‹ OEuvres complètes de F. de la Mennais (volume 5)Chapitre 50 sur 57 · LETTRE A M. LE RÉDACTEUR DU DÉFENSEUR · texte numérisé non relu

LETTRE A M. LE RÉDACTEUR DU DÉFENSEUR

Monsieur,

Ayant lu dans un des numéros du Défenseur que vous vouliez bien accueillir tout ce qui peut tendre à éclaircir les difficultés que l'on fait de toutes parts contre le deuxième volume de M. de La Mennais, je prends la liberté de vous envoyer aussi le résultat de mes réflexions sur cet ouvrage. Le déchaînement contre M. de La Mennais a été poussé à un tel point, que j'ai entendu dire que, si sa doctrine venoit à prévaloir, c'en étoit fait de la religion, de la société, et que le monde moral tomberoit infailliblement dans le chaos. On est allé même jusqu'à vouloir défendre la lecture de son livre aux jeunes gens. Ce qu'il y a de plus déplorable , c'est qu'on a entendu pousser ces cris, non seulement par des hommes que leur impiété bien connue trahit suffisamment, mais encore, chose étonnante ! par des hommes bien pensans, droits, et qui d'ailleurs ne manquent ni de connoissances ni d'esprit, et qui font profession de défendre la rehgion. C'est à ces derniers seulement qu'il faut s'adresser; ils n'ont besoin que d'être éclairés sur le véritable

sens de M. de La Mennais. Une fois détrompés, ils reviendront facilement de leurs préventions , et finiront par rendre justice à un ouvrage dont les principes ne pourroient être universellement méconnus sans que la religion et la société tout entière ne fussent ébranlées jusque dans leurs fondemens.

J'ai cru, Monsieur, qu'une analyse courte, simple et toute nue, pour ainsi dire, du premier chapitre, seroit le moyen le plus propre pour en faciliter l'intelligence, ainsi que du reste de l'ouvrage. M. de La Mennais, dans son premier volume, a poussé les ennemis de l'autorité, quels qu'ils soient, jusqu'à l'athéisme. C'est là qu'il les saisit dans son premier chapitre du deuxième volume, et les presse avec tant de vigueur qu'il les réduit à expirer dans le vide^ ou à consentir enfin à vivre de foi. La force de leurs principes les contraint à douter de tout , à douter d'euxmêmes; dernier excès où finit la raison humaine^ comme l'a dit M. de Bonald.

Celui qui ne veut rien croire que d'après sa raison particulière, pour être conséquent ne doit rien admettre sans une démonstration ou une preuve qui lui donne une certitude vraiment rationnelle. Or il sera à jamais impossible à l'homme isolé j abandonné à sa raison particulière, ou à V athée ^ de parvenir à celte certitude rationnelle, 11 ne pourroit l'acquérir que par ses sens, le sentiment et le raisonnement. Vains efforts î Je somme d'abord l'athée de me prouver, par sa raison^ qu'il existe un rapport nécessaire entre ses sensations et la réalité des objets extérieurs; je lui

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