LX PREFACE
sans aucun doute , à mesure que la foi diminuera. Un médecin italien avoit calculé , dans
» toutes les personnes qu'il connoît, et particulièrement de celles » auxquelles il est habitué à commander ; de ne le contrarier w jamais en lui parlant le langage de la raison , sans lui présen- » ter en même temps l'appareil d'une force physique à laquelle » il ne puisse espérer de résister. Ainsi à un fou furieux qui re- » fuse d'entrer dans sa loge , ou qui s'est armé d'un débris de » meuble pour en défendre l'entrée, on envoie dix domestiques: » si on ne lui en opposoit que deux ou trois , quoique plus foi- » ble que chacun d'eux , il essaieroit de leur résister , et on ne » pourroit le désarmer qu'en le blessant ; mais dès qu'il voit une » force tout-à-fait supérieure, il se rend. Il apprend ainsi peu à » peu à reconnoître la supériorité physique , et de là il est con- M duit à reconnoître la supériorité morale. Il obéit d'abord dans M ses actes ; il finit par soumettre son jugement. C'est dans ce » dernier point que consistela plus grande difficulté du traitement; » et cette difficulté est d'autant plus grande que le malade, par » son caractère propre, ou son genre de vie, est naturellement » plus impérieux, ou plus indépendant. Il est d'expérience que » les hommes les plus exposés à l'aliénation mentale, et les plus » difficiles à guérir, sont les célibataires , qui vivent dans un état » d'isolement, et par conséquent dans une grande indépendance » de l'autorité , et même des idées d'autrui , et les hommes ha- » bitués au commandement. Personne n'est plus difficile à gué- » rir qu'un officier-général, et surtout.qu' un capitaine de navire. » On sait que l'autorité de ce dernier est plus despotique que M celle du potentat le plus absolu.» Voyez le Traité de la manie, de M. Pinel , et les Mémoires de M. le docteur Esquirol sur le même sujet.