VI PREFACE
néral, l'autorité, les croyances, les devoirs; et chacun, n'existant que pour la société, con-
autre esprit qui agisse sur lui , ou sur lequel il agisse. Ne pouvant , lorsqu'il est seul , ni recevoir ni transmettre , et néanmoins voulant vivre , il essaie de se multiplier ou de créer en lui les personnes sociales nécessaires pour conserver et perpétuer la vie: vain travail , stérile effort d*un esprit qui , cherchant à se féconder lui-même, veut enfanter sans avoir conçu. Ce genre de dépravation , ce vice honteux de Tintelligence , l'affoiblit , l'épuise, et conduit à une espèce particulière d'idiotisme qu'on appelle idéologie.
Il en est ainsi du cœur , il veut vivre ; et vivre, pour lui, c'est aimer, ou s'unir à un autre être. Quand il n'a point au dehors un objet d'amour ou de terme de son action , il agit sur lui-même ; et que produit-il ? de vagues fantômes , comme l'esprit qui est seul produit de chimériques abstractions. L'un se nourrit de rêves , l'autre de rêveries ; ou plutôt ils essaient inutilementde s'en nourrir. Dans sa solitude et dans ses désirs , le cœur se tourmente pour jouir de lui-même. C'est l'amour de soi ou l'égoïsme à son plus haut degré. Ce genre de dépravation , ce vice honteux du cœur , l'afifoiblit, l'épuisé , et conduit à une espèce particulière d'idiotisme qu'on appelle mélancolie.
Un désordre semblable dans l'homme physique affoiblit , épuise le corps , dégrade toutes les facultés , et conduit à l'idiotisme absolu , qui est la mort de sens , du cœur et de l'intelligence.
Il est à remarquer que , chez les anciens , l'idéologie proprement dite , et la mélancolie considérée comme passion , étoient ^nconnues , et que le vice des sens qui correspond à ces vices de l'esprit et du cœur étoit beaucoup moins commun qu'il ne Test