‹ OEuvres complètes de F. de la Mennais (volume 4)Chapitre 3 sur 89 · PRÉFACE. V · texte numérisé non relu

PRÉFACE. V

conserve les individus en rapportant tout à la société , l'autre détruit la société en ramenant tout à l'individu (1). Dans l'une, tout est gé-

(i) Hors de la société, l'homme ne peut ni se conserver ni se perpétuer. Se perpétuer, c'est se conserver toujours ; et le désir de se perpétuer , de même que le désir de se perfectionner , n'est que le désir de vivre : car être plus parfait , c'est vivre davantage ; la perfection est le développement complet de la vie.

L'esprit, le cœur, les sens mêmes ou le corps, en un mot l'homme tout entier désire naturellement se conserver ou se perpétuer, parce que naturellement il veut vivre, et qu'il n'est point en son pouvoir de ne pas vouloir vivre.

Mais dans l'isolement contre nature où le place la philosophie, tous les efforts qu'il fait pour se conserver tendent à le détruire. Seul, l'homme ne produitrienj la vie est un don du souverain Être , les créatures la transmettent, et voilà tout. Or transmettre, c'est communiquer ce qu'on a reçu. Recevoir et rendre, voilà donc en quoi consistent la vie et le moyen par lequel elle se conserve : donc point de vie hors de la société ; et la société , considérée dans son existence intellectuelle , se compose essentiellement de trois personnes, celle qui reçoit , celle dont elle a reçu , et celle à qui elle rend ou transmet ce qu'elle a reçu.

Tout ce qui, dans l'homme, a un mode de vie particulier, l'esprit, le cœur, les sens ouïe corps, est soumis à cette loi universelle d'union et de dépendance.

Qu'arrive-t-il donc quand l'homme est seul ?

L'esprit veut vivre ou se conserver ; vivre, pour lui , c'est connoîlre, ou possédier la vérité. Quand il la reçoit, il est passif ; quand il la communique ou la transmet, il est actif; m-;tis , dans ces deux états , toujours faut-il qu'il soit uni à un

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