LXXII PREFACE
Quelle profondeur dans cette parole , également vraie , soit qu'on l'applique à la société éternelle , ou aux sociétés du temps ! Voulezvous soumettre au raisonnement de l'homme individuel les devoirs de la morale, les lois politiques et civiles , les procédés des sciences, des arts et des métiers , l'agriculture , la navigation , les règles de l'hygiène , le choix des alimens, de sorte que chacun ne croie que ce qu'il comprendra clairement , et , sans rien admettre sur le témoignage , sans jamais déférer à l'autorité , n'agisse que sur ce qui sera évident pour son esprit : à l'instant un désordre effroyable commence , la société tombe dans le chaos, la lumière qui l'éclair oit se retire ; chacun de ses membres , isolé de tous les autres , cherche en vain /dans les ténèbres de son entendement, les vérités nécessaires à sa conservation , les lois de son existence : dès lors plus d'action possible ; le mouvement cesse avec la foi , et, dans un vaste silence , tout s'affoiblit , tout s'éteint : et il n'est pas non plus un législateur de la terre qui ne puisse et ne doive dire aux hommes , en les rappelant à la vie sociale :
PRÉFACE. LXXin
Si vous ne devenez comme des petits enfans, qui croient, sans comprendre et sans raisonner, ce que l'autorité générale atteste, vous n'entrerez, point dans mon royaume.
Se défier de soi , de sa raison , n'est-ce pas; le principe de toute sagesse dans les jugemens comme dans la conduite? Et admirez l'analogie des vérités diverses qu'enseigne le christianisme , l'accord de ses dogmes avec ses préceptes. Que recommande-t-il davantage que le détachement de soi-même , le renoncement à son propre esprit, pour se pénétrer de l'esprit de Dieu , qui renferme toute vérité ? Ainsi , plus la raison se méprise elle-même , plus elle se soumet , plus elle obéit , plus aussi la vérité lui est manifestée , plus Dieu s'approche d'elle et s'unit à elle : et les communications du Créateur avec sa créature , les avertissemens célestes, les révélations qui transportent l'âme dans un ordre de connoissances supérieures à celles de la vie présente, sont toujours accordés à la foi la plus simple ou à la plus grande humilité.
La mort même n'interrompt point cette loi