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dictamen du sens commun. Donc, selon Bergier, le sentiment commun est, non seulement la règle de toute certitude , mais encore la règle de foi ; donc , selon Bergier, la règle de foi et la règle de certitude ne sont qu'une même règle.
Mais, si cela est ainsi, ne doit-on pas en conclure que la doctrine qui établit le sens commun comme la règle fondamentale de la certitude et de la raison de l'homme , bien loin d'ébranler la religion catholique, n'est au contraire que la base immuable, éternelle, de cette religion sainte , débarrassée de tous les vains systèmes qui la cachoient sous leurs échafaudages et leurs décombres , et montrée à nu dans s©n étendue sans bornes, appuyée sur la véracité de Dieu même, et soutenant avec une égale fermeté, et la religion et le monde, et la société des chrétiens et la société des hommes, et la foi et la raison; en un mot que cette doctrine n'est que le principe du catholicisme démontré réellement catholique, ou universel et commun à toute espèce de certitude et de connoissances?
Ne doit on pas en conclure , de plus , que , cette règle de certitude étant la même que la règle de foi , l'une ne détruit pas plus que l'autre la raison individuelle ; qu'au contraire l'une et l'autre sont pour elle un même flambeau qui lui montre facilement et avec certitude un grand nombre de vérités nécessaires à savoir, et lui est, pour les autres moins à découvert, une règle toujours sûre à consulter? Mais aussi dès que cette même raison individuelle repousse la lumière de ce commun jour, non seulement elle ne
peut plus distinguer d'une manière certaine les vérités un peu cachées, elle ne peut plus même s'assurer de celles qui se présentent comme d'elles-mêmes. Ainsi le catholique, qui prend pour règle le sentiment universel, voit facilement et avec certitude dans l'Écriture sainte les mystères de la Trinité , de l'incarnaiion et de la rédemption , la présence réelle et la nécessité de la grâce ; parce que le sentiment commun des chrétiens est si clair, si évident là-dessus, qu'on n'a pas besoin de le consulter, mais qu'il saute, pour ainsi dire , aux yeux de tous ceux qui les ouvrent à la lumière : tandis que les hérétiques, qui préfèrent au sentiment commun leur sens privé, ne peuvent plus découvrir, dans la même Écriture, d'une manière constante et certaine, aucune vérité quelconque , pas même celles qu'ils appellent vaguement fondamentales, sans avoir jamais pu ni osé les définir avec précision. De même l'homme sensé, qui prend pour règle de ses jugemens le sens commun , voit facilement, et avec certitude , comme par lui seul, les vérités les plus importantes , telles que l'existence de Dieu, sa providence, l'immortalité de l'âme, la nécessité d'une autre vie ; parce que le sentiment commun du genre humain est aussi clair là-dessus que le grand jour : tandis que le philosophe, qui préfère au sens commun sa raison particuUère, n'aperçoit plus que des ombres fugitives , ne peut plus retenir même ce qu'on appelle les premières vérités, ne trouve plus à quoi se prendre, ne voit enfin de refuge contre l'erreur qu'un doute impossible à la nature.
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Ne faut-il pas en conclure aussi que la raison n'est nullement opposée à la foi, ni la foi à la raison ? Car ce qu'on appelle communément raison n'est pour l'individu que l'assentiment , la soumission de son esprit , de sa raison particulière, à l'autorité du sens commun , que Bergier appelle la raison par excellence (1); et qui, d'après Bossuet et Fénelon, est quelque chose de Dieu, ou plutôt Dieu lui-même ; comme ce qu'on appelle foi proprement dite n'est pour l'individu que l'assentiment, la soumission de son esprit, de sa raison particulière , à l'autorité de l'Église , au sens commun des chrétiens , qui n'est que la parole , le Verbe , la raison de Dieu enseignant toutes les nations par son Église , tous les jours, jusqu'à la fin du monde.
N'en faut-il pas conclure encore que la foi n'est pas une exception dans les connoissances des hommes, mais qu'elle est vraiment la règle catholique : la règle, le fondement unique et universel de toute certitude dans les choses divines et humaines ; en un mot que la foi est toute la science et toute la raison de l'homme, et que, comme il il n'y a qu'un Dieu , il n'y a aussi qu'une foi : un Dieu vérité-mère, si on peut ainsi parler ; une foi pour y parvenir : un Dieu, vérité suprême, lumière éternelle ; une foi pour discerner , d'une manière certaine, les rayons de cette lumière qui éclaire tout homme , des illusions par lesquelles notre raison particulière fautive s'éblouit souvent elle-même?
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(1) Tom. in,pag. 303 et 305.
N'en faut-il pas conclure , en outre , que quand les ennemis de la foi accusent le catholique de rejeter et de dégrader la raison , c'est une imposture et une calomnie : puisqu'au contraire c'est le catholique seul qui suit en tout le sens commun, la raison par excellence, qui est quelque chose de Dieu, ou plutôt Dieu lui-même; tandis que tous les autres, au lieu de suivre la raison commune à tous les hommes et supérieure à eux, ne suivent que leur raison fautive, incertaine, foible et bornée? Le nom même de catholique^ qui veut dire universel ^ indique un homme qui s'attache au sentiment commun , universel , de tous les pays et de tous les siècles; tandis que le mot hérétique^ qui veut dire qui choisit , dénote un homme qui, par un choix déraisonnable , préfère au sentiment commun, à la croyance universelle, son sens privé.
N'en faut-il pas conclure enfin que si on rejette une fois la règle du sens commun , du consentement universel, pour suivre de préférence son sens privé, sa raison particulière , la raison humaine n'a plus aucun appui , aucune règle sûre fpour parvenir à aucune certitude, et qu'elle roulera par une conséquence nécessaire dans un chaos éternel de doutes , d'incertitudes et d'extravagances? Par conséquent dès qu'on rejette la foi catholique, le consentement universel des chrétiens, pour lui préférer son sens privé dans les choses divines, on ne peut plus dans les choses humaines réclamer le sens commun contre aucune erreur , aucune extravagance , aucune folie ; car si la raison individuelle est assez sûre d'elle-même pour
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être une règle infaillible dans les choses divines, qui semblent plus au-dessus d'elle , combien plus ne doitelle pas l'être dans les choses humaines qui paroissent plus à sa portée ! Si , au contraire, elle est insuffisante pour être toute seule une règle certaine , s'il lui faut absolument recourir au sens commun dans les choses le plus à sa portée, combien plus ne lui faudra-t-il pas recourir au sentiment commun dans les choses divines, qui naturellement la surpassent ! Donc tout homme qui veut être conséquent, doit renoncer au sens commun ou être catholique.
C'est la conclusion expresse que tiroit déjà Bergier, t. I, p. 46, 50 et 53. (( L'axiome sacré des protes- » tans, des sociniens, des déistes, des athées, est » que l'homme ne doit écouter que sa raison , ne se » rendre qu'à l'évidence, rejeter tout ce qui lui » parott faux et absurde. En conséquence , les pro- » testans ont dit : Nous ne devons croire que ce qui » est expressément révélé dans l'Écriture , et c'est » la raison qui en détermine le vrai sens. Les soci- » niens ont répliqué : Donc nous ne devons croire » révélé que ce qui est conforme à la raison. Les » déistes ont conclu : Donc la raison suffit pour » connoître la vérité sans révélation ; toute révéla- » tion est inutile, par conséquent fausse. Les athées » ont repris : Or ce que l'on dit de Dieu et des » esprits est contraire à la raison , donc il ne faut ad- » mettre que la matière. Les pyrrhoniens viennent » fermer la marche , en disant : Le matérialisme ren- » ferme plus d'absurdités et de contradictions que
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» tous les autres systèmes, donc il ne faut en ad- » mettre aucun.
» Ainsi le premier pas dans la carrière de l'erreur » a conduit nos raisonneurs téméraires au dernier » excès d'aveuglement ; ainsi la raison livrée à elle- » même ne trouve plus de bornes où elle puisse s'ar- » rêter, elle est entraînée, par le fil des consé- » quences , beaucoup plus loin qu'elle n'avoit prévu. » Tout homme qui a suivi la naissance et le progrès » des différentes opinions est convaincu qu'entre la » vérité établie de la main de Dieu et le pyrrho- » nisme absolu il n'y a point de milieu oii l'esprit » humain puisse demeurer ferme. Quiconque se » pique de raisonner doit être chrétien catholique , » ou entièrement incrédule et pyrrhonien dans » toute la rigueur du terme. » C^est-à-dire que quiconque se pique de raisonner doit suivre en tout le sens commun, la raison par excellence , avec les catholiques, ou y renoncer tout-à-fait avec les fous et les incrédules.
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