SUIT
(2) Ihid., liv. III, chap. v, pag. 472.
(3) Ihid., liv. II , chap. xiii, pag. 337.
EN MATiÈRE DE RELIGION. 179
» les maximes les mieux établies de la vie commune. » — Voudriez-vous qu'il pensât pour lui-même ? Vou- » driez-vous qu'il entreprît d'examiner et de décider )) les controverses des savans? Voudriez-vous qu'il » entrât dans les profondeurs de la critique , de la » logique et de la théologie scolastique? Autant vauy) droit le charger de calculer une éclipse, ou de » décider entre la philosophie de Descartes et celle de » Newton. J'irai plus loin; j'oserai dire que plus » d'hommes sont capables d'entendre , à un certain » degré, la philosophie de Newton, que de former un » jugement quelconque sur les questions abstruses de » la métaphysique et de la théologie (1). » Or voici quelques-unes de ces questions abstruses ^ sur lesquelles la plupart des hommes ne sauroient former aucun jugement. (( Le Christ est-il, ou non, descendu du ciel? » Est-il mort , ou n'est-il pas mort pour les péchés du
(1) The opinions of the people are and inust be founded more on authority than reason. Their parents, their teachers, their gouvernors, in a great measure, détermine for them, what they are to believe and what to practise. The same doctrines, uniformly taught, the same rites constantly performed, make such an impression on their minds, that they hesitatc as little in admitting the articles of their faith, as in receiving the most established maxims of common life. — Would you hâve them (the people) thinck for themselves ? Would you bave them hear and décide the controyersies of the learned? Would you bave them enter intothedephtsof crificism,oflogic,' of scholastic divinity? You might as well expect them to compute an éclipse, or décide between the Cartesian and Newtonian philosophy. Nay I will go farther : for I take upon myself to say, there are more men capable , in some compétent degree , of understanding Newton's philosophy, thanof forming anyjudgment at ail concerning the abstruser questions in metaphysic and theology. Discourses on varions subjects, bv T. Balguy, D. D. p. 557.
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» monde? A-t-il, ou non, envoyé son Saint-Esprit » pour nous assister et nous consoler (1)? » Qui ne reconuoît ici les principales bases du christianisme, les dogmes sans lesquels on ne le peut concevoir? Et voilà ce dont le peuple est incapable de juger^ même avec le secours de l'Ecriture ; car écoutez ce qu'ajoute le docteur Balguy : (c Ouvrez vos Bibles : prenez la » première page qui s'offrira, soit de l'ancien, soit du » nouveau Testament , et répondez avec franchise : » n'y trouvez-vous rien qui soit au-dessus de votre » intelligence? Si tout y est pour vous clair et aisé ^ » vous pouvez rendre grâce à Dieu de vous avoir donné » un privilège qu'il a refusé à des milliers de sincères » croyans (2). »
Pour combattre les dissidens, il faut qu'il renonce au principe fondamental du protestantisme. (( Depuis » long-temps ils tiennent, dit-il, que l'Ecriture est » la règle pour discerner ce que prescrit la rehgion, » et que l'autorité humaine doit être entièrement » excluse. Leurs ancêtres n'auroient pas été, je crois, » médiocrement embarrassés avec leur maxime, s'ils » n'avoient possédé un talent singulier pour voir dans » l'Écriture ce qu'ils avoient envie d'y voir. Presque
(1) Whether Christ dit, or did not corne down from heaven? Whetherhe died, or did not die, for the sins of the world ? Whether he sent his holy spirit to assist and comfort us , or whether he did not sendhim. Discourses on varions stibjects yhjl.Bal^uj, D. D. p. 257.
(2) Open your Bibles : take the first page that occiirs in either Testament, and tell me, without disguise, is there nothing in it too hard for yom* understanding ? If you find ail before you clear and casy, youmay thank God for giving you a privilège which hehas deniedlo many thousand of sincère believers. Ibid., pag. 133.
)) toutes les sectes y trouvoientleur forme particulière » du gouvernement ecclésiastique; et tandis qu'elles n ne faisoient que réaliser leurs imaginations , elles » croyoient exécuter les ordres du ciel (1). »
Ainsi, dès qu'on adopte la voie d'examen, quelques esprits inquiets se font une religion selon leurs caprices; et le peuple suit au hasard le premier qui l'appelle.
Cependant, loin de sortir de cette voie absurde, impossible, ridicule^ la Réforme ne cesse de répéter à ses disciples : (( Sondez les Écritures , examinez ^ réfléchis- » seZy jugez vous-mêmes de ce que je dis (2), ne vous » laissez imposer par aucune autorité, ni par les Pères, » ni par les conciles, ni par vos aïeux, ni par les ré- » formateurs même, imparfaits com^me vousj, faillibles » comme vouSj, ni par leur Confession de foi et leurs » synodes (3) ; quand il s'agit de soi y de ses réflexions^ » de son jugement , de sa propre responsabilité , que » signifie ce respect irréfléchi pour V antiquité (4) ? »
(1) It has long been held among them that Scripture only is the rule and test of ail religions ordinancesjand that human authority is to be altogether excluded. Their anceslors, I believe, would bave been note a little embarrassed with their own maxim, if they had not possessed a singular talent of seeing eyery thing in Scripture which they had a mind to see. Almostevery sect could find there ils own peculiar form of Churchgovernment ; and wbile they enforced only their own imaginations, they believed themselves to be executing the decrees of hearen. Discourses, etc., pag. 126.
(2) Causes qui retardent, chez les Réformés , les progrès de la théologie. Par M. Chenevière , pasteur et professeur de théologie dans l'académie de Genève. 1819.
(3) Ibid., pag. 24 et suiy.
(4) Ibid., pag. 32.
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Tel est le langage de la Réforme. Mais considérez la suite : à peine a-t-elle déféré à la raison individuelle le jugement de tous les devoirs, que la religion, perdant son caractère de la loi, n'est plus à ses yeux qu'une science (1) toujours susceptible de perfectionnement ^ et sujette à toutes les réformes que le bon sens et le talent opèrent (2). Dès lors il lui faut reconnoître que la religion, ainsi conçue, est hors de la portée de la plupart des hommes (3), et condamner J.-C. , dont les enseignemens s'adressoient à tout le peuple sans distinction , en s'élevant contre les théologiens qui se font des partisans dans les classes les moins instruites et parmi des gens incapables de juger, et veulent faire prendre parti ^ sur des doctrines qui touchent à des abîmes^ le simple artisan , l'homme non
(1) La science substituée à la foi, voilà le principe de toute erreur; ^t l'hérésie ne fait autre chose que répéter aux hommes les paroles du tentateur : « Vous serez comme des dieux, sachant ; Eritis sicut » dii, scienteSé »
(2) Causes qui retardent, chez les Réformés , les progrès de la théologie, pag. 29 et 41 .
(3) Un évêque anglican , le D' Wasson , s'adressant à son clergé , confesse ingénument qu'il ne lui est pas aisé de dire quelle est la vraie doctrine chrétienne ; il n'en sait rien , non plus quel'Eglise : et tout ce qu'il semble craindre, c'est que les pasteurs qu'il doit diriger s'imaginent en savoir davantage. Ses paroles méritent d'être citées : « Je crois plus sûr de vous dire où la doctrine chrétienne est conte- » nue, que ce qu'elle est. Elle est contenue dans la Bible; et si, en » lisant ce livre, vos sentimens concernant les doctrines du christia- », nisme différoient de ceux de votre voisin, ou de ceux de l'Église, ». soyez persuadé, de votre côté, que l'infaillibilité vous appartient » aussi peu qu'à l'Eglise.» — »/ thinck it safer to tell youwhere » thcy are conlained (the Christian doctrines), Ihan whal they are. » They are contained in the Bible, and if, in reading that book, your ai smliments concerning the doctrines of chrislianity shouldbc diffe-
kUré, lesquels répètent des mots quils ne peuvent comprendre (1).
Qu'ajouter à ces aveux, et que pourrions - nous dire de plus fort pour montrer l'impuissance où est la raison de conduire les hommes à la connoissance certaine de la vraie religion et de la véritable Eglise? Et qu'on ne s'étonne pas d'entendre la Réforme parler ainsi. Les novateurs, en se séparant de l'Eglise catholique, dévoient nécessairement nier toute autorité spirituelle, et, par une conséquence immédiate, fonder leur foi sur la discussion, ou soumettre la loi divine au jugement de chaque individu. Aussitôt les opinions se multipliant à l'infini, et les plus doctes ne pouvant convenir entre eux d'aucun symbole, il devenoit évident qu'au milieu de tant de disputes et de ténèbres, le peuple, incapable d'examiner, l'étoit également de juger, ou, en d'autres termes , que la religion étoit inaccessible au peuple : terrible mais inévitable conséquence du système des déistes et des protestans.
Il résulte de ce qui précède , que la raison individuelle, abandonnée à elle-même, va nécessairement s'éteindre dans le scepticisme absolu; que les plus forts esprits ont, dans tous les siècles, unanimement reconnu son impuissance, et l'mpossibilité d'arriver par
» rent of thosc of your ncighbour, or from those of Ihe Church , be » persuaded, on your part , ihat infallihility apparlains as Utile » to you, as il does lo the Church. » Bishop Watson's charge to his elergy, in 1795.
(1) Causes qui relardent , chez les Réformés, eiQ. Par M. Chene- YJère, pasteur, etc., pag. 60 et 51.
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elle à aucune certitude sur les objets qui nous intéressent le plus; que ceux mêmes qui soumettent la religion à son jugement avouent qu'elle n'est propre qu'à créer des doutes, comme le démontre d'ailleurs l'expérience universelle, et confessent en outre que le peuple est incapable de juger : d'où il suit que la voie de raisonnement, d'examen ou de discussion, absurde, impossible, ridicule ^ selon Jurieu et selon Rousseau lui-même, qui fait en d'autres termes le même aveu, n'est pas le moyen général offert aux hommes pour discerner avec certitude la vraie religion.
Nous ne craignons pas de le dire , on ne répondra point aux preuves sur lesquelles nous avons établi cette vérité. Mais on les contesteroit toutes, que la question seroit encore péremptoirement décidée par le témoignage du genre humain. Quel peuple pensa jamais que la religion fut soumise au jugement de chaque homme? qu'on pût légitimement mettre en doute ses dogmes et ses préceptes? Citez une religion qui ne repose pas, dans l'opinion de ses sectateurs, sur une révélation divine, et par conséquent sur une autorité à laquelle la raison humaine doit se soumettre ; une religion où l'on ne dise pas je crois avant d'avoir conçu, avant d'avoir examiné ; une religion qui se propage et se conserve par d'autres moyens qu'un enseignement positif (1 ), lequel détermine les croyances du peuple ? Cet enseignement existe dans les sectes les
(i) Le culte des dieux, dit Séncque, est réglé par des lois : Quomodo sint dii colendi, solet prœcipi. Ep. 95.
plus indépendantes, sans quoi elles n'auroient pu se former ; il y existe tant qu'elles durent : et quand le principe contraire vient à prédominer, toute religion cesse, comme on le voit aujourd'hui parmi les protestaus.
Accuserez -vous d'erreur toutes les nations et tous les siècles? Direz -vous au genre humain : Tu t'es perpétuellement trompé depuis ton origine ? Alors ne cherchez plus la vraie religion , déclarez qu'elle n'existe point, ou qu'il est impossible de la reconnoître ; déclarez que la raison , à qui vous en appelez , n'est qu'un mot ; qu'on ne peut en croire ni celle de tous les peuples , ni , bien moins encore , la sienne même ; niez Dieu , niez l'homme et les rapports qui les unissent, ou plutôt taisez-vous : qui rejette la raison , n'a pas même le droit de nier ; il ne lui reste que le doute. Le doute seul donc vous appartient ; jouissez-en , épaississez ses ténèbres autour de votre intelhgence repoussée loin de tout ce qui est, et que, reléguée en elle-même, s'interrogeant en vain sur sa propre vie , elle s'endorme de lassitude entre Dieu qu'elle a perdu et le néant qu'elle ne sauroit retrouver.
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