‹ OEuvres complètes de F. de la Mennais (volume 5)Chapitre 51 sur 57 · TOME · texte numérisé non relu

TOME

demande une preuve purement rationnelle de l'existence des corps, et le voilà réduit aussitôt à l'impuissance d'articuler un seul mot : le voilà forcé d'avouer que sa raison ne lui dit rien là-dessus ; et que s'il croit l'existence des objets qui nous environnent, c'est une contradiction évidente à ses principes, ou un acte de foi aussi réel , aussi positif que celui par lequel nous croyons les mystères de la religion.

En vain voudra-t-il se rattacher au Sentiment ou à l'évidence : ce moyen de certitude lui échappe comme le premier , cette seule question va le lui enlever sans retour. La matière dont vous êtes uniquement formé (car pour une âme, vous ne pouvez point en avoir dans votre système), cette matière, dis-je, n'a-t-elle pas pu être organisée par l'aveugle hasard , de manière que vous preniez pour vrai ce qui est faux, et pour faux ce qui est vrai? Prouvez-moi rationnellement que cette supposition est impossible. Et si vous n'avez point une certitude rationnelle de son impossibilité, à quoi vous servira votre sentiment ou l'évidence que vous prétendez avoir ? Si enfin je vous demande la raison pour laquelle vous admettez une vérité comme évidente , que répondrez-vous ? XJuelle preuve rationnelle donnerez-vous de la légitimité de votre assentiment à cette vérité ?

Il ne reste plus à l'athée que le raisonnement. Mais le raisonnement supposant les idées, et l'athée, comme nous venons de le voir , ne pouvant s'assurer rationnellement de la vérité d'aucune d'entre elles, quelle lumière son raisonnement fera-t-il jaillir de cet abinite

de ténèbres? Les principes d'où il voudra partir étant incertains , comment potirra-t-il en tirer des conséquences certaines? Quelle preuve rationnelle donnerat-il d'ailleurs qu'il y a un rapport nécessaire entre les opérations de son cerveau et la réalité des choses? Ne retombera-t-il pas d'aplomb dans toutes ses perplexités et dans ce doute effrayant dont il essayoit de sortir?

Ainsi donc l'homme isolé ^ l'athée, ne peut s'assurer rationnellement de rien , ne peut pas dire , avec une certitude rationnelle ^ je pense ^ ne peut pas Aire je suis^ ne peut pas dire donc , ou rien affirmer par voie de conséquence. Poussé jusqu'au pyrrhonisme par ses principes, voudra-t-il, en désespéré, prendre le parti de s'y tenir ; il ne le peut sans se détruire lui-même, et il y a en lui quelque chose qui résiste invinciblement à la destruction. D'un autre côté, tandis que je le force de convenir qu'en se tenant à sa raison particulière il n'est certain de rien, quelque chose de plus fort que ses principes le pousse invinciblement à croire mille et mille vérités, et le met dans l'impossibilité de les révoquer en doute. État malheureux d'une intelUgence qui s'est détournée de la source de la lumière , en se séparant volontairement de la société de Dieu et de ses semblables ! Mais comment ressaisira-t-il donc cetta certitude qu'il a perdue? Nul autre moyen que de recourir au principe dont l'oubli et le mépris l'ont plongé dans le scepticisme. Ce principe , c'est l'autorité : en secouant son joug, il est descendu jusqu'au fond de l'abîme ; pour en sortir , il faut qu'il implore cette autorité salutaire et qu'il se jette entre ses bras^

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Chercher ailleurs la certitude, c'est explorer le néant. Or cette autorité, c'est la raison générale , ou la raison même de Dieu, manifestée par le témoignage ou par la parole; autorité, par conséquent, qui nous donne, non la certitude rationnelle que cherche vainement l'orgueilleux , mais une certitude infinie comme la certitude de Dieu même.

Ainsi la logique de M. de La Mennais a poussé , dans son premier volume , les ennemis de l'autorité jusqu'à l'athéisme; dans son deuxième, il les plonge dans le pyrrhonisme rationnel et leur fait voir qu'ils n'ont aucun moyen d'en sortir qu'en reconnoissant l'autorité qu'ils avoient méprisée.

Cette manière de venger la religion des attaques de ses ennemis n'est pas nouvelle; d'autres écrivains l'ont employée avant M. de La Mennais. Bergier s'en sert dans le discours préliminaire de son grand Traité de la Religion. On peut voir aussi la Religion vengée de l'incrédulité , par M. Lefranc de Pompignan ; sans en nommer un grand nombre d'autres. Mais personne jusqu'ici n'afvoit présenté cette preuve dans un aussi beau jour que M. de La Mennais.

J'ai l'honneur d'être, etc.

B. , professeur de théologie au séminaire de N.

Extrait de la quarante-deuxième livraison du Défenseur.

La seconde lettre que nous avons annoncée nous a été adressée par M. Tabbé F. . . . , aussi professeur de théologie au même séminaire. « Je désire, » nous dit-il avec une candeur qui fait également honneur à son cœur et à son esprit, « qu'il vous soit possible de pu- » blier dans le Défenseur les réflexions que je vous » envoie sur le second volume de V Essai; et je vous » le demande comme une sorte d'expiation pour la » faute de l'avoir lu d'abord trop précipitamment, et » de m'être un moment rangé au nombre des adver- » saires de son respectable auteur. Aujourd'hui que » j'ai enfin la satisfaction de le comprendre, je pense » qu'il pourra n'être pas inutile, pour ramener beau- » coup de lecteurs qui peut-être ont lu et jugé comme » moi trop légèrement, de faire savoir qu'une per- » sonne qui, dans le principe, avoit rejeté et combattu » cette doctrine, la reconnoît aujourd'hui comme » vraie, et admire la manière dont M. l'abbé de La » Mennais a su la présenter. »

Les raisonnemens dans lesquels entre ensuite M. l'abbé F... , diffèrent peu de ceux que contient la lettre précédente : nous nous bornerons donc à en extraire le passage suivant, qui traite du scepticisme absolu, dans lequel doit nécessairement et progressivement tomber celui qui rejette la raison générale pour ne suivre d'autre guide que sa raison individuelle.

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« Si Ton objecte, dit-il, que l'hérétique, le déiste, » l'athée, n'en viennent jamais, par le fait, à ne rien » croire absolument , je l'avoue , parce que , dit » Pascal, la nature confond le pyrrhonien, et empêche » l'homme d'extravaguer à ce point. Mais qu'importe, » s'ils y sont néanmoins conduits par le raisonne- » ment; si les principes qu'ils se sont faits les forcent » de dévorer ces absurdités, et si on leur prouve qu'il » ne leur reste absolument aucun moyen d'acquérir » la certitude rationnelle ^ que de s'attacher à la f) croyance commune du genre humain, et de faire n un acte de foi de toutes les vérités qu'il croit néces- » sairement? La seule différence qu'il y a alors entre » eux et celui qui, croyant à l'autorité générale, » remonte par elle jusqu'à Dieu , source de toute » raison et raison de toute autorité , c'est qu'ils obéis- » sent en esclaves à cette même autorité à laquelle » l'homme qui a la foi se soumet librement.

» Le second volume de V Essai me semble donc la >) continuation nécessaire du premier, » etc.

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