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cependant tous ces hommes se contredisent réciproquement, tous se donnent le démenti les uns aux autres, en vertu de leur raison même , et dans les choses les plus importantes. A présent , qui croire ? à qui entendre? qui a raison? qui a tort? Tout cela prouve-t-il beaucoup en faveur de notre raison individuelle? tout cela nous la montre-t-il comme un guide bien sûr , comme une règle bien infaillible ? tout cela justifie-t-il beaucoup le titre pompeux de temple de la raison que nous avons donné par supposition à une pareille assemblée ?
Mais je vais trop loin : car vous allez sans doute , entrant vous-même dans le temple auguste de cette moderne divinité , les mettre tous d'accord en leur enseignant cet art d'infaillibilité qui est contenu dans les œuvres de Descartes, de Leibnitz, de Malebranche , etc. Il me semble donc vous voir commençant par le sceptique, lui tenir à peu près ce langage : Vous avez raison de repousser la doctrine de M. de La Mennais, et de vous en rapporter à votre raison seule, parce qu'elle est réellement infaillible ; mais vous avez tort de conclure , même en vertu des contradictions que vous venez d'entendre , que notre raison ne peut rien savoir de certain, et que la vérité et l'erreur , s'il y en a , sont à jamais confondues dans le même doute et la même incertitude : car voici MM. Descartes, Leibnitz, Malebranche, Euler, d' Aguesseau , qui vous assurent que , si vous faites bien exactement tout ce qu'ils vous disent, vous serez sûrs de la vérité.
Mais, pourra-t-il vous répondre, qui êtes-vous pour oser me dire que je me trompe ? D'où vient à votre raison le privilège d'être plus infaillible que la mienne ? Ne pourroit-il pas se faire que nous ayons autant raison ou autant tort l'un que l'autre ? Et puis que sont votre Descartes, votre Leibnitz, votre Malebranche , votre Euler , votre d' Aguesseau , pour que vous me les donniez pour maîtres? De quel droit prétendez-vous me dépouiller de mon infaillibilité légitime, pour les en investir eux seuls, comme les despotes de la métaphysique ? Ma raison n'est-elle pas aussi individuelle que la leur ?
Toutefois, je veux bien , par excès de condescendance, examiner ce qu'ils disent. Voyons donc quels sont leurs principes , et sur quoi ils les appuient. Descartes m'assure que tout ce que je conçois clairement et distinctement est vrai. Leibnitz fait entendre , au contraire, que cette perception claire et distincte ne suffit point, mais qu'il faut encore réduire les vérités de fait à leurs perceptions immédiates , les confronter les unes avec les autres, ainsi qu'avec les vérités de raison , et les véritésMe raison aux règles de la logique. Malebranche pose un autre principe, d'Aguesseau encore un autre. Maintenant, ô vous qui me donnez ces hommes comme des docteurs irréfragables, dites-moi, lequel faut-il que j'écoute? Est-ce Descartes? Est-ce Leibnitz? Est-ce Malebranche? Est-ce Euler? Est-ce d'Aguesseau? Est-ce tous à la fois? Mais ils ne sont pas d'accord entre eux. Est-ce un seul de préférence aux autres ? Mais pour-
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quoi celui-ci plutôt que celui-là? donnez-m'en une raison sans réplique.
Mais voyons enfin ce que ces maîtres eux-mêmes pensent de leurs principes fondamentaux. D'un commun accord ils avouent que l'homme ne peut parvenir à la certitude d'aucune vérité , ni eux par conséquent à la certitude de leurs premiers principes , sans s'être assurés auparavant de l'existence d'un Dieu. Hac enim re ignorata ^ dit Descartes , non vtdeor de ulla alla plane certus esse unquam posse. Et avec raison ; car s'il n'y a point de Dieu , ou si c'est un Dieu qui puisse me tromper, comme le mauvais principe des manichéens , qui m'assurera que ma perception la plus claire et la plus distincte n'est pas un jeu du hasard, ou une illusion du dieu de mensonge ? Mais si , d'après vos maîtres, il n'est aucun principe certain , que l'existence et la véracité de Dieu ne soient prouvées auparavant, sur quel principe s'appuieront-ils pour prouver que ce Dieu de vérité existe? Ce sera nécessairement sur un principe douteux et qui a lui-même besoin de preuves : par conséquent ils ne prouveront rien, et la vérité de leurs principes et l'existence de Dieu restent dans le même doute et la même incertitude.
Direz-vous que ce sont là de ces premiers principes , de ces axiomes si clairs , qu'ils ne peuvent être prouvés et qu'il faut les admettre de foi, si on veut qu'aucun raisonnement soit possible : mais comment alors osez-vous combattre l'auteur de VEssai^ et m'assurer, malgré lui, que ma raison, même isolée, est infaillible ; puisque enfin, d'après vous , comme d'après
lui, pour que cette pauvre raison subsiste il faut que je l'appuie sur la /b(, la nécessité de croire ? Ensuite, s'il me plaisoit de ne pas admettre , de foi et sans preuves, vos premiers principes , malgré ce que vous appelez leur évidence, qu'auriez-vous à me répondre? Ne série z-vous pas réduits à me dire , comme M. de La Mennais, que je suis fou, parce que je ne pense pas comme les gens raisonnables ? Mais je ne serai pas si difficile : je veux au contraire pousser la complaisance jusqu'au bout , et supposer , pour vous faire plaisir , que le principe fondamental de chacun de vos philosophes est certain et indubitable ; en serai-je plus avancé ? ne faudra-t-il pas de plus une règle certaine pour être assuré que j'ai bien appliqué ce principe? Par exemple : Tout ce que je perçois clairement et distinctement est vrai, dit Descartes; mais tous ces hommes que vous avez entendus se contredire les uns les autres, croient tous voir clairement et distinctement ce qu'ils disent. Direz-vous pour cela que tout ce qu'ils conçoivent est vrai , bien que contradictoire ?
Ah ! il me semble qu'avec toutes vos règles de certitude vous n'avez fait que multiplier mes incertitudes : incertitude si je dois suivre la doctrine de personne ; incertitude de qui je dois embrasser les principes ; incertitude de ces principes en eux-mêmes; incertitude dans l'application de ces mêmes principes, supposés certains par la nécessité d'y croire.
Voilà, entre autres choses, ce que le sceptique pourroit vous répliquer : et je ne vois pas ce que vous auriez à lui répondre.
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Voyons maintement comment, avec la doctrine de M. de La Mennais, on peut, sans partir d'aucun principe incertain , sans s'embarrasser dans un cercle vicieux, réduire au silence, ou ramener à l'unité de la foi y le sceptique , l'athée , enfin tous ceux que nous voyons se contredire en vertu de leur raison individuelle.
Commençant comme vous par le sceptique , je lui dirai : Toutes les religions vous sont indifférentes , vous n'en croyez ni n'en pratiquez aucune ; vous les regardez toutes comme également incertaines, parce qu'enfin, selon vous, il n'y a aucun moyen certain de s'assurer de quoi que ce soit au monde. Voilà la grande raison, si ce n'est pas l'unique, que vous donnez de votre indifférence et de votre inertie. Mais si, comme vous l'assurez , tout est confondu dans une éternelle incertitude, d'où vient donc que vous dites à telle ou telle personne , mon père ou ma mère; à telle autre, mon oncle ou ma tante? D'où vient que vous les honorez avec tant de piété , que vous les aimez avec tant d'affection , que vous les écoutez avec tant de soumission pendant leur vie ? D'où vient qu'après leur mort vous vous appropriez leurs biens et leurs titres? Si tout est également incertain , comme vous le dites, il me semble que ces biens et ces titres ne vous appartiennent pas plus qu'à tout autre, et que le plus fort peut s'en emparer légitimement.
Pour me répondre, irez-vous m'exhiber votre acte de naissance , signé de deux témoins et homologué par la notoriété publique, par lequel il conste que
VOUS êtes enfant légitime de telle ou telle personne , que par conséquent vous avez droit à leur succession? Je vous avoue que , sans attendre la sentence des tribunaux, je me tiendrai pour bien et dûment débouté de ma prétention à être votre cohéritier ; mais vous aussi vous perdrez par le fait même le droit de vous dire sceptique, le droit de prétendre que tout est également incertain , puisque vous trouvez assez de certitude dans un acte signé de deux témoins et non contesté par l'autorité du public, pour fonder sur cela vos affections les plus chères , vos devoirs les plus saints, vos droits les plus légitimes. Et non seulement je ne vous blâme point de régler sur ce fondement toute votre vie, mais je reconnois que vous ne pouvez pas faire autrement , que cela est absolument nécessaire, que sans cette foi, sans cette croyance au témoignage, il n'y a plus de parenté, d'amitié, de droit, de justice, de société possible parmi les hommes, et que la destruction du genre humain est inévitable.
« Oui, ôtez la foi, tout meurt; elle est Tâme de la » société et le fond de la vie humaine. Si le laboureur » cultive et ensemence la terre , si le navigateur tra- » verse l'océan, c'est qu'ils croient ; et ce n'est qu'en » vertu d'une croyance semblable que nous partici- » pons aux connoissances transmises, que nous usons » de la parole , des alimens même. On dit à l'enfant : » Mangez; et il mange. Qu'arriveroit-il , s'il exigeoit » qu'auparavant on lui prouvât qu'il mourra s'il ne » mange point? On dit à l'homme : Vous voulez aller » en un tel heu , suivez cette route. S'il refusoit de
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)) croire au témoignage , l'éternité entière s'écoule- » roit avant qu'il eût seulement acquis la certitude » rationnelle de l'existence du lieu oii il désire se ren- » dre. La pratique des arts et des métiers , les mé- » thodes d'enseignement, reposent sur la même base. » La science est d'abord pour nous une espèce de » dogme osbcur que nous ne parvenons ensuite à con- » cevoir plus ou moins, que parce que nous l'avons » premièrement admis sans le comprendre, que parce » que nous avons eu la foi. Qu'elle vienne à défaillir » un instant, le monde social s'arrêtera soudain : plus » de gouvernement, plus de lois, plus de transactions, » plus de commerce , plus de propriété , plus de jus- » tice; car tout cela ne subsiste que par l'autorité, » qu'à l'abri de la confiance que l'homme a dans la » parole de l'homme : confiance si naturelle , foi si » puissante, que nul ne parvint jamais à l'étouffer en- » tièrement; et celui-là même qui refuse de croire en » Dieu sur le témoignage du genre humain , n'hési- » tera point à envoyer son semblable à la mort sur le » témoignage de deux hommes ! Ainsi nous croyons, » et l'ordre se maintient dans la société; nous croyons, » et nos facultés se développent, notre raison s'éclaire » et se fortifie, notre corps même se conserve: nous » croyons et nous vivons ; et , forcés de croire pour » vivre un jour , nous nous étonnerons qu'il faille M croire aussi pour vivre éternellement (1)! » Voilà donc, non pas, comme dans la doctrine de
(1) Essai , tom. Il, pag. 87, 88, 89.
Descartes et de Leibnitz, un principe dont la vérité dépend de l'existence de Dieu que ce même principe sert à prouver, mais un fait incontestable, un fait indépendant de tout raisonnement , à l'abri de toute chicane ; la nécessité naturelle , invincible , oii sont tous les hommes, le sceptique comme les autres, de croire sur le témoignage général mille et mille choses prouvées ou non. C'est sur cette nécessité naturelle , invincible, comme sur un roc immuable, que M. de La Mennais, évitant le cercle vicieux où sont tombés les autres philosophes, élève, inébranlable à toutes les tempêtes, le majestueux édifice de la vérité. Il ne raisonne point contre le sceptique , il lui dit : Vous ne l'êtes pas; vous assurez de bouche que vous doutez de tout , et toutes vos actions , votre vie entière , donnent le démenti à vos paroles. Il dit à l'athée : Vous croirez en Dieu, ou vous renoncerez entièrement à la raison quelle qu'elle soit ; vous vous anéantirez comme être intelligent. Il lui dit : « En ne considérant que » l'homme, la plus grande autorité que nous puis- » sions concevoir est l'autorité du genre humain ^ M par conséquent elle renferme le plus haut degré » de certitude où il nous soit donné de parvenir. Si » donc il existoit une vérité universellement crue, » unanimement attestée par tous les hommes , dans » tous les siècles; vérité de fait, de sentiment, d'évi- » dence, de raisonnement, à laquelle ainsi toutes » nos facultés s'uniroient pour rendre hommage ; w cette vérité souveraine, manifestement investie » d'une puissance suprême sur notre entendement.
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» viendroit se placer en le te de toutes les autres » vérités dans la raison humaine. La nier, ce seroit » détruire la raison même. Quiconque en effet la nie- » roit, niant par là même le témoignage unanime » des sens, du sentiment et du raisonnement, ne » pourroit en aucun cas l'admettre , et seroit con- » traint de douter de sa propre existence , qu'il ne » connoît que par ces trois moyens. Encore est-ce » trop peu dire ; et si Ton a bien saisi les principes » exposés précédemment , il sera aisé de comprendre » que, la vérité dont il s'agit étant beaucoup plus » certaine que notre propre existence, puisqu'elle » est attestée par des témoignages beaucoup plus » nombreux , il y auroit incomparablement plus de » folie à en douter^ qu'à douter que nous existons.
» En définissant les caractères de cette vérité » sublime, universelle, absolue, j'ai nommé Dieu. » Avec quel ravissement , quels transports , ne de- » vons-nous pas voir cette magnifique et resplendis- » santé idée se lever tout à coup sur l'horizon du » monde intellectuel, enveloppé d'ombres épaisses, » et répandre la lumière et la vie jusque dans ses » profondeurs les plus reculées (1) ! »
En effet, tant que Dieu n'est pas reconnu, on ne voit la raison de rien , « l'univers n'est plus qu'une » grande illusion , un songe immense , et comme une » vague manifestation d'un doute infini. » Mais Celuiqui est y Dieu en un mot, étant reconnu et admis par une suite de la nécessité naturelle et invincible de
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(1) Essai, iom. Il . pag. 42, 43, 44.
croire , « tout change ; et Tunivers , expliqué par sa » volonté et sa toute puissance , s'attache , pour ainsi » dire, à sa cause, et s'affermit sur cette hase iné- » branlahle : on aperçoit clairement la raison première » de tous les effets et de toutes les existences ; et les » intelligences créés, remontant à leur source, se » rencontrent et se reconnoissent dans l'intelligence » éternelle d'où elles sont toutes émanées (1). »
On s'explique ainsi pourquoi l'homme est nécessairement forcé de croire ou d'obéir à l'autorité, qui n'est que la raison générale ; on conçoit que cette raison est nécessairement infaillible, et on trouve ainsi une règle certaine de vérité pour la raison individuelle.
Car on voit qu'en créant le premier homme , Dieu a dû lui donner « tout ce qui lui étoit nécessaire pour » se conserver et se perpétuer comme être intelligent » aussi-bien que comme être physique; donc la )) pensée, donc la vérité, donc la parole, nécessaire » au moins pour communiquer la pensée et trans- » mettre la vérité, noble héritage de vie substitué » à toutes les générations humaines : et cette première » révélation, en nous expliquant notre existence, » incompréhensible sans elle, explique encore notre » intelligence , et nous en montre le fondement dans » les vérités essentielles reçues à l'origine , et invin- )) ciblement crues sur le témoignage de Dieu, dont » l'autorité devient ainsi la base de la certitude , et » la raison de notre raison (2). »
(1) Essai, tom. II, pag. 76.
(2) Ibid, tora. II , pag. 81, 82.
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On voit que, comme Dieu communique et conserve maintenant la vie du corps par la société , il commu* nique et conserve de même par la société la vie de l'intelligence, la vérité; que, « comme Dieu parla au » premier père , le père parle à l'enfant , et l'enfant i) croit au témoignage du père comme le père origii) nairement a cru au témoignage de Dieu : et ici » encore il y a union, société, parce qu'il y a connois- » sance, amour des mêmes vérités, et soumission à » Tordre qui en dérive. Ainsi, et toujours selon la » même loi, se forme la raison de la famille, la raison » des peuples , la raison du genre humain , dont le » témoignage devient l'infaillible garantie des tradi- )) tions primitives qu'il conserve, et qu^il ne pourroit » perdre sans perdre en même temps la parole , la » pensée, la vie.
» L'autorité est donc tout ensemble l'unique fon- » dément de vérité, et l'unique moyen d'ordre ou de » bonheur. L'obéissance de l'esprit à l'autorité s'ap- » pelle foi ; l'obéissance de la volonté , vertu : toute » société est dans ces deux choses. Ainsi le genre hu- » main, comme l'enfant et plus que l'enfant, a sa foi, » qui est toute sa raison ; et il a sa conscience , ou le » sentiment, l'amour des vérités qu'il connoît par la )) foi : et la foi au témoignage du genre humain est la )) plus haute certitude de l'homme , comme la foi au )) témoignage de Dieu est la certitude du genre hu- » main (1). »
(1) Essai y tom. Il, pag. 86, 8G.
Comme personne n'a critiqué , que tout le monde , au contraire, a admiré les chapitres XIV et XV d'où j'ai tiré ces développemens de la doctrine de M. de La Mennais, je vous engage à les y lire vous-mêmes plus au long.
Je n'ajouterai plus qu'une remarque pour la consolation de certaines gens, qui, à ce qu'on assure, sont presque scandalisés de ce que M. de La Mennais soit le seul ou le premier qui ait découvert Tunique moyen de certitude; car je crois pouvoir les assurer qu'il n'est ni le seul ni le premier, et que long-temps avant lui un auteur bien célèbre a professé dans ses écrits et suivi dans sa conduite les mêmes principes. En effet, saint Augustin a fait un livre De V utilité de croire j qu'il auroit pu intituler aussi bien De la nécessité de croire^ dans lequel il établit les mêmes vérités et dans le même ordre que M. de La Mennais dans son deuxième volume : l'insuffisance de la raison , la nécessité de la foi, et sa certitude.
(( Rien n'est plus facile , commence-t-il par dire à son ami Honoratus^ non seulement de dire, mais encore de vous faire accroire qu'on a trouvé la vérité, tandis que c'est réellement une chose très difficile, comme j'espère vous le montrer par cet écrit. Vous savez, continue-t-il, que la seule cause qui m'éloigna de la foi catholique , comme d'une superstition , et nous fit donner tous deux dans le parti des manichéens, c'étoient les pompeuses promesses qu'ils nous faisoient de nous garantir de toute erreur, et de nous conduire à la vérité par la raison seule, sans nous imposer le joug
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effrayant de l'autorité. Mais, après les avoir écoutés avec beaucoup d'attention pendant neuf ans, je reconnus qu'ils étoient plus éloquens à disserter, chose facile, sur les erreurs de quelques catholiques ignorans, que capables d'établir eux-mêmes aucune vérité. Cela est si vrai que, quand, au milieu de leurs déclamations contre les catholiques, ils avançoient quelque principe de leur secte, nous nous persuadions que, faute de mieux, il falloit, par nécessité, nous en tenir là (1). ))
11 ajoute « qu'après avoir désespéré quelquefois avec les académiciens de jamais trouver cette vérité, objet de tous ses désirs, il y avoit été ramené par la foi, en faisant réflexion que l'intelligence de l'homme étoit trop pénétrante et trop active pour être condamnée à l'ignorer toujours; que, si elle n'y parvenoit point, c'étoit faute d'un moyen sûr, et enfin que , pour être certain , ce moyen devoit se fonder sur une autorité divine (2).»
Et, pour le prouver, il suit la même marche que M. de La Mennais ; il montre que les plus forts liens qui unissent les hommes entre eux , la piété filiale , la parenté, l'amitié, en un mot la société entière, se fondent sur la foi au témoignage , et que , si on ne vouloit croire que ce que la raison comprend, il n'y auroit plus de société possible (3). De là il conclut que la so-
(1) Oper.sancii Augustini tom. VIII, pag. 45, 46, 47, edit. Benedict.
(2) Ibid., page 37.
(3) /dtd., pag. 62 et 63.
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ciété des hommes, le genre humain, reposant tout entier sur la foi humaine , il étoit convenable et naturel que la société des chrétiens , l'Église , reposât sur la foi divine , et finalement que la foi étoit la seule voie sûre. « Car, dit-il (1), quelque esprit que nous ayons, si Dieu ne nous aide , nous rampons à terre ; et Dieu ne nous aidera qu'autant qu'en cherchant la vérité suprême nous ne nous isolerons point de la société des autres hommes : Cujusmodi enim lihet excellant ùigenia y nisi Deus adsù^ humï repuni. Tune autem adesty sisocietalïs Immanœ inDeum tendentibus curasit. Voilà, conclut-il , le moyen le plus sûr qui puisse se trouver. Pour moi , je ne puis résister à ces raisons ; car comment pourrois-je dire qu'il ne faut croire que ce que l'on comprend , puisqu'il n'y auroit aucune amitié ni aucun lien de parenté si on ne croyoit certaines choses qui ne peuvent être démontrées par la raison? »
Il est vrai qu'il dit dans le même livre : Quod inlelligimuSj, dehemus ralioni; quod eredimusy aucloriiati : c'est-à-dire : Ce que nous comprenons, nous le devons à la raison; ce que nous'^croyons, à l'autorité. Mais il ajoute aussitôt que celui-là même^qui comprend ne laisse pas de croire , comme les bienheureux qui croient à la vérité elle-même ; tandis que ceux qui l'aiment et la cherchent ici-bas croient à l'autorité : Invemmus primwnhealorum genus ipsiveritati credere; secundum aulem studwsorum amatorumque ventalts, auclontatt.
(i) Oper. sancli Augustini lom. VIII , pag. 60 et 6i, edit. Beneûiet.
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