TOME 2. e
LXYI PRÉFACE.
tout qu'on se fait le mieux entendre , mais en disant ce qui renferme tout.
Au reste, nous ne nous dissimulons pas combien de genres d'opposition doit rencontrer un ouvrage de la nature de celui-ci. On y attaque à la fois toutes les erreurs de religion , de morale et de politique , en montrant la cause d'où elles dérivent toutes. Ainsi, quiconque voudra retenir une seule de ces erreurs, devra , s'il est conséquent, nier le principe sur lequel nous prouvons que reposent toutes les vérités; mais dès lors aussi nous le défions d'éviter le scepticisme absolu.
D'un autre côté, quelques hommes de bonne foi , mais inattentifs, nous accuseront peut-être d'ébranler la raison humaine , parce que nous montrons qu'en effet la raison individuelle , la raison de l'homme seul , ne sauroit le conduire qu'à un doute profond , universel , puisqu'elle ne peut se prouver elle-même.
Les personnes qui nous feroient ce reproche nous auroient bien mal compris. Si nous insistons sur lafoiblesse de la raison particulière, c'est pour établir ensuite la raison générale, en
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prouvant que les vérités primitives^ qui en sont le fondement, ont une certitude infinie , et que les vérités secondaires qu'elle en déduit sont également certaines : d'où il suit que la raison individuelle elle-même a dès lors une règle sûre pour apprécier ses propres pensées , et qu'elle ne s'égare que lorsque l'orgueil la porte à mé- €onnoître ou à violer cette règle. Ainsi, loin de détruire la raison, nous la plaçons au contraire sur une base inébranlable.
Qu'est-ce, en effet, que l'autorité à laquelle tous les esprits doivent obéir? Est-ce la force? Ce seroit absurde. Est-ce l'autorité d'un ou de quelques hommes? Non, mais la raison gênéraie manifestée par le témoignage ou par la parole. Cette définition seule dissipe toutes les difficultés ; car il est évident que la raison ne peut se manifester qu'à la raison , et la raison générale qu'à la raison individuelle, et qu'on ne sauroit par conséquent nier celle-ci sans nier celle-là. Le juge qui ne voit la certitude que dans le concours et l'uniformité des témoignages , nie-t-il pour cela la force qui est propre à chaque témoignage pris à part?