‹ OEuvres complètes de F. de la Mennais (volume 4)Chapitre 69 sur 89 · XC AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

XC AVERTISSEMENT

cessairement imparfait , pût éviter le sort de ces esprits superbes, si réellement il possédoit l'infaillibilité. Sa nature fléchiroit sous le poids de cette divine prérogative.

Mais veut-on voir tout ensemble et la force de la raison particulière et ses limites, que Ton considère Bossu et , Descartes , Malebranche , Fénelon, Pascal , pénétrant dans les profondeurs des dogmes chrétiens, et recueillant, pour ainsi dire , tous les rayons qui s'échappent de leur sainte obscurité, afin qu'ainsi réunis ils pussent frapper les yeux les plus foibles. Quelle rigueur de raisonnement I quelle fécondité ! quelle sublimité de vues ! Est-il rien qui montre davantage la grandeur de l'esprit humain? Et cependant ces puissans génies ne s'appuyoient que sur la foi, pour s'élever à cette hauteur qui nous étonne ; et l'autorité , leur juge et leur règle , les assuroit seule qu'ils ne s'égaroient pas dans l'espace immense en croyant s'approcher de la source de la lumière, et qu'en développant les conséquences de vérités certaines ^ en cherchant les rapports qui les unissent , ils ne s'écartoient point , à leur

AVEUTÏSSKMENT. CXI

insu, de ces vérités. Car, du reste, tous pouvoient se tromper, et il n'est pas un d'eux qui ne se soit en effet trompé bien des fois , et n'est-ce pas Bossuet qui a dit de lui-même : c( A peine crois-je voir ce que je vois, et tenir » ce que je tiens, tant j'ai trouvé souvent ma » raison fautive (1) ! » Après cela nous pouvons tous, je pense, faire le même aveu sans rougir. Il nous reste à rendre compte de cette nouvelle édition de notre ouvrage. On s'est plaint qu'il manquoit quelquefois de développemens nécessaires, et nous sommes déjà convenus, dans notre Défense , de la justice de ce reproche. Nous avions trop abrégé ce qui devoit être traité avec plus d'étendue , et la clarté en a souffert. Pour réparer , autant qu'il est en nous, ce défaut très réel, nous avons étendu le texte en beaucoup d'endroits , et ajouté un grand nombre de notes , soit pour éclaircir ce qui a paru obscur , soit pour montrer, par des passages des Pères et d'autres écrivains anciens, que notre doctrine n'est pas aussi nou-

(1) Sermon pour la fête de Tous les Saints; tom. I, pag. 70, édit. de Versailles.

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