‹ OEuvres complètes de F. de la Mennais (volume 4)Chapitre 43 sur 89 · LVI PRÉFACE · texte numérisé non relu

LVI PRÉFACE

la vérité se replace sur sa base immuable, Fanarchie des opinions cesse , l'homme entend l'homme ; les intelligences, unies par une même foi , viennent se ranger autour de leur centre, qui est Dieu, et se ranimer à la source de la lumière et de la vie.

Ou la raison humaine n'est qu'une chimère, ou elle dérive d'une raison supérieure , éternelle, immuable : car la vérité, si elle existe, a nécessairement existé toujours, et toujours la même. Aucune raison créée ne peut donc être qu'un écoulement, une participation de cette raison première et souveraine , mère et maîtresse de tous les esprits. Vivre, pour eux, c'est l'écouter, c'est lui obéir, et la plus parfaite obéissance constitue le plus haut degré de raison , puisque refuser d'obéir au-delà de certaines bornes , c'est rejeter une partie du témoignage par lequel la vérité infinie nous est manifestée. Ainsi le genre humain atteste l'existence d'un Dieu souverainement juste, sage, puissant : la raison qui admet en entier ce témoignage, possédant plus de vérité, est plus étendue, plus complète que celle

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qui nie quelqu'un des attributs de Dieu ; elle est aussi plus conséquente , puisque le motif de croire ou de déférer à l'autorité a^ quoi qu'elle enseigne , toujours la même force. Sortez de là, vous ne sauriez éviter le scepticisme qu'en vous déclarant infaillible, c'est-à-dire que, de manière ou d'autre, vous êtes contraint d'abjurer la raison.

Nier le témoignage général , lui préférer sa raison particulière , est en effet le caractère propre de la folie ; et tout homme qui ne reconnoît point d'autorité ayant droit de commander à son esprit, est fou , soit involontairement , si sa folie a une cause physique , soit volontairement, si elle n'en a pas. Voilà l'unique différence qui existe entre les insensés qu'on enferme et ceux à qui on laisse l'usage de leur liberté; et l'erreur sur les objets que nous pouvons et devons connoître , l'erreur sur les devoirs , soit de la raison , soit du cœur, n'est qu'une folie volontaire , et c'est parce qu'elle est volontaire qu'elle est un crime.

Qu'un habitant de Charenton soutienne qu'il est roi de France , c'est un fou , l'on en con-

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vient ; mais est-il fou précisément parce qu'il soutient qu'il est roi de France? Non; car il existe un autre homme qui dit aussi , Je suis roi de France^ et qui seroit fou s'il ne le disoit pas. Mais tout le monde dépose en faveur de la royauté de celui-ci ; il a pour lui le témoignage général : dès lors plus de doute. L'autre contredit obstinément ce témoignage, c'est un fou; cette preuve suffit , et même il n'y en a pas d'autre preuve certaine. A la place de ce malheureux , supposons un homme qui dise : Je suis souverain; nous aurons un exemple de la folie volontaire.

Il arrive souvent que la folie , même physique , a pour cause l'obstination avec laquelle l'esprit s'attache à certaines idées fausses. On doit donc trouver plus de fous de cette espèce dans les pays où, le principe d'autorité étant affoibli , les esprits sont moins défendus contre eux-mêmes. Effectivement, l'expérience prouve qu'il en est ainsi. Sous le règne d'Henri VIII le nombre des fous augmenta prodigieusement en Angleterre , et depuis il a toujours été croissant. Il augmente de même chaque année en

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