PRÉFACE. XVII
tous la connoissent sans avoir eu besoin de l'étudier : tous^ et même ceux qui la nient, prouvent sa nécessité, en réglant sur elle leur conduite. A quoi se réduit-elle en effet? à ces deux points :
I. Tous les hommes croient invinciblement mille et mille choses, et par conséquent cette foi invincible est dans leur nature. C'est un fait dont personne ne doute ni n'a le pouvoir de douter; et tout ce que l'universalité des hommes croit invinciblement , est vrai relativement à la raison humaine , et doit être tenu pour certain, sans quoi nulle certitude ne seroit possible.
II. Tous les hommes ont effectivement un penchant naturel à tenir pour certain ce qui est cru ou attesté comme vrai généralement, et ils déclarent fou quiconque nie ce qui est attesté de la sorte. Le consentement commun est donc, au jugement de tous les hommes, la marque de la vérité ou la règle de la raison particulière.
Ainsi nous combattoms le sens privé des philosophes , des déistes çt des athées , par le
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sens commun des hommes, ou l'autorité du genre humain, comme nous combattons le sens privé des hérétiques par le sens commun des chrétiens (1), ou par l'autorité de l'Église.
En un mot, nous soutenons qu'en toutes choses et toujours, ce qui est conforme au sens commun est vrai , ce qui lui est opposé est faux; que la raison individuelle, le sens particulier peut errer , mais que la raison générale , le sens commun est à l'abri de l'erreur ; et l'on ne sauroit supposer le contraire , sans faire violence au langage même , ou à la raison humaine , dont le langage est l'expression.
Cette doctrine a paru tout à fait étrange dans notre siècle ; on s'est beaucoup moqué de la raison générale, très oubliée en effet depuis long-temps. Quelques personnes même se sont crues obligées en conscience de protester conte cette nouveauté suspecte qu'on appelle le sens commun. Nous respectons infi-
(1) Quod uhique, quod semper, quod ah omnibus creditum est. Vincenlii Lirincnsis Commonitorium , cap. II.