TOME
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gerit, aussi bien que comme être physique (1)? Donc la pensée , donc la vérité , donc la parole , nécessaire au moins pour communiquer la pensée et transmettre la vérité , noble héritage de vie substitué à toutes les générations humaines ; et cette première révélation, en expliquant notre existence , incompréhensible sans elle , explique encore notre intelligence , et nous en montre le fondement dans les vérités essentielles reçues à Torigine , et invinciblement crues sur le témoignage de Dieu, dont l'autorité devient aussi la base de la certitude , et la raison de notre raison.
Dieu ne dira pas tout à l'homme , mais il lui dira tout ce qu'il est nécessaire qu'il sache, et qu'il ne peut apprendre que de lui. Il lui révèle d'abord son être , sans quoi la pensée comme la parole seroient impossibles ; il lui révèle les rapports qui existent entre lui et Dieu, entre lui et ses semblables, parce qu'il doit vivre en société avec Dieu et avec ses semblables , et qu'il ne peut même vivre que dans cette société ; et
(1) Or ne réfléchit pas assez à la multitude de choses qu'il est indispensable que nous connoissions pour nous conserver, et que par conséquent Dieu a dû révéler au premier homme. La raison n'aperçoit rien plus clairement que la nécessité de cette révélation primitive, et il n'est point non plus de tradition plus universelle. Tout ce que nous recevons de nos parens et de l'éducation , les auteurs de la race humaine l'ont reçu immédiatement du Créateur, et cela ne pouvoit pas être autrement. « Nous apprenons en effet par les écrits » de Moïse , dit Origéne , que les premiers hommes conversoient fa- » milièrement avec Dieu , et qu'il leur envoyoit souvent ses anges. » Il étoit de la bonté et même de la justice de Dieu , de veiller spé- » cialement à la sûreté de l'homme , jusqu'à ce que l'invention des » arts et les progrès des conuoissances l'eussent mis en état de se » défendre lui-même , et de n'avoir plus besoin du secours des mi-, » nislrcsdu cie'. » Origen. conlr. Cc/s.,lib. IV, n. 80.
l'on voit ici la raison de ce mot profond de l'Evangile : Cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa justice ^ et le reste vous sera donné par surcroît (1). Le royaume de Dieu , c'est la société des intelligences dont il est le monarque; et sa justice, c'est l'ordre ou la réalisation de la vérité. Voilà V unique nécessaire (2). Le reste ^ qui n'a de rapport qu'aux organes et à un point imperceptible de notre existence , nous est donné par surcroît. Peu digne d'occuper la pensée, «t moins encore de fixer l'amour d'une créature qui eonnoît et contemple Dieu, le monde physique marche sans notre concours, et pourvoit à nos besoins selon des lois invariables; comme si le Tout-Puissant lui eût défendu de troubler dans ses hautes fonctions l'être qu'il fit à son image; et telle est la grandeur de l'homme , que l'univers tout entier a été livré, comme un jouet, à sa dispute (3).
Mais la vérité, mais Dieu ne s'est pas révélé à l'homme , seulement pour être l'objet d'une stérile contemplation. Actif par sa nature, et assiijetti à des devoirs comme être social , si l'homme eonnoît c'est pour agir, par conséquent pour aimer; car Tamour est le principe naturel d'action. La vérité naît dans l'entendement par la parole; mais une fois connue, elle produit l'amour , qui détermine les actes par lesquels nous concourons librement au maintien de
(1) Quœrite er^o primùm regnum Dei , et justitiam ejus; et haec omnia adjicientiir vobis. Mallh. VI, 33.
(2) Porrô unum est necessarium. Luc. X, 42.
(3) Mundum tradidit dispulationi eorum. Eccles., III, 11.
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l'ordre de la société établi entre Dieu et nous , entre nous et les autres hommes. Il y a donc des vérités ou une loi morale écrite dans le cœur; vérités qu'on appelle de sentiment, non qu'il en soit le principe , mais parce qu'il en est l'effet, parce qu'elles sont tout ensemble, et par une sorte d'union substantielle, lumière dans l'esprit et amour dans le cœur. Toutes les vérités qui doivent régler immédiatement la conduite sont de cette classe; donc les vérités sociales : et rien que les vérités sociales ; les erreurs opposées sont aussi dans le cœur, qu'elles dépravent par la haine , principe de désordre et de destruction.
Ne nous étonnons donc pas que le sentiment de la Divinité, du bien et du mal, du juste et de l'injuste , se retrouve chez tous les peuples. Ils n'ont pu exister comme peuples, et l'homme même ne peut exister comme être moral et intelligent, sans connoître Dieu, par conséquent sans l'aimer comme bon, ou sans le craindre comme puissant; et cette crainte et cet amour ont dû nécessairement se manifester par une action sociale, ou par le culte, dont le sacrifice est l'essence. Mais l'homme foible et dégradé, craignant plus la , puissance qu'il n'aime une bonté qui n'est que la justice, se jette naturellement du côté de la crainte, fondement des religions fausses, comme l'amour l'est de la vraie religion. De là deux grands sacrifices, celui de l'extrême crainte , qui se manifeste par l'immolation de l'homme , et celui de l'amour extrême , qui se manifeste par l'immolation de Dieu. Et c'est Une observation digne d'être méditée profondément.
que toute vraie religion, comme toute société véritable, repose sur le dévouement ou le sacriflce volontaire de l'être puissant à l'être foible. Le dirai-je : Il prendra f pour le servir, la forme d'un esclave y et, s'il le faut, se rendra, pour le sauver , obéissant jusqu'à la mort y et la mort de la croix (1) î
Nous avons vu que la vérité est la vie de notre intelligence ; qu'elle ne peut dès lors exister qu'unie à Dieu, vérité suprême, et que la parole est le lien, le médiateur de cette union. Révélées par la parole, les vérités nécessaires et la pensée même se conservent et se transmettent également par la parole : trop puissantes pour négocier avec une raison qui naît , elles entrent dans l'esprit en souveraines ; et certes il suffit de regarder autour de soi pour reconnoître que le monde morale ne subsiste que par l'autorité, moyen universel de connoissance, de société, de vie. Comme Dieu parla au premier père, le père parle à l'enfant, et l'enfant croit au témoignage du père, comme le père originairement a cru au témoignage de Dieu; et ici encore il y a union, société, parce qu'il y a connoissance , amour des mêmes vérités , et soumission à l'ordre qui en dérive. Ainsi, et toujours selon la même loi, se forme la raison de la famille, la raison des peuples , la raison du genre humain, dont le témoignage devient l'infaillible garantie de la pureté des traditions primitives qu'il conserve, et qu'il
(1) Qui cùm in forma Dei esset Semetipsum exinanivit formam
servi accipiens factus obediens usqiie ad mortera, mortem aiitem
crucis. Ep. ad Philip. Il, G-8.
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ne pourroit perdre, sans perdre en même temps la
parole, la pensée, la vie.
L'homme ne subsiste qu'en obéissant aux lois physiques, morales et intellectuelles qui dérivent de sa nature : donc il faut que ces lois aient toujours été connues. Comment sa raison seule les découvriroitelle , puisqu'elles forment elles-mêmes sa raison , et qu'elle ne commence d'exister que lorsqu'elle commence à les connoître, lorsque la parole ou le témoignage les lui a révélées? et ce que nous disons des lois générales, communes à tous les hommes, s'applique aux lois particulières, politiques et civiles. L'autorité est donc tout ensemble l'unique fondement de vérité , et l'unique moyen d'ordre ou de bonheur. L'obéissance de l'esprit à l'autorité s'appelle /(>/,• l'obéissance de la volonté, verlu: toute société est dans ces deux choses. Ainsi le genre humain, comme l'enfant et plus que l'enfant, a sa foi, qui est toute sa raison; et il a sa conscience, ou le sentiment, l'amour des vérités sociales qu'il connoît par la foi; et la foi au témoignage du genre humain est la plus haute certitude de l'homme, comme la foi au témoignage de Dieu est la certitude du genre humain.
Hors de là il n'existe qu'un doute universel et tellement destructif de la raison, que quiconque rejetteroit de son esprit les vérités incompréhensibles que la foi seule y conserve, et qui lui ont été révélées par la parole , seroit contraint de renoncer à la parole même, qu'il ne connoît que par le témoignage, et dont il ne peut user que par la foi; contraint par
conséquent de renoncer à toutes ses idées, à tou(es ses croyances : et qu'est-ce que cela , sinon la mort complète de l'homme? Car, point de vérité, point d'amour, point d'action; donc la mort: voilà pourquoi les anges de ténèbres mêmes , forcés de rentrer par le châtiment dans l'ordre qu'ils troublèrent par leur crime , croient , parce qu'il faut qu'ils vivent , credunt et contremùcunl (1).
Cependant il se rencontrera, je ne sais dans quelle basse région de l'intelligence , et comme sur les confins du néant, quelques misérables esprits, tristement fiers d'errer au hasard dans ces solitudes désolées, et à qui un stupide orgueil persuadera que, faits pour régner sur Dieu même , ils ne doivent entrer qu'en conquérans dans le royaume de la vérité. Nous ne croirons, disent-ils, que ce que notre raison comprendra : insensés î qui ne comprennent même pas que le premier acte de la raison est nécessairement un acte de foi , et qu'aucun être créé , s'il ne commençoit par dire je croû, ne pourroit jamais dire je suis.
Est-il donc si difficile de l'entendre? Otez la foi, tout meurt; elle est l'âme de la société, et le fonds de la vie humaine (2). Si le laboureur cultive et en-
[i] Ep.Jac. Il, 19.
(2) « Vous ne prenez pas garde , dit Théophile d'Antioche dans » son Apologie adressée à Autolyque, que la foi dirige et précède » nécessairement toutes nos actions. » Apol, lib. I , n. 8. Les anciens Pères ont beaucoup insisté sur cette observation , en effet très importante. Fid. Euseb. , Prœpar. Evangil. , lib. I , c. v, p. 15 t. 16. Origen. conlr. Cels., lib. I, n. 9 el seq. Cyril. Hyerosol. catech.