qu'il valoit infiniment mieux en assurer le se-
cret en l'adressant directement par la Nonciature de Paris.
En second lieu il souhaitoit, d'une part, que Sa Sainteté \1t dans sa lettre l'expression non seulement de son obéissance parfaite dans toute l'étendue de son devoir comme prêtre et comnie catholique, mais encore la disposition sincère où il étoit et où il est toujours, de lui prouver, de toutes les manières possibles, son amour et son dévouement inviolables , en évitant, d'une autre part, par }a brièveté de la déclaration elle-même , de fournir à la malignité de ses adversaires des prétextes de l'attaquer, dans le cas où elle fût devenue publique, ainsi que Sa Sainteté lui annonçoit qu'elle devoit le devenir. Et si, malgré cette précaution, on a pu encore supposer à M. de La Mennais des sentimens contraires, en interprétant, d'une manière injurieuse pour Sa Sainteté , les paroles mêmes dont il s'est servi pour exprimer qu'il ne vouloit pas renfermer sa soumission et son dévouement à Sa Sainteté dans les bornes strictement fixées par la religion , combien d'autres interprétations odieuses ne lui auroit-il pas fallu désavouer avec autant d'indignation qu'il désavoue celle-ci, si, par déplus longs discours qu'on auroit également dénaturés , il avoit fourni une plus ample matière au travail de la calomnie !
En troisième lieu, on s'est élevé contre renonciation qui termine sa lettre , et certes elle eût été au moins inutile, en d'autres circonstances, si en écrivant il avoit dû n'avoir que Rome même en vue.
Mais il ne doit pas taire à Sa Sainteté qu'en France^
pour beaucoup de gens, pour le plus grand nombre, la question politique étant la principale, disons-le franchement, la seule qui les intéresse; s'il n'avoit pas clairement exprimé la distinction dont on cherche aujourd'hui à lui faire un sujet de reproche , on en auroit conclu de sa part l'abandon de cette partie de la doctrine de l'Église. Ila'estdonc trouvé, et de plusieurs manières, dans l'obligation de prévenir ce grave inconvénient. Sa conscience lui en a fait un devoir,
V Parce qu'on n'eût pas manqué de dire qu'il confondoit et que Sa Sainteté vouloit que l'on confondît l'ordre spirituel et l'ordre temporel : conviction qui, répandue dans les esprits, n'auroitpu, sous plusieurs rapports, qu'être funeste à la religion;
2" Parce qu'on en auroît immédiatement conclu que les catholiques, dépendans de l'autorité spirituelle même dans les choses purement civiles, ne pouvoient prendre aucune part aux affaires de leur pays que d'après les ordres du clergé : position qui, en plusieurs lieux, en France, en Belgique, en Irlande, aux États-unis, par exemple, serviroit de prétexte pour les dépouiller de tous leurs droits légaux;
3" Parce que s'ils se croyoient eux-mêmes obligés de se placer dans celte position, purement passifs dans le mouvement qui emporte la société, au milieu des passions qui la troublent, elle seroit désormais Hvrée à ces passions seules, et le principe de désordre n'ayant plus, dans chaque État, de contrepoids public et ne rencontrant plus d'obstacles, bouleverseroit éternellement le monde;
4° Parce que si l'on concevoit un pareil état comme une conséquence nécessaire du catholicisme , une certaine classe de catholiques, inquiets pour leur vie, leur sécurité, leurs biens, et résolus à ne point se dessaisir de leurs droits et de leur liberté comme citoyens , qui renferment pour eux la garantie de leur existence même, seroient, et M. de La Mennais le dit avec épouvante d'après la connoissance qu'il a d'eux , entraînés par l'influence d'intérêts si puissans à se séparer de l'Église;
5" Parce que, dans la position actuelle de la France, il peut devenir pour M. de La Mennais d'un devoir rigoureux d'entrer, à un degré quelconque, dans le mouvement pohtique qui l'agite, et que, si cette prévoyance venoit à se réaliser, ses ennemis lui feroient sur-le-champ un crime de son dévouement même , en l'accusant alors de manquer aux engagemens qu'ils auroient certainement supposé qu'il avoit pris envers Sa Sainteté dans sa déclaration du 5 novembre, si, dans cette déclaration même, il n'avoit pas exclu formellement cette fausse interprétation.
Tels sont les graves motifs de conscience qui l'ont décidé à joindre à son acte de pleine soumission à l'En* cyclique de Sa Sainteté les paroles qui terminent sa lettre. Et quant à ces paroles en elles-mêmes, il doit désavouer encore et repousser toute espèce de sens qui ne seroit pas entièrement conforme à la doctrine catholique, qu'on essaieroit de leur attribuer. Assurément l'ordre temporel en tant qu'il touche, sous une foule de rapports, à la loi divine, est subordonné
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à l'Église, gardienne et interprète de (ette loi. Mais évidemment ce n'est pas là ce que, dans le langage universel, on désigne sous le nom d'ordre purement temporel; et M. de La Mennais s'est à dessein servi de cette expression , afin de mettre pleinement à l'abri la puissance propre de l'Église. En un mot , par cette expression il a voulu rappeler et constater la doctrine établie par les défenseurs mêmes du Saint-Siège ; doctrine qui, selon les paroles d'un des plus récens, le cardinal Litta, consiste à admettre la dislinction des deux puissances y et leur indépendance dans les objets qui sont purement de leur ressort ( Lettres sur les quatre articles de 1682, lettre septième). Et M. de La Mennais lui-même, lorsqu'il se crut obligé, il y a quelques années, de s'associer personnellement à la défense des droits du Siège apostolique , a dû, pour ne point s'écarter d'une des plus constantes traditions de l'Église, établir précisément et dans les mêmes termes le principe inébranlable quil existe deux puissances distinctes indépendantes chacune dam son ordre. Or comment aujourd'hui pourroit-on considérer soit comme une déviation des maximes qu'il a défendues précédemment, soit comme une restriction à son obéissance , l'énoncé d'une proposition qu'il n'a pu se dispenser d'établir formellement dans les ouvrages même destinés à affermir dans les esprits l'autorité du Saint-Siège, proposition dont nul à cette époque ne songea même k contester la parfaite orthodoxie?
Le but de ce Mémoire déposé aux pieds de Sa Sainteté, est> d'une part, de lui faire connoître les motifs
de conscience qui ont déterminé et la conduite et les paroles de M. de La Mennais dans les circonstances où il se trouve placé; d'une autre part, de ne rien laisser désirer à Sa Sainteté sur le sens précis de ces mêmes paroles , afin que par là soient repoussés tout ensemble et les soupçons injurieux que quelques personnes se plaisent à concevoir sur les intentions de M. de La Mennais, et les interprétations malveillantes par lesquelles on chercheroit à rendre douteuse la soumission pleine et entière qu'il a professée, dans sa déclaration du 5 novembre et selon les termes du Bref, à l'Encyclique de Sa Sainteté.
Paris, le G décembre 1833.
J'appris, quelque temps après l'envoi de ce Mémoire, qu'on n'en avoit pas été satisfait , et qu'il n'avoit modifié en rien les pensées ni les dispositions de Rome. Je ne m'en applaudis pas moins de ma démarche : c'étoit à mes yeux un dernier devoir que j'avois rempli.
Quelques jours à peine s'étoient écoulés, lorsque je reçus la lettre suivante du cardinal Pacca.
« Monsieur l'abbé,
» D'après les ordres que j'en avois reçus, je me » suis empressé, dès le mois d'août de l'année der- » nière, de vous envoyer la lettre encyclique que Sa )) Sainteté adressa alors à tous les évêques de l'Eglise )) catholique. Maintenant le Saint -Père me charge » également, Monsieur l'abbé, de vous accuser ré- )) ception de votre lettre du 5 de ce mois, contenant » la déclaration que vous lui adressez sur l'Encyclique » susdite.
» Dans la lettre précédente du mois de septembre, » que, par le moyen de monseigneur l'évêque de » Rennes, vous adressâtes au Saint-Père, vous lui » demandiez d'être instruit des termes qu'il vous fal- » loit employer pour le convaincre de plus en plus, » et d'une manière tout-à-fait évidente, du désir sin- » cère qui vous anime de ne pas laisser douteuse » votre obéissance entière et bien filiale au chef » suprême de notre sainte Église.
^> Cette demande chrétienne et vraiment catho-
lique de votre part , remplit de la plus tendre satisfaction le cœur paternel de Sa Sainteté, et fit naître en Elle les meilleures espérances à votre égard, persuadée comme Elle étoit,que vous auriez suivi l'exemple de tant d'hommes illustres et savans dont l'histoire nous a conservé le glorieux souvenir, lesquels, lorsqu'ils venoient accusés d'avoir avancé quelque chose de faux ou d'inexact, recouroient tout de suite à ce Siège apostolique, et s'en rapportoient aux réponses de la bouche infaillible de Pierre, qui, dans la personne sacrée de ses successeurs , fait et fera toujours connoître la vérité à ceux qui en l'esprit d'humilité et avec sincérité la recherchent.
» Votre demande fut satisfaite par un Bref , adressé le 5 octobre à votre pieux et respectable évèque, qui vous a été communiqué, et qui faisoit connoître quelle déclaration le père commun des fidèles attendoit de vous, pour lui satisfaire pleinement, le convaincre le mieux de votre adhésion illimitée et non équivoque à la doctrine de l'Encyclique, et faire ainsi cesser, avec la division des esprits, le scandale, et renaître dans le clergé de France l'unanimité des sentimens selon la science qui vient de Dieu. Or votre bonne foi, à laquelle j'en appelle, vous dira. Monsieur l'abbé, si la nouvelle déclaration par vous émise soit conforme à ce qu'on vous demandoit, et qu'on étoit en droit d'attendre de vous, même d'après vos promesses. » Je ne parlerai pas ici de certaines expressions
» qu'on lit dans votre dernière lettre au Saint-Père,
» et auxquelles vous n'avez pas donné , je veux l'es-
» pérer, le vrai sens qu'elles renferment ; mais je ne
» pourrois pas me dispenser de vous déclarer nette-
» ment, que les explications contenues dans la même
» lettre ont dû affliger de plus en plus le cœur si
» doux et si tendre du souverain pontife , qui , quoi-
» que rempli de charité pour vous, ne peut néanmoins
» se taire sur votre dernière déclaration , se voyant
» au contraire obligé de la désapprouver.
» Après avoir rempli le devoir qui m'a été imposé,
» je ne finirai pas cette lettre , Monsieur l'abbé, sans
» vous prier et conjurer même de vouloir bien réflé-
» chir en catholique et en prêtre sur la nature et sur
» les conséquences de cette affligeante affaire, aux
» pieds du crucifix. Si vous ferez cela, comme je n'en
» doute pas, j'aime à me persuader que vous adres-
» serez bientôt par mon organe ( s'il vous plaira de
» vous servir de moi) à Notre très saint Père une
» déclaration digne de vous, c'est-à-dire aussi simple,
» absolue et illimitée qu'elle répond parfaitement à
» votre précédente promesse, et qui puisse enfin sa-
» tisfaire entièrement à ses vœux si justes et si apos-
» toliques.
» C'est avec cette ferme espérance que je vous re-
» nouvelle les sentimens de l'estime tendre et parti-
» culière avec laquelle je suis, » etc.
» B. CARDINAL PaCCA.
tt Rome, 28 novembre 1833.»
AFFAIRES DE l\OME. 157
Je rapporterai avec candeur, et toujours en simple Jnslorien , les réflexions qui se présentèrent à mon esprit après avoir reçu cette lettre.
Dans son Bref à M. l'évêque de Rennes, le pape s'exprimoit en ces termes au sujet de la nouvelle déclaration qu'il exigeoit de moi : (( Qu'il s'en- » gage à suivre uniquement et absolument la doc- » trine exposée dans notre Encyclique (par laquelle, » pouvons nous dire avec Innocent P', notre très » saint prédécesseur, nous n imposons point de non- » veaux préceptes^ mais ce qui a été établi par la tra- » diiion des apôtres et des Pères) et à ne rien écrire » ou approuver qui ne soit conforme à cette doc- » trine. »
Je déclarai en conséquence et dans les propres paroles qui m'étoient prescrites, « qu'en tant que » l'Encyclique proclamoit, suivant l'expression d'In- » nocent P', la tradition apostolique, qui, n'étant » que la révélation divine elle-même perpétuelle- » ment et infailliblement promulguée par l'Église, » exige de ses enfans une foi parfaite et absolue, j'y )) adhérois uniquement et absolument, me reconnois- » sant obligé, comme tout catholique, à ne rien » écrire ou approuver qui y fût contraire. » J'ajoutai que j'étois également soumis sans réserve à tout ce que la même Encyclique décidoit et régloit sur diiîérens points d'administration et de discipline ecclésiastique, réservant du reste ma liberté dans l'ordre ptirement temporel.
Je ne tairai point que les explications si nettes et
si franches du cardinal Pacca , et notamment la réprohation dont il m'apprit que le pape avoit eu l'intention de frapper les maximes relatives à la liberté civile et politique soutenues dans V Avenir, n'eussent contribué à me persuader de la nécessité de cette réserve , pour que la sincérité de ma soumission ne fiit pas ultérieurement mise en doute.
Maintenant le même cardinal me notifioit , d'après les ordres du souverain pontife, que ma déclaration ainsi conçue avoit été désapprouvée y qu'on en vouloit une simple y absolue y illimitée.
Il paroissoit évident dès lors : premièrement, que la désapprobation portoit sur les deux dernières clauses, puisqu'à l'égard de la doctrine traditionnelle des apôtres et des Pères^ mon adhésion étoit absolue ^ illimitée; secondement, que l'on exigeoit une adhésion de même nature, c'est-à-dire absolue aussi et illîmitéey généralement à tout ce que contenoit l'Encyclique, interprétée selon le sens pour moi authentiquement déterminé par la lettre explicative du cardinal Pacca. Une pareille adhésion renfermoit un acte de foi catholique; car adhérer intérieurement (ce qu'implique la promesse de ne rien approuver de contraire), uniquement^ absolument et d'une manière illimitée ^ à un enseignement quelconque, c'est déclarer qu'on tient cet enseignement pour divinement certain , et l'autorité dont il émane pour infaillible , au même titre et au même degré, sur chacun des points qu'il comprend , et auxquels on attache la même foi indivisible.
Or je remarquois que le refus d'admettre les distinctions établies dans la déclaration désapprouvée , impliquoit, au moins en apparence, la désapprobation de ces distinctions mêmes ; d'où l'on auroit pu conclure, si je renonçois à les exprimer, qu'averti de mon erreur, j'avois cessé de les croire légitimes, chose contraire à la vérité; et dès lors, eussé-je le malheur de me tromper, je de vois, sincère en tout, éviter que l'on s'abusât sur mes sentimens véritables. Plus ensuite je relisois l'Encyclique elle-même, plus je sentois croître mes perplexités. Quelques exemples me feront comprendre.
Après avoir déploré, non sans de graves motifs, le progrès de l'indifférence religieuse, le pape ajoute : (( De cette source infecte de Vindifférenlisme découle » cette maxime absurde et erronée, ou plutôt ce » délire, qu'il faut assurer et garantir à qui que » ce soit (cuîlihet) la liberté de conscience. »
S'il est de foi que la liberté de conscience ou la tolérance civile des cultes doit être réprouvée par les catholiques, il faut qu'elle ait été expressément défendue de Dieu. Si Dieu l'a défendue expressément , cette défense ne souffre aucune exception ni de personnes, ni de lieux, ni de temps. Or, de- , puis l'origine du christianisme jusqu'à nos jours, l'histoire montre l'Église s'accommodant partout sur ce point aux lois établies, et l'on ne voit pas qu'elle ait jamais fait aux gouvernemens chrétiens un devoir absolu de l'intolérance. Comment donc seroit-oncatholiquement obligé de croire, d'une croyance absolue et
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illimitée , que c'est une maxime absurde et erronée de prétendre qu'il faut assurer et garantir à qui que ce soit la liberté de conscience ? L'Eglise auroit-elle pu licitement tolérer dans la pratique une maxime absurde et erronée, une maxime, je le répète, opposée à la foi, si l'on est tenu de la rejeter uniquement et absolument, et de ne rien approuver qui y soit contraire ? Il y a plus : un peuple entier, le peuple irlandais, professe hautement aujourd'hui même cette maxime erronée; elle forme une des bases principales sur laquelle il s'appuie pour réclamer ses droits religieux et politiques. Or , de deux choses l'une , ou il le peut faire catholiquement, et alors que penser de l'Encyclique? ou il ne le peut pas, et en ce cas d'où vient que, le laissant délirer autant qu'il lui plaît, on n'essaie même pas de le ramener dans les voies catholiques?
Que si, d'une autre part, la liberté de conscience, dans l'ordre purement civil , étoit incompatible avec la profession du catholicisme , ce seroit pour tout cathohque un devoir absolu de ne tolérer aucune religion différente de la sienne , et par conséquent tl'employer au besoin la force même, sitôt que la prudence le luipermettroit, pour en interdire l'exercice. Mais l'homme ne tenant à rien plus qu'à ses convictions religieuses aussi long-temps qu'il les juge vraies, et , par un sentiment naturel , repoussant toute contrainte dans le domaine intellectuel, l'obligation imposée aux catholiques de ne tolérer aucunes cioyances opposées aux leurs, les constitucroit dans un état de guerre permanent avec le reste du genre humain ,
et produiroit nécessairement , ainsi que le prouve l'expérience, d'atroces persécutions, des luttes sanglantes et interminables. Or de voit-on regarder les violences, les haines, les fureurs suscitées entre des frères, les emprisonnemens , les confiscations de biens, les tortures, les bûchers, les échafauds, les massacres et les désastres de toute espèce, inévitables résultats du précepte d'intolérance, comme inséparablement liés de fait à la prédication évangélique, comme une chose voulue et commandée, au moins indirectement, par le fondateur du christianisme, dont la doctrine , résumée par lui-même , se résout dans l'amour de Dieu et du prochain , d'où naît la fraternité universelle? Je ne le pensois pas , quant à moi.
Il ne me sembloit pas plus aisé de comprendre comment cette proposition , La liberté de la -presse est une liberté funeste et dont on ne peut avoir assez d'horreur ^ pouvoit, dans sa généralité, être un point de foi catholique. On sait bien qu'on peut abuser de la presse, et toutes les législations répriment plus ou moins ces abus ; mais la répression des abus nestpas, il s'en faut beaucoup , la destruction de la Hberté ; elle en est au contraire la reconnoissance et, sous un point de vue très vrai, la garantie. Qu'est-ce d'ailleurs que la presse, sinon une extension de la parole? or que diroit-on de cette maxime : La liberté de la parole est une liberté fu' neste et dont on ne peut avoir assez d'horreur ? Entendue en ce sens qu'on peut user de la parole pour des fins funestes et horrible» ^ on exprimeroit une vérité tellement triviale , que personne n'oseroit la présen-