‹ OEuvres complètes de F. de la Mennais (volume 3)Chapitre 26 sur 50 · TOME · texte numérisé non relu

TOME

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l'imbibe sur les droits mal définis du pouvoir temporel, raccoutumance même au joug qui le dégrade, et qui produit une sorte de prostration de l'intelligence . Il voit l'ordre dans ce qui existe, parce qu'il y voit de la soumission. Sa pensée ne va pas plus loin , et une crainte vague l'arrête encore. Le doute , en lui créant d'autres devoirs , déconcerteroit sa vie , arrangée pour ce système d'obéissance passive. Or cette vie, telle qu'elle est, lui plaît : elle lui promet des avantages qu'il ne se sent pas la force d'échanger contre le combat. On devine aisément le reste. Ce qu'il y a de pis dans la servitude, c'est qu'elle engendre l'esprit de servitude. L'esclave abruti finit par se faire un oreiller de ses chaînes, et il ne le trouve pas trop dur : c'est , se dit-il , toujours du sommeil.

Le clergé, en second lieu, sans examiner si luimême n'en est pas la cause principale , trouvant parmi ceux qui suivent une direction politique différente de celle où il s'est engagé, une vive animosité contre l'Église , en prend occasion de s'affermir davantage encore dans ses sentimens ; et croyant servir Dieu en servant tous les despotismes , il aliène peu à peu les peuples et de soi et de la rehgion. Telle est la vraie raison de l'inimitié profonde qu'en Italie , ainsi qu'ailleurs , il inspire à un grand nombre d'hommes , lesquels composent sans contredit la classe la plus active, et, en général , la plus instruite. Ils ont pris les prêtres en horreur, et, pour mieux se séparer d'eux, ils se jettent dans l'impiété, impiété d'autant plus ardente , d'autant plus farouche, qu'elle leur est, en réalité,

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moins naturelle. Elle revêt dans leur âme la forme d'une passion, plutôt que d'une opinion. Ils haïssent le clergé de tout l'amour qu'ils portent à leur patrie. Et pour bien comprendre le caractère de cette opposition réciproque , et jusqu'à quel point les suites en peuvent être lamentables, il faut remonter aux siècles où l'Italie , robuste et pleine de sève , se partageoit en deux partis , l'un desquels, dévoué aux empereurs, au fond tendoit à la servitude , comme l'a remarqué Jean de Millier, et l'autre combattoit, sous la bannière des Papes, pour l'indépendance nationale. Ce généreux parti, vaincu mais non éteint, s'est réveillé de nos jours après un long sommeil. Les exemples donnés en d'autres pays, quoique loin d'être purs, ont réveillé des sentimens de leur nature impérissables chez les peuples qui ont un passé. Les Guelfes ont reparu : mais sur les ruines de la liberté, sur les ruines des lettres, et des sciences, et des arts, et de la prospérité publique, ils ont trouvé un clergé gibelin. Ce seul mot explique tout.

Pour arrêter le mouvement national qui les inquiète , les gouvernemens emploient la force , et tâchent d'étouffer la pensée : mais , de ces deux moyens, le premier est insuffisant, et le second impossible. Malgré leurs censeurs et leurs douaniers, les idées circulent rapidement : et quand cette force est mûre , nulle autre ne lui résiste; on le sait assez aujourd'hui. Aussi ont-ils recours à un troisième moyen, qui consiste à favoriser , et même , en plusieurs lieux , à provoquer la licence des mœurs dans la jeunesse, certains

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qu'ils n'ont rien à redouter d'hommes amollis par le plaisir et énervés par les jouissances. Ils tuent les âmes pour être maîtres des corps. Le progrès de l'incrédulité les sert merveilleusement sous ce rapport. Il leur est encore utile en ce qu'il divise la population que tout sans cela tendroit à unir, et surtout parce qu'il perpétue l'opposition entre leurs adversaires et l'Église. Cette opposition fait toute leur sûreté, parce qu'elle réduit à une impuissance presque égale, et l'Église qui perd sa vigueur quand elle devient impopulaire , et le parti national qui ne peut rien qu'en s' alliant à l'Église et s'appuyant sur elle. Delà, pour l'intérêt personnel de quelques hommes , un double affoihlissement du catholicisme. La croyance s'en va d'année en année , et la haine la remplace. Chaque génération qui s'élève se tient plus éloignée de l'autel, parce que derrière elle aperçoit la baïonnette de l'Autrichien et la lance du Cosaque. Le pouvoir spirituel, d'une autre part , abandonné de l'opinion, se réfugie dans le camp de ses ennemis naturels, et là, journellement contraint d'assister à ses propres défaites, il renferme en son sein la parole que le monde attend de lui , ou , s'il essaie de rompre ce timide silence, le tambour aussitôt couvre sa voix.

An milieu de l'amphithéâtre arrosé du sang des premiers chrétiens, on a planté une croix soHtaire. De fois à autre, un pauvre moine s'en vient, au pied de cette croix, parler du Christ et de ses souffrances, et des combats de la foi dans les temps passés, et de ceux qui moururent là, sur cette arène, pour con-

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quérir la liberté du genre humain. Le peuple écoute et pleure. Les derniers rayons du soleil couchant glissent sous les longues voûtes, à travers les arceaux brisés. Des étrangers passent en regardant avec indifférence ces énormes ruines. Un soldat en garde l'entrée. Voilà l'image du catholicisme à Rome et dans toute l'Italie.

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