CHAPITRE XXVI
L'universalité est un caractère du christianisme.
Quand il ne nous resteroit aucuns monumens des peuples anciens, il seroit impossible de douter qu'ils aient connu les vérités nécessaires à l'homme, ou la religion révélée primitivement , puisque nulle société n'auroit pu sans cela ni subsister, ni s'établir, et que la connoissance de Dieu, vérité essentielle, infinie, est le fonds même de la raison humaine, comme de toute intelligence. L'idolâtrie put bien obscurcir mais jamais elle n'effaça de l'esprit des hommes la notion de la Divinité (1); partout elle se conserva au milieu des
(1) Quid enim ampliùs homini necessarium quàm cura in Deum verum...? Ideô tantùm opinor, quia à primordio notus est, quia nunquàm latuit , quia semper illuxit. Tertullian. adv. Marcion. lib. Il, p. 381 edit. RigaUii. — Quand les Pères disent que les Gentils ne connoissoient pas Dieu, ils parlent d'une connoissance pratique; et c'est en ce sens que saint Athanase dit des Juifs même, lorsqu'ils s'éloignoient de la loi, qu'^7s ignoroient Dieu, àypouiKv yccp e(7X£ &soZ Expos, iïi psalm. CI, Oper. tom. I, p. 1179, edit. Benedict — Après avoir dit que tous les hommes connoissent l'unité du Dieu créateur, omnibus hominibus ad hoc demùm consentienlibus, saint Jrénée explique quel est le crime des païens, h Illi » enim creaturœ potiùs quàm Creatori servienles , et his qui non » sunt dii ( Rom. I, 25. Galat. IV, 8 ) , verùmtamen primum dei- » tatis locum attribuunt fabricatori hujus universitatis Deo. » Lib. 11 contr. Hœres. , cap. IX, p. 126 edit. Massuet.
« L'idolâtrie suppose la croyance qu'il existe une Divinité, et la » superstition que l'àme des hommes est immortelle. » Idolatry
176 ESSAI SUR l'indifférence
faux cultes , ainsi que Fidée de justice au milieu des crimes qui souilloient les nations païennes. (( Elles )) n'étoient pas, dit saint Augustin, tellement livrées )) aux faux dieux , qu'elles eussent perdu la con- )) noissance du seul vrai Dieu, auteur de tous les » êtres (1). » Aussi saint Paul ne reproche-t-il point aux Gentils d'ignorer Dieu ; au contraire, ce qui les rendoit inexcusables , cest que, le connoissanl, ils ne le glonfioïent pas comme dieu (2). Les anges rebelles qui le connoissent aussi sans doute, mais qui refusent de le glorifier, entraînèrent dans leur révolte presque tout le genre humain; et le polythéisme n'est qu'une grande défection , l'acte par lequel la créature cessant d'honorer Dieu, et d'obéir à Dieu comme au suprême monarque de qui relèvent tous les êtres, renonce, au moins implicitement, à la société qu'il avoit établie entre elle et lui , et se choisit d'autres maîtres. En un mot l'idolâtrie , née des passions et non pas du défaut de lumière , est, ainsi qu'on l'a vu, un crime
dolh suppose the beliefof the existence of a Deily , and superslilion the immortalily of the soûls ofmen. Stillingfleet , Orig. sacr. book I , ch. I , vol. I, p. 9.
(1) Discat ergo Faustiis... monarchiae opinionem non ex gentibus nos habere , sed gentes non usquè adeô ad falsos deos esse delapsas ut opinionem amlUerent iinius veri Dei , ex quo omnis qualiscumque natura. S. Aug. conlr. Fauslum Manich. XX, 19.~Aperlè, ut arbitror, ostendit (Petrus) unum et solum Deum , à Gra?cis quidem genliliter, à Judais autem judaicè , nové autein à nobis cognosci et spiritualiter. Clem Alex. Strom. lib. VI , p. 636. — In hoc quod Deus fecit hune mundum , notus in omnibus gentibus. S. Thom. 2», 2* part., quaest. lï, art. 8
(2) Ità ut sintinexcusabiles, quia cùm cognOYisseTit Deum, nonsicut deura glorificaverunt aut graiias egerunt. Ep. ad Rom. I, 20 et 21, — Confitenlnr se nosse Deum,factis autem ncgant. Ep. ad TU. I, 16.
delà volonté; et voilà pourquoi, quand Jésus-Christ vint abolir les faux cultes , les esprits célestes, publiant dans leurs sacrés cantiques l'objet de sa mission , proclamèrent la gloire de Dieu, qui alloit de nouveau éclater dans le monde , et annoncèrent la paix aux hommes dont la volonté serott droite (1). \
Parmi les choses généralement reconnues pour certaines, runiversahté des croyances dont se composoit la religion révélée originairement , nous paroît être ce qu'il y a de moins susceptible de contestation. Anciens et modernes, quelle que fût d'ailleurs la diversité de leurs opinions, païens, chrétiens, incrédules; tous ont été frappés de ce fait. « Le savant docteur Shuckford » observe (2) que les anciennes nations conservèrent » long-temps des usages qui annonçoient une religion » primitive, universelle, dont il s'étoit conservé des » traces dans les rites et les cérémonies de leur culte » religieux; et il met au nombre de ces usages les » sacrifices expiatoires et impétratoires , soit les sa- » crifîces des animaux , où l'on faisoit couler le sang » des victimes , soit les simples oblations du vin , de )) l'huiles, des fruits et productions de la terre. On » élevoit des autels, on dressoit des monceaux de » pierres, tel que celui que Jacob éleva pour y ré- » pandre de l'huile et le consacrer à l'Éternel. Toutes » ces coutumes et ces cérémonies pratiquées par les )) patriarches, furent admises par les Gentils, qui d'a-
(1) Gloria in altissimis Deo, et in terra pax hominibus bonœ voluntalis. Luc. II, 14.
(2) Connexion de l'hist. sacrée et de l'hist. profane , tom. I. TOME 3. 12
178 ESSAI SUR l'indifférence
» bord ne les firent servir qu'au culte du vrai Dieu , » et qui dans la suite les transportèrent au culte sacri- » lége des idoles (1). »
Un philosophe du siècle dernier rend à l'universalité de la religion antique , aussi bien qu'à son unité , un témoignage d'autantplus remarquable qu'assurément on ne soupçonnera pas qu'il ait été dicté par des préventions favorables au christianisme. (( Ce qu'il » y a de certain , dit-il , c'est que plus on approfondit » la religion des différens peuples, plus on se per- » suade qu'il n'y en a encore eu qu'une sur toufe » la terre (2). » Il ne sauroit entrer dans notre plan de rassembler les autorités innombrables qui prouvent la vérité de cette proposition. Nous en offrirons assez cependant , el plus même qu'il n'est nécessaire, pour convaincre tout homme raisonnable et de bonne foi.
Je crois en Dieu , père Tout-Puissant ^ créateur du ciel et de la terre : voilà le premier article du symbole de toutes les nations.
(( L'existence d'un Dieu, cause suprême, principe » et fin de toutes choses, a été crue et enseignée » si clairement et si constamment par l'antiquité tout » entière ; tous les peuples la proclament avec une si » parfaite unanimité , qu'il semble impossible de ne » pas reconnoître dans cet accord la voix même de (( la nature (3). » Ainsi parle le docte Huet, et l'on va
(1) JVouv. dênionslr. évang.; tom. I , p. 98 et 99.
(2) Lettres amérieaines, par M. le comte J. R. Carli ; note du traducteur, tom. I, 13.
(3) Deum esse, supremam yidelicet rerum omnium caussam,
voir qu'il n'avance rien qui ne soit appuyé sur les monumens les plus authentiques (1).
principium atque finem , tam apertè , tamque constanter credidit ac prœdicavit omnis retrô vetustas, lantoque consensu in eamdem conspirant sentenliam universa? gentes , ut naturœ vox esse videatur ( Alnelan. Quœsl., lib. II, cap. I , p. 97 ).— « Tous les peuples ont » admis un Dieu suprême supérieur aux génies gouyerneurs du » monde. Bien loin de s'en déguiser l'excellence , ils l'outroient en » quelque façon , en pensant que l'univers , dont il étoit le premier » auteur, étoit indigne de ses soins paternels, et que les foibles )> mortels , ne pouvant avoir d'accès auprès d'une telle majesté , » ctoient forcés de borner leur culte à des dieux inférieurs. » L'abbé Foucher, Mém. de VAcad. des Inscript., tom. LXXIV,p. 385. — « Les peuples barbares, les nations policées , les ignorans comme » les savans , ont reconnu un Etre souverain , et la créance d'un » Dieu suprême doit être regardée comme la foi du genre humain » et le cri de la nature. » Bullet, l'Exislence de Dieu démontrée par les merveilles de la nature ; tom. II , p. 8.
(1) Dans un Mémoire inséré dans le Recueil de l'Académie des Inscriptions, tome LXII, page 337, l'abbé Le Batteux examine cette question : Si les païens ont jamais ignoré le vrai Dieu. Après avoir observé qu'il s'agit « non des sages , mais de ce qu'on appelle peuple « par opposition aux sages, » il ajoute : « Il m'a paru qu'on pou- » voit établir que ces peuples ( les Chaldéens , les Perses , les Égyp - » tiens , les Grecs et les Romains ) , malgré tant d'erreurs et d'ex- « travagances, ont connu un Dieu suprême, et qu'elle n'en ont » connu qu'un. » Il développe ensuite les preuves de son sentiment, et conclut ainsi : « Donc la tradition du genre humain , les mys- » tèrcs , les usages religieux , la forme des gouvernemens , les lois , » les sermens , les poëtes , les philosophes , le sentiment intérieur, » la crainte de l'avenir, enfin le ciel et la terre, annonçoient la » même vérité. Tout le genre humain auroit été endormi , qu'une » seule voix auroit suffi pour le réveiller » p. 360 et 36ï. Mais « quel )» étoit donc le crime du genre humain livré à l'idolâtrie? Le voici: » G'ètoit d'avoir connu Dieu et de ne l'avoir point glorifié ; c'étoit » d'avoir substitué à son culte celui des idoles ; en un mot c'étoit le » crime tant de fois reproché aux Juifs , et tant de fois puni dans » cette nation infidèle.
» Quand les Juifs firent le veau d'or dans le désert , ils n'avoienl » point oublié le Dieu dont ils voyoient la gloire sur le mont Sinaï; » quand , établis dans le pays de Chanaan , ils iramoloient à Baal , à
180 ESSAI SUR L'iNDIFFÉRENCE
Que l'unité de Dieu fût connue des Égyptiens (1), et même enseignée par leurs prêtres, on n'en peut pas douter, puisque Solon, Thaïes, Pythagore, Eudoxe , Platon , qui ont eux-mêmes enseigné si clairement cette unité, étoient allés s'instruire en Egypte des anciennes traditions religieuses, ainsi que Plutarque nous l'apprend (2). Les Égyptiens appeloient
» Astaroth , ils n'ignoroient pas que le Seigneur parloit à Séiîo : Sa- » lomon bâlit des temples aux dieux de ses femmes , il n'abalUt » point pour cela celui qu'il avait élevé au Dieu de son père. Ils boi- » loient des deux côtés , comme le leur reprochoit le prophète Élie < » Usque quo claudicatis in duas partes ? Si Dominus est Deus , se- » quimini eum : si autem Baal , sequimini illum. Voilà le crime » des Juifs.
» Celui des Païens étoit plus grand encore : les Juifs adoroient du » moins le vrai Dieu , lui associant les dieux des nations ; mais les » païens connoissant le vrai Dieu, nel'associoient point à leurs dieux » nationaux ; ils ne lui rendoient aucun hommage , aucun culte : » c'étoit le Dieu de la nature , le Dieu de tout le monde ; d'où ifs » concluoient , dans la pratique , qu'il n'étoit le Dieu de personne. » P. 364 et 365.
L'abbé Mignot, très versé dans l'histoire des anciennes religions, soutient , comme l'abbé Le Batteux , que « le culte de ces difTérens » êtres (les esprits intermédiaires et les âmes des hommes) n'étei- » gnit point la connoissance de l'Etre souverain ou de la première » cause : cette connoissance se conserva au milieu de la plus grande » dépravation de la religion, » Mém. de t'Acad. des Inscript. , tom. LXV, p. 154.
(1) Les Ethiopiens reconnoissoient aussi un Dieu immortel, qui est la cause de toutes choses. Strab. lib. XP^JI.
(2) Talis ergo fuit ^Egyptiorum accuratio in coulemplatione rerum divhiarum. Testimonium perhibent etiam Graecorum sapientissimi, Solon, Thaïes, Plato , Eudoxus, Pythagoras... qui in ^gypluni venerunt et cum sacerdotibus versati sunt. De Isià. ci Osir., Oper. tom. II , pag. dbi.—Euseb. Prœp. evang., lib. III , cap. XI , pag. 115. — Les livres d'Hermès étoient très célèbres chez les anciens. Quoique les fragmens qui nous ont été conservés sous son lîora soient apocryphes; néanmoins les Pères de l'Fglise les ayant cités dès les premiers siècles, il est difficile de croire qu'ils aient
EN MAtiÈRE DE RELIGION. 181
Kneph ce Dieu souverain, unique, éternel (1). On le représentoit avec un œuf sortant de sa bouche , pour rappeler qu'il avoit créé l'univers par sa parole ; et ce eymbole de la puissance créatrice passa de l'Egypte dans l'Inde, où on le retrouve encore aujourd'hui (2). Le Dieu de la tradition, le vrai Dieu, n'étoit donc pas inconnu dans la patrie de toutes les superstitions idolâtriques. Les hahitans de la Thébaïde lui rendoient même un culte exclusif; et tandis qu'on levoit dans toutes les autres provinces un tribut pour la nourriture des animaux sacrés , ils en étoient seuls exempts, dit Plutarque , parce quils ne reconnoùsotent point d'autre dieu que le Dieu éternel ^ quils nomment Kneph (3).
été fabriqués depuis la prédication de l'Evangile , et surtout qu'ils ne s'accordent pas avec la doctrine qu'on altribuoit généralement à Hermès. Hic scripsil , ditLactance, libros , et quidem multos , ad cognilionem rerum divinarum pertinentes ; in qiiibus majestatem summi ac singularis Dei asserit,iisâemque nominibns appcllal quibus nos Deum et Patrem. Ac ne quis nomen ejus requirerel àc-joi-jvixo-j , id est sine nomine esse dixit -. eo quod nominis proprietate non egcat , ob ipsam scilicet unitatem. De fais. Relig. lib. I , cap. VI. Vid. et. S, Cyril, contr. Julian, lib. I, pag. 30; et Suidas, voc. Êp/A^ç, tom. I , pag. 1042 edit. Colon. Allobrog. 1619.
(1) On l'honoroit, à Meraphis , sous le nom de Phlas , qui , en langue cophte , signifie opifex , artifex, constilutor , ordinalor. Selon Jarablique [de Mysl., sect. VIII, cap. III), les Égyptiens l'appeloient aussi Amon, ou Amoun, Vesprit créateur et formateur du monde.
(2) hist. des Rit. relig. des Indes, part. VIII, tom VI , pag. 296.
(3) Cùm autem ad alenda qua? venerantur animalia suraptum suppedilent Jîgyptii , soîi Thcbaidos incolae immunes sunt. Hi enim raortalem deum nullura censent ; sed Deum qui Kneph ipsis dicitur, ortus cxsortem et immorlalom putant. De Isid. et Osirid., Opcr. tom. H, jpag. 357.
182 ESSAI suu l'lm)ifféi\ence
« Selon les Egyptiens, dit Jamblique, le premier » des dieux a existé seul avant tous les êtres. Il est la )) source de toute intelligence et de tout intelligible. » Il est le premier principe se suffisant à soi-même , » incompréhensible , le père de toutes les essen- » ces(l). »
Qu'étoit-ce que cette divinité mystérieuse adorée dans le temple de Sais, où on lisoit cette inscription : Je SUIS tout ce qui a été ^ ce qui est, et ce qui sera. JS'id mortel ne souleva jamais mon voile (2) ? à quel dieu du paganisme ces paroles peuvent-elles convenir? Ce ài^nquiaété^ qui est ^ et qui sera; ce dieu qui se définit comme le vrai Dieu se définit dans l'Écriture, est-il autre que ce Dieu lui-même (3)?
A l'entrée du temple de Delphes on lisoit aussi ce mot Et Tu es y avec le célèbre adage : Connois-toi toi-
(1) Jarnblic. de Mysteriis ^gypt.; Euseb., Praep. eyaiig. , lib. III , cap. II. — Vid. et. Zwcaw.Pharsal. lib. I. — Synes. Calvitiei Encom.
(2) Éyw sî/J-t. TzSiv To yeyovoç, xaî ov, xat èaôfisvov' xoù to-j èjxbv 7r£7r/^v oùSzii 7rw dvYirbç, àTrsxoc^yTTffev. Plularch. de Isid. et Osirid., Oper. tom.II, pag.354. — Pan étoitun des noms que les Égyptiens donnoicnt au Dieu suprême. Ce mot ne vient pas du grec Tras, omnis, mais de l'ancien égyptien Pan-os , nôtre Seigneur, Adonaï. Mém. de l'Acad. des Inscript., tome LXVI, page 188.
(3) Cette conjecture s'accorde parfaitement avec tout ce que nous savons de la théologie des anciens Égyptiens. Tôt ergo dcos , tôt semidcos gentium reges ab obilu consecratos fuisse , esseque aborlus humant ingenii, conceplos e semine primigeniœ veritaUs , scilicet ex historiâ primorum hominum in sacris pandeclis memoratorum -. nec aliunde , quàm ex hâc fonte JEgyptiorum reges dcos et scmideos ortos esse, et primum Pana fuisse mundi spiritum omncm universi raolem agitantem , cum hoc conjunctos septem planetamm prœsides , hisquc successisse duodccim reges , propter bénéficia et ar tes inventas, virtutesque deorum choris insertos. ïSmckcr, Histor. critica Philosophiœ ;l\b. II, cap. VII, tom I, p. 264.
même. Voyons de quelle manière Plularque explique ces deux inscriptions. « Par quoy mon adyis est que » cette escripture ne signifie ny nombre ^ ny ordre ,
» ny conjonction : ains est une entière salutation
» et appellation du dieu, laquelle, en prononceant )) les paroles , induit le lecteur à penser la grandeur » de la puissance d'iceluy, lequel semble saluer chas- » cun de nous, quand nous entrons, par ces paroles, » Cognoy-toy toy-même, qui ne signifient rien moins » que Dieu te gard ; et nous , lui rendant la pareille , » respondons , Et c'est-à-dire. Tu es : en lui baillant » la vraie, et nullement fausse appellation et titre, » qui à luy seul appartient, d'estre : car, à le bien » prendre , nous n'avons aucune participation du vrai » estre , pour ce que toute humaine nature est tous- » iours au milieu, entre le naistre et le mourir, ne » baillant de soy qu'une obscure apparence et umbre, » et une incertaine et débile opinion (1). »
La tradition d'un Dieu unique, tout-puissant, éternel, créateur de l'univers, ne se perdit jamais dans la Grèce (2). 11 y étoit même adoré, puisque le dieu inconnu (3), dont saint Paul aperçut l'autel en entrant
(1) Plutarquey au traité : Que signifioit ce mot, Èi. OEuv. moral., tome III , p. 920; traduction d'Amyot , éclit. de Vascosan.
(2) M. Boivin l'aîné a prouvé , que , dans les prenaiers temps , les Grecs ont connu et adoré un seul Dieu éternel , créateur et souverain maître de l'univers. Voyez les Mémoires de l'Académie des Inscriptions, tome III, page i . — Pronapidès, précepteur d'Homère, donne au Dieu éternel le nom de Daimogargon, comme on le voit dans un fragment de Théodontius que Boccace nous a conservé dans sa Généalogie des Dieux , livre I, chapitre III.
(3) Praeteriens enim , et videns simulacra vestra , inveni et aram ,
184 ESSAI SUR l/iNDIFFÉRENGE
dans Athènes, étoit le vrai Dieu, le Dieu ineffable , selon saint Augustin (1 ). Dieu, disoit Thaïes, est le plus ancien des êtres, car il na point eu de commencement (2). Hermotime, de Clazomène, et Anaxagore(3) enseignoient qu'une intelligence divine avoit créé le monde, et en avoit ordonné avec sagesse toutes les parties (4).
in quâ scriptum erat : Ignoto deo. Quod ergo ignorantes colilis, hoc ego annuntio vobis. Âct. XVII, 23.
(1) Numquid dixit, quia extra Ecclesiam colitis,non est Deus ipse quem colitis ? Sed ait, quem vos ignorantes colitis, hune ego annuntio vobis. Quid eis prœstare cupiens , nisi ut eumdem deum , quem praeter Ecclesiam ignoranter atque inutiliter colebant , in Ecclesià sapienter et salubriter colerent. Lib. J conlr. Crescon., cap. XXIX, Oper. iovfi. IX y col. 405.— « On voUqueles Athéniens » avoient tant de vénération pour ce dieu inconnu , que c'est par lui » qu'ils juroient dans les occasions importantes. Nous le voyons dans » un dialogue de Lucien , intitulé Philopatris, dans lequel Critias » jure par le dieu inconnu des Athéniens, et Tryphon exhorte même » les autres à l'adoration de ce dieu : Pour nous, dit-il, adorons le » dieu inconnu de$ athéniens , que nous avons découvert ; et , » élevant les mains au ciel, rendons-lui grâces de nous avoir fait » dignes d'être assujettis à une telle puissance. Cela prouve que » l'inscription de cet autel n'étoit que pour un seul dieu, et qu'on le » crpyoit au-dessus des aulres.» L'abbé Anselme, Mém. de VAcad. des Inscriptions , tom. VI, p. 307 ; éd. de La Haye, 1724. Vid. et Vathérus in Miscell. IX , 90 ; et Heins. in Exercit. VIII , ad hune loe. Act.
(2) llpsaêlÎTaTov Tûv ovTwv, 0EOK, <xyévvy}Tov ykp. Diogen. Laert. in Thalet.
(3) C'est l'âme , disoit-il, c'est l'esprit qui est le principe de tout ; la cause et le Seigneur de l'univers. Diogen. Laert. in Anaxagor.
(4) Aristot. de Generat.,\ih.l.—p^oss. de Idolalr., cap.I.— « On » dit qu'Anaxagore fit observer que les corps célestes n'étoient pas » des dieux; qu'au lieu de gouverner le monde ils étoient eux-mêmes » gouvernés par l'Intelligence qui les avoit formés, et que le soleil » en particulier n'étoit qu'un globe de feu : que ce mot pensa le » perdre, et qu'il eut besoin, pour éviter le dernier supplice, de » tout le crédit. de Périclès , qui ne put même empêcher qu'on, ne.
Heraclite (1) et Archélaûs professoient la même doctrine (2).
i< Dieu donne un heureux succès à celui qui fait le » bien : roi et seigneur de toutes choses, et des im- » mortels même, nul ne l'égale en puissance (3). » Ce sont les paroles de Solon. Pythagore (4), Empé-
» le condamnât à une grosse amende. On ne connoît point d'auteur » contemporain qui ait rapporté ce fait; et ce qui le rend un peu » suspect , à mon avis , c'est qu'Euripide , disciple d'Anaxagore » » parla comme lui du soleil dans sa tragédie de Phaéton , sans que » personne lui en fil un crime. Quoiqu'il en soit, on continua » d'estimer Anaxagore, et de louer sa doctrine , sans en être moins » attaché à la religion , qu'elle sapoit par les fondemens. C'est que » l'idée d'un Dieu suprême , auteur du monde , et différent des dieux » qu'on honoroit , se maintenoit toujours dans les esprits. Elle s'y » étoit maintenue de même , quoique moins développée , avant le » siècle d' Anaxagore. » Mém. de VAcad. des Inscriptions, t. XXIX, p. 86, 87.
(1) Plutarch. de Plac. Philos., I, 28.
(2) Clément. Aleœandr. Admon. ad Gent., p. 43.
(3) Ta ^è xaX&ç spSovri &eoç nspi Trâvra tiÔvj'ji Evvrux^^^ àyccÔriv, sxXi)7iv àfpOŒVv^ç...
AlÙtoç yâp Tzâ-vrcov /Saat^sùç xat xoipavoç èarcv A6cx.va.ruv TS, è ë' o'jzk; èpripeiadoci xpdcTOc aXXoç.
Solon. sentent, inter Gnomic. grœc. Ed. vet.
(4) Keferente sanclo Cyrillo Alexandrin© , dixisse ferlur : « Deus » quidem unus est, Ipse verô non , ut nonnulli suspicantur, extra » mundum, sed in ipso est , totus in tolo, omnes circumquaqué con- » siderans generationes. Ipse est temperamentum omnium saîculo- » rum , lux omnium facultatum , principium omnium rerum. Ipse » fax cœli , hominum pater, mens et anima imiversi , omnium sphse- » rarum motus. » Dicebat etiam Pythagoras , « mundum à Deo » factum , et naturâ quidem sua corruptioni obnoxium esse , quippe » cùm sit corporeus ; tamen ab interitâ Dei providentiâ et custodiâ » servatum iri. » S. Cyril. Alex, contr. Julian., lib. I, p. 32 et 47.. — Vid. et. Lact.,InsL Div., lib.V; et S.Justin. Cohort. lad Grœc^ pag. 18.
Il 86 ESSAI SUR l'indifférence
docle(l), Philolaiis (2) , Ocellus Liicanus(3), Timée de Locres (4) , et tous les philosophes de l'école italique reconnoissoient un seul Dieu éternel^ immuable, qui ne peut être vu que par l'esprit^ qui a tout créé y et qui conserve tout par sa Providence.
« Sachez , dit Socrate , que votre esprit , tant qu'il » est uni à votre corps , le gouverne à son gré. Il faut » donc croire aussi que la sagesse qui vit dans tout » ce qui existe , gouverne ce grand tout comme il lui » plaît. Quoi ! votre vue peut s'étendre jusqu'à plu- » sieurs stades , et l'œil de Dieu ne pourra pas tout
(1) Nous ne pouvons ni l'apercevoir avec les yeux, ni le saisir avec la main : la foi est comme le grand chemin par lequel il descend dans l'esprit des hommes.
OÙK evrt-j TzsXâ.sa.GÔcct l> of6cx.XfXGÎ(Jiv içjtxTov
llsidoùi KvôpÛTtOKju àfiaXi-coç, ei^ fpvjv. TrtTTTSi.
Empedocl. apud. Clément. Alexandr. Strom. , lib. V , Oper. pag. 587, éd. Paris 1631.
(2) Princeps et dux omnium rerum Deus , unus , semper existens , singularis, immotus, ipse suî similis, aliis dissimilis. Philolaus , apud Philon. Jud.^ lib. de Mundi Opific.
(3) Il parle de Dieu comme d'une intelligence unique , éternelle , attentive aux actions des hommes , et qui les gouverne par sa Providence. De nalur. univers. y cap. IV.
(4) « Timée de Locres a dit ceci : Il y a deux causes de tous les » êtres : l'intelligence , cause de tout ce qui se fait avec dessein; et » la nécessité, cause de ce qui est forcé par les qualités des corps. De » ces deux causes, Fune a la nature du bon, et se nomme Dieu, prin- » cipe de tout bien... Le Dieu éternel, le Dieu père et chef de tous » les êtres, ne peut être vu que par l'esprit. » Tt/xatos è hoxpbc, tvJs
s(p«.' Sùo atTt'aç et/jisy twv Guy-Tzâ-vro})/' vo'ov fisj, t&v xarà Xoyov yiyvofiévùiv' àvccyxav as, tîj ^ta, xarràs âv'jâ.fxsiç twv c'W/jiàT&jy. Toutswv <?i, to-j ixèv, Txç zocyadâ (piiGioç £ty.£v, S-eàv ts (Jyy/xatveff^at , ocpxàvTS twv àptcT&Jy... Qso-j ëè, Tov fjièv atwviov vooç bpri fj.dvor7, twv àTrâyrwv àpyccyov xv.i
ye-jéTopa. Touréuv. De Anim. Mund., cap. I n. 1; et cap. II, n. 1.
EN 3ÏATIÈi\E DE RELIGION. 187
» embrasser î votre esprit peut en même temps s'oc- » cuper des événemens d'Athènes , de l'Egypte et de )) la Sicile, et l'esprit de Dieu ne pourra songer à » tout en même temps (1) î »
L'univers ayant commencé, a nécessairement une cause (2) : cette cause c'est Dieu , créateur et père de tout ce qui est (3), bon (4), éternel (5), souverainement intelligent, tout-puissant (6). Le monde, qui renferme tous les êtres , mortels et immortels ^ est rimage de ce Dieu intelligible (7) , qui seul existe par lui-même (8). Telle est la doctrine de Platon, à qui
(1) KaxâaaTS, ort xat o aoç voOç èvùv ro aèv <7w/x« ottwç jSoûXsra.i, //.£- TK^sipi^STCCt. Oteaôai ouv pfprj xai tvjv èv TravTt fpàvyjatv toc TzAvrcc, JJttw? ocv ccÙTY] Yjâù YJ, oÛtw Tids'ydcx.i. Koù firi TO <JOv fj-èv ô/j-iJicc (?Jya(7Ôat sizl tioUv.
bpû'j' fiYiiè T*jv ffùv fxsv ^ypfïjy xat Tzspi twv vj06t.Ss xod Tzspi twv è-j Aîyi/TTTW, xat |y Si/cAia âûvccrjÔKi (ppO'JTi^stv , t>;v âà tou &£Oîj çjpo'vvjo-iv /xv] txavijv etvai
oifia. TTocvTwy è7Ttfis).sX7âa.i. Xenophoïit. Mcmoràb. Socrat. , lib. 1 , cap. IV, traduction de M. Gail. — Ce Dieu qui voit tout, qui gouverne tout, est celui qui a fait l'homme au commencement, b èi a-px^i TToiûv àvOpù-izovç. Ibid., n. 5.
(2) TÇ «T au ysvoy.s-ja> ^KfJLSu un o-hiou tivoç o!.vâ.yKfiv eïvex.i ysvs7da.i.
Plat, in Tim., Oper. t. IX, p. 302 et 303 éd. Bipont.
(3) îlQtv]Tr]v xat Trarëpa touSs roù Travroç. Ibid.,pag. 303; et in Sophist.
(4) Aéyoifiiv âvj et ^y oùztccv ysve<jiv xat ro Tray tO(?£ o ^uviGTck^ ^u-jé- (JTïjffsy. Ayaôo'ç >jy... /SouAvjôstç yàp ô â^sès «.yuBà. fj.èv Trâyra, x. t. 1. Ibid., pag. 304 et 305.
(5) OuToç (?>î 7r«5 ovTùiç sisi. Ibid., pag. 311.
(6) 0£Ô$ /xsy rà TToAAà stç s'y ^vyxspa.vjijva.t, x«î Trcc^ty é| iyoç âîç tzoXXoc SkxXûsiv txayoç, <àç iTrtsTa^usyoç a//a x«t Swoltô^. Ibid., pag. 384. — Ce
Dieu sage et puissant, est le souverain monarque de tous les êtres, b nàvzoiv ocysf/.ùiv ©soc. Ibid., sub.fin.
(7) ©vvjTà yocp xat àÔKvccTO. Çûa >a6wy, xat ^uu.T[Xyip(>i6£ii oSs. b xaV/zoc, oÛTW... etxwy toû yû/7T(5Û ^sou... yéyovz^j. Ibid., pag. 437.
(8) Tô oy. >[iliil Plalo putal esse quod orialur et inleieatj idque
188 ESSAI SUR l'indifférence
les anciens donnèrent le surnom de divin , comme s'il eût été inspiré par le Dieu qu'il célèbre avec une si magnifique éloquence.
Il emploie souvent ces locutions qui semblent avoir été familières , non seulement aux Grecs, mais à tous les peuples , Dieu aidant , si Dieu le veut (1). Et dans une lettre à Denys de Syracuse : « Quoique vous sa- » chiez à quel signe reconnoître quand j'écris sé- » rieusement ou non , ne laissez pas de le remarquer » avec beaucoup de soin ; car plusieurs me prient de » leur écrire , avec lesquels il m'est difficile de m'ex- )) pliquer ouvertement. Mes lettres sérieuses commen- » cent donc par ce mot, Dieu; et les autres par ceux- » ci , les dieux (2). ))
Aristote, son disciple, n'a pas moins fidèlement recueilli la tradition antique sur la Divinité. (( Seule » cause et seul principe de toutes choses , indivisible.
solumesse quod seraper taie sit. Ciceron. Tusculan. Quœst., lib. I» cap. XXIV.
(1) 2ÙV &£w ei'Tretv, av Ssèç èdéXri. Vid. Ep. IF et FI, loin. XI , pag. 85 et 91.— Hv ©se? ^élri^. Euripid. Electr.— Nec noraen Deo quaeras. Deiis nomen est illi. Jllic vocabulis opus est, ubi propriis apellationum insignibus multitude dirimenda est. Deo qui solus est, Dei Yocabulum totum est. Ergounusest, et ubiqué lotus diffusus est. Nam et vulgus in multis Deum naluraliter confitetur, cùm mens et anima sui auloris et principis admonetur. Dici fréquenter audimus : O Deus, et Deus videl, et Deo commendo, et Deus Ubi reddat, et quod vult Deus, et si Deus dederil. Atque hœc est summa delicti , nolle agnoscere quem iguorare non possis. S. Cyprian. de Idolor. FaniL, Oper. tom. I, pag. 409 et 410 JVirccburg. 1782.
(2) UoXXoi ykp 01 xsXsôovTSç ypàfsu, cûj où pcf-Siov f(/.-j£pôiç, §Mds.ïa6Ki. T^5 //.|y yccp aTtouSaMç Ittitto^î?; 0sè? ^PX^^t ^^^' ^^ "^^J* ^ttov. Opev^ tom. XI, pag. 177.
» incorporel, immuable, souverainement parfait et » intelligent, heureux, non par la jouissance d'aucun » bien extérieur, mais par sa propre nature. Dieu » possède en lui-même une vie et une éternité perpé- )) tuelle (1), ainsi qu'une puissance infinie. On lui » donne différens noms , quoiqu'il soit un : on l'ap- » pelle Zeus et Dios, comme pour exprimer que c'est )) par lui que nous vivons ; Kronos d'un mot qui » signifie le ternpSj, pour marquer qu'il est de Téter- )) nité à l'éternité. (2). ))
(1) C'est une expression de l'Ecriture. Qui aulem docH fuerint , fulgebunl quasi splendor firmamenti ; et qui ad jusliliam crudiunt muUos, quasi stellœ in perpétuas aeternitates. Daniel., XII, 3.
(2) Cette expression est encore de l'Écriture. Benedictus Dominus Deus Israël, ab œterno usque in œternum. Paralipom. XVI.
Ots yôcp S-sèç, (Joxeî ocirtov Trà^ty sivat xoùàpx^ riç. IHetaphysiC. Ub. I, cap. II Oper. lom. II ,pag. 644. Noyitoç yàp ^Lyyxvuv xat vofivj wffTS ravro'j vou$ xat vûvîtov... ^a/xèv ^è rôv S'sov s'ùoci Çwov àctJtcv, a.pi<7T0v' Hars Çwvj xat «tûSv (juvex^Ç ^où àt'cJtos wccpxsi rfi S-ew. ToOto yocp à 3-soç... on //«y oùv èffTtv oùaiocriç ài(?ioç, xai àxtv>jTOç, xat nexf^piu/xér/] tûv ataÔvj- Twv, fccvspov èx r&v sipYifiévcav. As^sxTat ^i, xat on... Kixepr}^ xat àStxipsrôç èo-Tt. Ktvsi yàp tov œn^ipo-j xpô-JO'J où^sv â" e;^st ^ûva/^tv ôcTTSipov ttsttspacr/zevov. /6M., ilb. X//, Cap. FII,pag. 742.— Oç sùëcx.iuuv [ih l(7Tt xat ficcxKpioi §t oùOsv âè r&v è^urspixûv àyKdtSiv, à^^Xcc et ocÙtov «.Ùtoç.
De Republic., Ub. Fil, cap. I, ibid.pag. 321. — Et? $s wv, TroAuwvy-
/Ao'ç IffTt... xaAcuTt ^s aÙTOv, xat Zîjiva, xat At'a... wç xàV sî Xéyoi[isv, Si '6v ^&p.sy. Kpôvov Ss xat xpô'JOD Xsysrxt, ^tvjxwv è^ ulSivoç àTépy.ovOG et'ç ers-
po-j ocl&vo. De Mundo, cap. Fil, tom.I, pag. 475.— L'abbé Le Batteux résume ainsi la doctrine d'Aristote : « Il existe nécessairement une es- » sence immobile et éternelle {Phys. FUI, cap. Fil; et Fil, cap. II » et FIL —Met. XIF, cap. FI) , entièrement différente de ce qui » tombe sous les sens ( Phys. Fil, cap. F) : elle est sans étendue, » et par conséquent indivisible et infinie ( Met. XIF ,cap. Fil , » et Phys. FUI, cap. XF) : elle est Dieu , c'est-à-dire, un être )* vivant , éternel , souverainement bon , dont la pen»sée fait la vie » Z(S(3y at<?ïov dc/siTTov ( Met. XIF, cap. VI ) ; clic meut sans être-
190 ESSAI SUR l'indifférence
{( Qu'est-ce que Dieu? demande Secundus. C'est, » répond-il, le bien existant par lui-même , une hau- » teur invisible , un être qu'on ne peut comprendre , ;) un esprit immortel et qui pénètre tout ; un œil tou- )) jours ouvert, l'essence propre de toutes choses, un » pouvoir qui a plusieurs noms, une main toute-puis- » santé : Dieu est lumière, intelligence et force (1). » Rien n'arrive sans sa volonté (2) , dit Démophile ; le sage l'honore même par son silence (3). Seul pieux, seul véritablement prêtre, il est le seul qui sache prier ; car Dieu n'écoute point celui qui est chargé du bien d'autrui(4). La vertu est le plus grand de ses dons (5). On ne l'honore point par des victimes, ni par des offrandes, mais par les saintes pensées et les sentimens pieux qui nous unissent solidement à lui (6). Si, quelque chose qui vous occupe , vous vous souvenez tou-
» mue, parce que c'est un acte pur {Met. XI F', cap. f^I), et même » sans se mouvoir elle-même, parce que , si elle se mouvoit, elle » seroit censée passer de la puissance à l'acte... C'est cette essence » éternelle , intelligente , qui donne le mouvement à tout, et de toute » élernilé.» Mém. de l'Acad. des Inscript., tom. LVII , p.l09 et 110.
(1) Ttlo-TiQsoç; lSi6nX(/.7rov àyxOov... à.^bvonrov v'^co/xcc... ^u'rvoûy.svo-j ÇvîTvj/ji.a, àd(kvex.TOi vous, TtoÀDiioU-ziTOv Tzveùfxcx., ccy.oifjynoç, èfOcf.lu.àç,
Secundi Sentent., pag. 86, Lips. 1754.
(2) 0£û iè oùâè'j oc^oûXyjtov. DemopML, Sentent. Pythagoricœ, pag. 2G, Lips. 1754.
(3) ^Qfoç yo(.p y.cà aiyStri rov &s6v Tificc. Ibid., pag. 28
(4) MdvOâ ouv ispeyç b (JOfbç, fj-àvoç ©eopJ.vjS, ij-Ô-joç eiâùç su^ssôcci... fxô-jov yxp ToO /A>j T«tç àXXoTpioiç ns^poptufiévou èTcyjxooç à &soç. Ihid.,
pag. 30.
(5) A&pov oiXXo /xsîÇov àpezYjç oùv siri Tzapèc ©sou Aaêsiv. Ibid.
(G) Aûpoc xoù S-uffîat Qsôv où Tiu&jutv, àvaôvjVara &sov cù xovfj-Si' àXXà. TO i'jOsov (ppQVY]ij.(x. iiv.pyMç 7'j'j(X7ZTSt 0£'7i , -/^upzvj yo/.p v,j6iy/:n zo haoïo^v TZpoç TO oy-oio-^. Ibid.
EN MATIERE DE UELIGÏON. idi
jours que Dieu est présent , et qu'il vous voit ; si ^ dans vos actions et vos prières, vous respectez sa présence, il habitera au fond de votre cœur(l). S'appuyer sur Dieu, c'est l'unique force (2). On ne peut l'aimer, quand on aime son corps, et les voluptés, et les richesses. Le voluptueux est esclave du corps , et dès lors avide de richesses. Celui qui est avide de richesses devient nécessairement injuste , c'est-à-dire , impie envers Dieu, et inique à l'égard des hommes. Quand il sacrifieroit des hécatombes , il seroit plus que jamais impie, abominable, athée, sacrilège. Fuyez donc le voluptueux, comme un homme exécrable, comme l'athée. L'âme chaste et pure est la demeure la plus agréable à Dieu (3).
En général les anciens appeloient Dieu l'Etre par excellence, l'Etre absolu, ou Celui qui est (4). Cicéron le représente comme la raison souveraine , auteur de
(1) Éav (ksi fivYjfiovsôinç, '6ri ^Ttou av >j h <pux^ <^oii, xcù TO^a65/xa è'pyov «TTOTsisi, Qsoç èfS7rrixev e(f)op7Çy èv Trâaatç cou, rat? sùxouç xoù npâ.^s'jiv, ul^sGÔ-nuYi fjLS'j Tov âsupoxi To cilrjGTO'j., ë^eiç iè rov ©eov aOvotxov. DeïflO-
phil., etc., pag.^f.
(2) To (?s èf èauToO ox^X'jdcu xoù tcO QsoO , fiovov /3s'êatov. Ibid. , pag. 40.
(3) $tA/j(?ovov, xai fiXosMuocTOv, xoù fiXoxp'ny-o(.TOv, xoù rpiXàOeov tov ccùzb-j à.§ûva.TOv sïja.i. O yocp ftXrî^ovOi, xoù fiXo7(!i[j,a.roç,' b Sk çjtAoo-w/xaTOç, TrâyTWç xcà (piXoy p-nixa.TOe,' b ëk ftXoxpvfJ^cczoç è| cc-jàyxYji; cc^ixoç, elç fnèv Qsov àvoffiog, £tç Se àvOpÛTvouç Tia/îâvo/jioç. Ûctts xocv éxo(.tdfxQo(.ç B-Oy] tzoXù fj.KXXov àvo(7iwT£/505 êTTt, xaî àîsê/jç, xxl ccôsoç, xoù TV7 Trpoatpsffat lepôiu- Xoç,' Aïo xat Tràvra ftA^J'ovov, w; a.6sov xvX it.ia.pov èxTpé7:sa6a.t XP"^' ^^X^^ ôcyv^ç to'ttov olxsiàrspov s-kI yîjç oùx èxst Ssôç. Ibid. , pag. 42.
(4) Vocânint antiqui Deura tô ov ipsum esse , id quod solùm ac principaliler existât, quod nunquàm non fuerit, nunqiiàm esse cessaverit. Caetera eniin aliquandô fuerunt, aliquandô non fueriint. Sleuchus , De percmii Philosoph.; lib. I, cap. VII.
192 ESSAI SUR l'indifférence
tout ordre et de toute justice (1). Comment le concevoir^ dit-il, si on ne le conçoit éternel, comme une pure intelligence qui connoît tout, et qui meut tout (2)? Et encore : « De même qu'un Dieu éternel donne le » mouvement au monde qui est périssable en partie , » ainsi une âme immortelle meut notre corps fra- )) gile (3). Il peut tout (4) : il a tout fait, et tout lui » obéit (5). En considérant tant de merveilles , pou- » vons-nous douter qu'il n'existe une Intelligence qui » a créé, ou qui gouverne l'univers (6) In
Dieu , selon Pline , est l'être infini (7). Père
(ï) De kgib., lib. I passim.
(2) Nec verô Deus ipse , qui intelligitur à nobis , alio modo intelligi potest , nisi mens soluta et libéra, segregata ab omni concrelîone mortalijOmnia sentiens et moyens , ipsaque praedita motii sempiterno. Tuscul, lib. I, cap. LXVI : ap. Laclant., de Ira, cap. X; et Instit. Div., lib. I, cap. V.
(3) Ut mundum ex quâdam parte raortalem ipse Deus aeternus , sic fragile corpus animus sempiternus moyet. Somn. Scipion. , cap. VIII, n. 19.
(4) Nihil est quod Deus effîcere non possit. De nalurâ , deor. , lib. III.
(5) Genuit omnia Deus. Cicer, de Univers., ^3. Parent Dei numini omnia. De divinat. , lib. I, 120. — Non enim est illi principi Deo, qui omnem hune mundum régit, quod quidem in terris fiât acceptiùs,etc. Somn. Scip., cap. IV. — Animal hoc providum, sagax, multiplex , acutum , memor, plénum ralionis et consilii , quem vocamus hominem , praeclarâ quàdam conditione generatum essô à supremo Deo. De legib. , lib. I , cap. VII , n. 22.
(6) Haec igitur et alia innumera cùm cernimus , possumus ne dubitare quin his praesit vel effector, si haec nata sunt ut Platoni vi- 4etur, Tel si semper fuerint, ut Arisloteli placet, Moderator tantî operis et muneris. Tuscul. Quœst. , lib. I, cap. XXVIII.
(7) Quisquis est Deus et quâcumque in parte , totus est sensus , totus visus , totus auditus , totus animae , totus animi, totus suî. Bisl. nal.y lib. II, cap. V. — Deum summum, illud qnidquid est sumanum. Ibid., cap. IV.
de tous les êtres, il a, dit Quintilien, créé le monde (1). Lucien reconnoît que ce Dieu unique a tiré l'homme du néant. Des cieux où il fait sa demeure, il regarde les hommes justes et injustes, et, au jour qu'il a marqué, il rendra à chacun selon ses œuvres (2).
Auteur de l'univers ! non, jamais votre souvenir ne se perdit parmi les mortels. Tous ont entendu la voix puissante qui, comme un souffle de vie (3), traverse le temps pour animer les intelligences , en leur révélant votre être. Mais éblouis de votre gloire , effrayés de votre grandeur, les hommes ont détaché de vous leurs regards. Ils se sont courbés pour ne pas voir Celui qu on ne peut voir sans mourir (4), Tourmentés intérieurement d'un crime qui n'étoit pas expié, ils sentoient en eux-mêmes que quelque chose les séparoit de vous ; et dans leur terreur et leur foiblesse , trop souvent ils n'osèrent élever leur adoration audessus de la créature. Cependant le Créateur, le Dieu des dieux, l'Eternel, ne laissoit pas d'être présent à leur pensée ; et dans le sein même de l'idolâtrie , aucun peuple ne méconnut un seul moment son existence.
(1) Princeps ille Deus , parens renira, fabricalorque mundi. QuinliL, lib. I, cap. XVI.
(2) Hominera ex nihilo ad essentiam produxit Deus, estqiie in cœlo aspiciens juslos, pariter atque injustes , et in libris describens cujusque res et actiones. Rependet aulem omnibus eo die , quem ipse praefînivit. Lucian. in Philopatr.
(3) Spiraculum vitœ. Gènes. II, 7.
(4) C'étoit une opinion des anciens , qu'on ne. pouvoit voir Dieu TOME 3. 13
194 ESSAI SUR l'indifférence
Ecoutons les Stoïciens. « Dieu gouverne tout par » sa Providence. Père de l'homme de bien , qui est » son image, il l'aime et le prépare pour lui, en le » perfectionnant sans cesse. Quand il renouvellera » ce monde, nos âmes jouiront d'un bonheur sans » fin(l). »
(( La première chose qu'il faut apprendre, c'est » qu'il y a un Dieu, qu'il gouverne tout par sa Pro- » vidence, et que non seulement nos actions, mais » nos pensées et nos mouvemens ne sauroient lui être » cachés. Ensuite il faut examiner quelle est sa na- )) ture. Sa nature étant bien connue, il faut néces- » sairement que ceux qui veulent lui plaire et lui » obéir fassent tous leurs efforts pour lui ressembler ; )) qu'ils soient libres, fidèles, bienfaisans, miséricor- » xlieux, magnanimes. Que toutes tes pensées donc, » que toutes tes paroles, que toutes tes actions, soient
sans mourir. Il y est fait allusion plusieurs fois dans l'Écriture. l^xod. XX VIII, 35; ZA"X, 21 et alib.
(1) Hoc-commodiùs in contextu operîs redderetur, cùm praîessc uniyersis Providentiam probaremus, et interesse nobis Deum.... Inter bonos yiros ac Béum amicitia est, conciliante virtute. Amicitiam dico? imô eliam necessitudo et similitudo... Discipulis ejus , aîmulatorque et Ycra progenies ; quem Tarons ille magnificus... cxperitur, indurat, sibi ilhim préparât... Patrium habet Deus adversùs bonos viros animum , et illos fortiter amat... Miraris tu, si Deus ille bonorum aniantissimus , qui illos quàm optimos esse atque excellentissimos vult^ fortunam illis cum quâ exerceantur assignat. Senec. de Providenl., cap. I et II. — Et cùm tempus advcnerit, quo se mundus renova turus exlingual... nos quoque feîices anima) , et aeterna sorlitae , cùm Deo yisum erit iterùm ista moliri. Id. Çonsol. ad Marliam, cap. XXVI. Vid. et. Episl LXF.
» les actions, les paroles d'un homme qui imite Dieu, )) qui veut lui ressembler (1).
» Quelle est la nature de la Divinité ? c'est intelli- )) gence, science, ordre, raison. Par là tu peux con- » noître quelle est la nature de ton véritable bien, » qui ne se trouve qu'en elle (2).
)) Tout ce qui arrive dans le monde fait l'éloge de » la Providence. Donne-moi un homme ou intelli- » gent, ou reconnoissant ; il la sentira (3).
» Tu n'as rien que tu n'aies reçu. Celui qui t'a tout » donné , t'ôte quelque chose ; tu es non seulement » fou, mais ingrat et injuste de lui résister (4).
» Les véritables jours de fête pour toi sont ceux où » tu as surmonté une tentation, et où tu as chassé » loin de toi, ou du moins affoibli l'orgueil, la témé- » rite, la malignité, la médisance, l'envie, l'obscé- » nité des paroles , le luxe , ou quelqu'un des autres » vices qui te tyrannisent. Cela naérite bien plus » que tu fasses des sacrifices, que si tu avois ob- » tenu le consulat, ou le commandement d'une ar- » mée(5). »
(c Notre âme est une émanation de la Divinité. » Mes enfans, mon corps, mon esprit me viennent de » Dieu (6). » .
(1) Manuel d'Épictète, liv. II, pag. 113, 114; Paris, 1798.
(2) Ibid., pag. 104.
(3) Ibid. y liv. I, pag, 69.
(4) /6îd., liv. III, pag. 163.
(5) Ibid., liv. IV, p. 172.
(6) Réflexions morales de l'emp. Marc-Anlonin.
196 ESSAI SUR l'indifférence
Porphyre (1), Proclus(2), Simplicius (3), Jam- Llique (4), ont également reconnu un Dieu unique , cause et fin de tous les êtres , existant par lui-même , infini^ essentiellement bon. Celse l'appelle le grand DieuÇb), « Quel homme est assez insensé, assez stu- )) pide, dit Maxime de Madaure, pour douter qu'il )) existe un Dieu suprême , éternel , père de tout ce » qui est, et qui n'a rien produit d'égal à lui-même? » Nous l'invoquons sous différens noms , parce que
(1) Deus est ubique , quia nusquàm inlellectus est; ubique etiam , quia nusquàm anima; denique ubique est , quoniara est et nusquàm : scd Deus quidem ubique est et nusquàm est eorum omnium, qiiaî suRt post ipsum. Porphyr. in lib. de Occas. , cap. XXI.
(2) Quis iile rex omnium , Deus unicus ,' qui et ab omnibus separatus est, et omnia nihilominùs ex se producit.^ Qui omnes fines ad se convertit, finis finium, causa prima operationum. Autor omnis boni et pulchri, cujus luce irradiantur omnia et collucent? Si Pialoni ciedis, nec explicari, nec percipi potest. Procl. in Iheolog. Platon.
(3) Omne pulchrura à prima et prsecipuâ divinâ pulchritudine ; omne verum à divinâ veritate , omnia principia ab uno principio. Id autem non,' ut ca;tera , particuiare aliquod principium est, sed principium omnia principia supereminens , supergrediens , in se colligens ; adeô ut omnibus dignitatem principii largiatur, singulisque prout naturae suae convenit.... Bonorum omnium scaturigo et principium Deus est, omniaque ex se producit, prima, média, ultima. Una boni tas producit multas bonitates, una unitas multas unitates , unum principium multa principia. Unitas autem, principium bonum, Deus, unum et idem sonant. Est enim Deus universorum causa prima, in eoque cœtera particularia fundantur. Is ipse causa causarumest, Deus deorum , bonitas bonitatum. Simplic. in Arian. Epictet.
(4) Intellectus divinus dat esse animas per intelligere suum essentiale. Ergo esse animœ est quoddam intelligere , scilicet Deum , undè dependet. ESSE nostrum, est Deum cognoscere , quia praecipuum esse animae , est intellectus suus, in quo idem est esse, quod intelligere divinâ actu perpetuo. Jamblich. in Mysl., cap. I.
(5) Origen. contr. Cels., lib. VIII, n. 6G.
» nous ignorons son nom propre. Nous le divisons » par la pensée , et adressant des prières, pour ainsi » dire, à chacune de ses parties, nous l'honorons » ainsi tout entier (1). »
Saint Augustin rejette avec mépris ce paganisnie philosophique ; mais en même temps il reconnoît que le Dieu dont parle Maxime, est celui que, selon l'expression des anciens, les savans et les ignorans confessent avec une parfaite unanimité (2).
Frappé de cet accord , Maxime de Tyr observe que (( si l'on interrogeoit tous les hommes sur le sentiment » qu'ils ont de la Divinité, on ne trouveroit pas deux » opinions différentes entre eux ; que le Scythe ne » contrediroit point ce que diroitle Grec, jii le Grec » ce qu'avanceroit l'hyperboréen... Dans les autres » choses, les hommes pensent fort différemment les
» uns des autres Mais au milieu de cette différence
)) générale de sentimens sur tout le reste, malgré » leurs disputes éternelles, vous trouverez par tout le » monde une unanimité de suffrages en faveur de la
(1) Equidem esse Deum summum sine initio, sine proie , naturaî seu Patrem magnum atque magiiificum , quis lam démens, lam mente captus neget esse certissimum ? Hujus nos virtutes per mundanum opus diffusas multis vocabulis invocamus , quoniam nomen ejus cuncti proprium videlicct ignoramus. Nara Deus omnibus religionibus commune nomen est. Ita fit ut diim ejus quasi quœdam mcmbra carptina, variis supplicalionibus prosequimur, totum colère profectô Yideamur. Epist. Maxim. Maclaur. adAugusl., inlcr Ep. XVI, tom. II, col. 20. ecf. Bcnedicl.
(2) Siquidem illum Deum dicis unum , de quo ( ut diclum est à veleribus ) docli indoclique consentiunt. Ibid. , Ep. XP^II , col. 21.
198 ESSAI SUR l'indifférence
» Divinité. Partout les hommes confessent qu'il y a )) un Dieu, le père et le roi de toutes choses, et plu- » sieurs dieux qui sont les fils du Dieu suprême, et qui » partagent avec lui le gouvernement de l'univers. » Voilà ce que pensent et affirment unanimement les » Grecs et les harhares, les hahitans du continent et » ceux des côtes maritimes, les sages et ceux qui ne » le sont pas (1). »
i( La créance des dieux, et principalement de celui n qui préside à toutes choses, est commune atout le » genre humain, tant aux Grecs qu'aux barbares (2). » Ainsi parle Dion Chrysostôme.
Ces témoignages prouvent suffisamment que la tradition de l'unité de Dieu se conserva toujours chez l^s anciens. On entend comme une seule voix qui la proclame pendant dix siècles (3), au milieu de l'idolâtrie. Nous n'avons pas cependant encore cité les autorités les plus fortes. On pourroit croire que le peuple ignoroit cette doctrine des philosophes , et c'est en effet la conséquence que plusieurs savans ont tirée de quelques paroles de Platon. Il faut donc montrer que les poètes même, que tout le monde lisoit, et qui se conformoient aux croyances reçues généralement ; les poètes, qui furent à la fois et les moralistes et les théologiens de l'antiquité , enseignoient sur ce point la même doctrine que les philosophes , et, en alléguant
(1) Maxim. Tyr. Diss. I, p. 6 et 6 éd. Oxon. 1677.
(2) Dion. Chrysost. Oral. 12.
(3) Thaïes viYoit enyiron 640 ans avant Jésus-Christ, el Maxime de Madaure dans le quatrième isiècle de notre ère.
EN MATIÈRE DE llELIGION. 199
leur témoignage, nous ne faisons que suivre l'exemple (le saint Paul (1).
Les hymnes d'Orphée jouissoient d'une grande célébrité dans la Grèce. On les chantoit du temps des Pélasges, dans la Samothrace et la Piérie. Originairement écrits en un langage qui , sous Pisistrate , n'étoit déjà plus intelligible pour les Grecs (2), Onomacrite les retoucha (3) ; et ce sont ces hymnes ainsi traduits
(1) In ipso (Deo) enim vivimus, et movemur; et sumus; sicut et quidam vestrorum poetarum dixerunt : ipsius enim et genus sumus. ^cl. WII, 28. — Saint Paul fait allusion à un passage d'Aratus, où il est dit que nous sommes les enfans de Jupiter ou de Zsiiç. Le docteur Cudworth conclut de là , que , d'après l'Ecriture même , les Grecs , par ce mol Zsù;, entendoient, quelquefois au moins, le vrai Dieu. System, mundi intellect. , p. 473 et seq. « Les mots Zsùç, z>jv, zàv, » Atj, Asùç, que les Grecs employoient pour désigner leur principale » divinité, ne sont, dit M. Clavier, le nom d^aucun personnage par- » ticulier, et ils y attachoient la même idée que nous attachons au » mot Dieu, c'est-à-dire, celle d'un être métaphysique , dont nous » ne pouvons méconnoître l'existence, mais dont nous ignorons » absolument la nature. » Biblioth. d'^pollodore, tom. II , p. 13. — C'est aussi le sentiment d'Eusébe : « Qui enim et poetarum, et ora- » torum vocibus , Jupiter (Zsii?) , celebratur, is omninô Deum signi- » ficat.» Prœpar. evmigel., lib. XIII , cap. XIII, p. 675. — « Les » pythagoriciens révéroient, dit Hiéroclès, le créateur et le père de » de l'univers sous le nom de Zsù? , estimant qu'il est raisonnable » désigner celui qui a donné l'être et la vie à tout ce qui existe , » par un nom qui exprime son opération puissante. » Hierocl. in Carm.aurea, p. 273. — Selon l'abbé Foucher, Zsùg signifie l'Être suprême , vie par essence et source de la vie , de l'ancien mot oriental Zend, vie ou vivant. Mémoir. de l'Acad. des Jnscrip t., iom. XLYI, p. 516. — Platon l'appelle le Dieu des dieux , ©so's à ôsSiv Zeùç, Deus deorum Zeus. In Crit. Oper. tome X, p. 66.
(2) This poetry was in the original araonian language , which grew obsolale among the Helladians, and was no longer intelligible : but "was for a long time preserved in Samothracia , and used in their sacred rites. (Diodor. Sicul., lib. Y, p. 322.) The Analysis of antient Mythology ; by Jacob Bryant, tome II, p. 425 et 426.
(3) Vers la 50*= olympiade; selon TalieUy p. 275. yï^.SuiàaSy voc.
200 ESSAI SUR l'indifférence
pour l'usage des contemporains de Solon, que les Lycomèdes clianloient dans les cérémonies sacrées à Athènes (1). Aristote, les Pères de l'Église, etProclus, dans ses dissertations sur Platon , nous en ont conservé des fragmens d'autant plus précieux , qu'ils forment le plus ancien monument qui nous reste de la théologie des Hellènes.
(( L'univers a été produit par Zeus. A l'origine tout » étoit en lui, l'étendue éthérée et son élévation lu- » mineuse , la mer, la terre, l'Océan , l'abîme du Tar- )) tare, les fleuves, tous les dieux et toutes les déesses » immortelles, tout ce qui est né et tout ce qui doit » naître ; tout étoit renfermé dans le sein du Dieu su- » prême (2). » Orphée proclama l'unité de ce Dieu (3), qu'il définit presque dans les mêmes termes que saint Jean: (( Zeus, le premier et le dernier, le commence- » ment et le milieu, de qui toutes choses tirent leur » origine, et l'esprit qui anime toutes choses, le chef
Ôp^évç. — Cedrenus , p. 4.7. — Slillingfleet , Orig. sacr., tom. I , p. 69.
— Brucker, Hist. crit. phil., tom. I, part. II, lib. I, cap. I.
— Fabricius, hihMoih. grœc, tom. I, pag. 130. — «Je sais qu'on » attribue d'ordinaire à Onomacrite , qui a fleuri sous Pisistrate , » quelques-uns des ouvrages qui portent le nom d'Orphée ; mais » soit qu'Onomacrite les eût simplement fait reparoître , ou qu'il » les eut peut-être ajustés au langage de son siècle, du moin » on étoit persuadé qu'il avoit conservé le fond des choses , et qu'i' » n'avoit rien changé à la doctrine. » Mémoir. de l'Acad. dcè. Inscript. , tom. XVIII ^ p. 4.
(1) BryanVs analys. of anlierdmylholog., tom. lï, p. 426, not.
(2) Orph. ap. Procl. in Plat. 7Ym., p. 95.
(3) Ei; Zsyç... s'îç âsàç sv Ttôr.vrs'jaiv : unus Zeus... unus Deus in omnibus. Orphie, Fragment IV, p. 364 edit. Gesncr.
» et le roi qui les gouverne (1). )) Quelque étonnant que soit ce passage , son authenticité ne sauroit être douteuse , puisque Aristote le cite et le commente.
Il nous reste quelques vers de Linus, contemporain d'Orphée. Il reconnoît qu'il fut un temps où tous les êtres prirent naissance (2) , et qu'il existe par conséquent un principe créateur.
L'unité de Dieu faisoit partie de la doctrine enseignée dans les mystères , dès les temps les plus reculés. « 0 toi, s'écrioit l'hiérophante; ô toi, Musée, fils » de la brillante Sélène , prête une oreille attentive à )) mes accens, je vais te révéler des secrets sublimes ! » Que les préjugés vains et les affections de ton cœur » ne te détournent point de la vie heureuse î Fixe tes » regards sur ces vérités sacrées ! Ouvre ton âme à )) l'inteUigence , et, marchant dans la voie droite, » contemple le Roi du monde ! Il est un , il est de » lui-même ; de lui seul tous les êtres sont nés : il est » en eux , et au-dessus d'eux ; il a les yeux sur tous » les mortels, et aucun des mortels ne le voit (3).»
(1) Zsùç TcpôÏTOç yivsTO, Zsùç ùaro-TO^ o:p^ixép(x.uvoi;. Zeùs xsfKXv:, Zeùs //sjo-a* Atàs S' èx Trâvra TsrvxTa.i'
Zsùç TZVOlY] TTOCVTWy...
Zsùç /SacrtAsùç* Znùç àpxoi; àizK-JTCo-j à/s/txspocuvo,.
Arisiot. de Mundo., cap. VII, Opcr. tom. I, p. 475.. Ego sum a et w , principium et finis , dicit Dominus Deus, qui est , et qui erat, et qui yenturus est, omnipotens. Joan. Apocalyp., I, 8.
(2) IIv TzGxs TCt xpô'joç ovroç, èv w à//a tcxvt è-naipvxsi.
Diogen. Laerlh, lib. I, 4.
(3) Vid. Christ. Eschembach, De poesi Orphicà, p. 136. Quelque soit l'auteur de cet Iiymne , dit l'abbé Le Batteux , on ne peut nier
202 ESSAI SUR l'indifférence
Au milieu des fictions dont Homère a rempli ses poëmes, et qui n'étoient que des fictions pour les païens aussi bien que pour nous , on découvre aisément le même fonds de doctrine que dans les vers orphiques : un Dieu très grand , très glorieux , très sage y très redoutable (1), père et roi des hommes et des dieux (2), qui le reconnoissent pour leur souverain (3), et lui adressent leurs prières (4). Assis au-dessus d'eux, il habite le plus haut sommet de l'Olympe (5) ; ses décrets sont irrévocables (6) , et il les cache , quand
qu'il ne soit de la plus haute antiquité par le sens et même par les paroles. Mém. de l'Acad. des Inscript., tom. XLVI, p. 371.
(1) Deus magnus et terribilis. Deuteron., VII, 21 .
(2) Zeu TixTep, l^Yidsv fxsSéoiv, xi/^tore, ixéyiars.
Ibid., III , Y. 276.
Mv7TiëTa Zsùç. . .
Ilid., T. 175.
Aîvorars KpovîSr]. . .
Zeù ccva. . .
/6îU,v. 351.
IlaTïjp à-jâpuvTs 3-swv ts.
Ibid., I, V. 544.
(3) Tant je suis élevé au-dessus des dieux et des hommes! dit Jupiter. Et Minerve lui répond : Père et maître souverain des dieux, nous savons tous que votre force est invincible, et que rien ne peut vous résister (trad. de madame Dacier).
Too-ffov èyo) itepi t' eifxi S-sfiiv, Trept t' si'fj' àvôpÛTCuv... â Tzâ.T£p Y}fiéTsps, Kpovt^Yi, ÙTvccre xpstovTWv, Eu vu xat rj/x£Î5 Ï^/j.s-j, o toi adè-joç, obx Ittisixtov.
ifMd., VIII, V. 27, 31 et 32.
(4) ZeO TzAzep... rdSs fxoi xprî^j-jov séX^ap,
dit la déesse Thétis. Ibid., I, y. 503 504.
(5) Eups-J 6" eùpûoTtt/. KpoviJïjv are/? ri/xeMOv a.Uo)v
AxpGTiTr} XOpU(f>y] TroXuSsipvJoç OÙXû/XTtGtO.
/6îd., Y. 498 6149».
(6) Où '/à/3 èfj.Qv 7raAiya7/5crov, ov$' aTraTïj^.èv,
il lui plaît, aux dieux même(l). Il a créé la terre, le ciel, la mer, et tous les astres qui couronnent le ciel (2).
Au commencement du quatrième livre de l'Iliade, le poète représente les dieux assemblés autour de Jupiter (3) pour entendre l'arrêt de sa volonté sur Troie. Cette fiction peut encore avoir son fondement dans une tradition véritable, puisque nous voyous aussi dans Job, les fils de Dieu, c'est-à-dire, les anges chargés du gouvernement du monde , s'assembler devant le Seigneur, et former comme un saint conseil , où Satan lui-même paroît, pour recevoir les ordres de Dieu (4).
Où^ àTshÙTYiTàv y, i, ri xev xs(pa.XY} xccTCCveûcu.
/6tU, I, Y. 526et 527.
{^:) Ov (T àv èyùv oe.Tzâ.vsu6s â-ewv èOsXoi/JH voriiycci,
MïjTt (7Ù rcx-UTO. sxccuTU SuCpeo, [xvjâè [xérûlXa..
Ibicl. , V. 549 et 550.
(2) Év fjLSv ycûocv £T£u|', Iv â" oùpoivbv, h Sh S-â^affdav, "E-j Sk roc rsîpsoc Tiâvra, roc ff oùpocvoç èc-TSçJocveavTat.
Homer. ab Eus. cit. in Prœpar. evang., lib. XIII , c. XIII.
(3) Oi'^s Brsoi yocp Zy]vi xa^vf/xsvot ityopàoivro Xpuo-s'w év §(x.TzéS(ù.
Ibid., IV, V. 1 et 2. Vid. et. Ovid. Metamorph., lib. I, V. 168 et seq.
(4) Quâdam autem die , cùm yenissent filii Dei , ut assistèrent coram Domino, affuit inter eos etiam Satan. Job. I,€; et II, 1. — Les dieux sont nommés dans Pindare, les fils de Jupiter, -noci^av Mos. Pyth., III; Antistr.fl. — Homère est plein des anciennes traditions. Dans rodissée , un des amans de Pénélope dit à l'un de ses compagnons qui maltraitoit Ulysse déguisé en mendiant : « Vous avez grand >» tort d'outrager ce pauvre qui vous demande l'aumône. Que de- » viendrez-vous , malheureux , si c'est quelqu'un des immortels ! » car les dieux qui se revêtent, comme il leur plaît, de toutes sortes » de formes , prennent souvent celle d'un étranger, et parcourent » les villes et les contrées , pour observer les violences qu'on y » commet , et la justice qu'on y rend. » On peut être tenté de
204 ESSAI SUU L'iISDlFFÊnKNCE
Après avoir parlé de dieux célestes et terrestres, nés dès le commencemenlj, et qui engendrèrent ensuite d'autres dieux , Hésiode célèbre le Dieu suprême , père des dieux et des hommes, le plus puissant^ dit-il , et le plus grand des dieux (1). Roi des immortels^, qui le reconnoissent pour leur maître (2) , honoré prinbipalement , selon Théognis , à cause de son pouvoir souverain, tout lui est soumis, il règne sur V univers, et il connoît les pensées et le fond du cœur de chaque homme (3).
ne voir dans celte croyance qu'une superstition païenne ; mais rappelez-vous que les dieux des anciens n'étoient originairement que les anges , et vous retrouverez ici un souvenir de l'histoire des premiers jours. Cela est si vrai , que saint Paul recommande l'hospitalité par le même motif pour lequel Homère défend de maltraiter le pauvre. « Exercez l'hospitalité j car c'est en la pratiquant que » quelques-uns, sans le savoir, ont reçu pour hôtes des anges » mêmes. » Ep. ad. Hebr., XIII , 2.
(1) 0£âv yévoi cdSoXo'j npSirov ^lûoudv àoiêrj,
El' àpx^i 0Û5 yata xaè oùpoivbç, &ùpùe, stixtsv, . OÏT Ix Twv èyé-jo'jzo Beoi, (Jwtvj/îsç èâwv. AsvTspov auT£ Zvjva, â-eôv Trarép' -^ es xxi àvi^poiv.».- Offcoy (péprocTOç èart S-sôv, xpôizet rs fJiéyiaTOç.
Theogon. sub. init. Selon Pindare , les dieux et les hommes ont une même origine. Ev àvSpStv, ev OîGiv yé-joç.
Ap. Eustb. Prœpar. evangcL, lib. XIII , cap. XIII.
(2) Ayrèç yccp ttocvtw.v jSocjtXsùi xoù xoCpccvoa è^ni A^avârcov, véo ^ oîj tiç èpvj'ptJTai xpàzoç ô(.).Xoi.
Hesiod. in Euseb. Prœpar. evang., lib. XIII , cap. XIII , p. 680.
(3) Zôû Tzfkrsp... àda.'j(krcov /3acri/eû.
ZsO fO.Sf ^KOfiôc^oi as. Su yccp ■jrayTSfrctv àya77£iç,
Ttf/.hv a^TOS £;ç;wy xoù fxsyàXrjv êûvcKfii.iv KvdpÙTtOi'j ^ £u ohOa vo'ov xod SrufJ-àv ixArsiou.
Ce Dieu unique et très grand, qui commande aux dieux et aux hommes, n'a point, selon Xénophane, un corps comme les mortels , ni un esprit semblable au leur(l). Il n'a point commencé, il n'aura jamais de fin (2). Rien ne lui est caché , dit Épicharme , il voit tout et peut tout (3). C'est ce Dieu qu'Aratus invoque au commencement de son poëme , et qui doit être toujours présent à notre pensée. Il remplit et soutient l'univers qu'il a créé. Sa bonté envers les hommes se manifeste dans les œuvres de sa main. Il a placé des signes dans le ciel , il a distribué avec sagesse et affermi les astres (4), pour présider à l'ordre des saisons et féconder la terre. Etre merveilleux dans votre grandeur, source de tous les biens pour l'homme, ô Père, je vous salue, vous le premier et le dernier à qui s'adressent les prières (5) !
Zsùç Kpoyiûvjç.
Thcognid. Sentent, v.709, 721,366 — 368 cf 781. Gnomic. Poët. Grœc, p. 16 et 30 éd. Brunck.
(1) Et5 ©£(55 ivTâ â^soîijt xat à.-jSpÙTtoiTt fjLéytaroç, Où'ti osyag â^yyjTCÎatv b[iouo<i, où§s vovjfKcc.
Xenophon. Colophan.y ibid. p. 78.
(2) îloAAà /xaA' ws àysT/iTov èo-j xc/,i à-juXsOpàv èuTi Moûvov, f/.0'JO'/sy£i «?i, x«î ocTpsfJiki, iiê^ à'/svvjro"/.
Parmenid., ibid. p. C80. •*
(3) Oùêsv sxtpsôysi zo Qttov, tgOto yivcôdxsiv rrs (Tst. A:3Td5 IffT àiJLôiv iTTorrTv?;, àSu-jcureï §^ où$è-j ©sèj.
Epicharm., ibid. p. 674.
(4) Quoniam videbo cœlos tuos , opéra digitorum tiiorum , lumen et stellas quac tu fundasti. Ps. VIII , 4.
(.S) Ex Aiàg Kpxoip-sOx tov où^s ttot v.-ApSi èiiiy.sy App'/jTOv. Msarat ëè Aïo^ Traiat //èv àyoïai , nâ^at ^' àvôpwTTWv àyopoù, //.£7t>j Se Bâ.).v,TijV., Kat Xias-jsç' ttkvtvj Si Atô^ y.zypr,ij-z~a. Travrèç.
206 ESSAI SUR l'indifférence
(( Honore premièrement Dieu, et ensuite tes pa- » rens(l). Sois équitable envers tous, sans acception » de personne (2). Ne repousse point le pauvre (3). » Ne rends point de jugemens injustes (4) ; car si tu » juges mal, Dieu, à son tour, te jugera. Fuis le faux » témoignage (5). Dis ce qui est vrai. Conserve la » chasteté (6). Sois bienveillant envers tous les hom-
Toû yxp yévoç è^fièv, ohs ^Tjixtoupyîoc.
O 6" VJTTIOS à.vdpôiltOl'jt.
Asità Gvjuccivst.
AÙTOç yocp TKys o^ixa.r év o\jpo!.-iGi SGTYJpL^ey^ Àjsrpa. ^iccxpûcci' èffXETra-aTO â' sic èviavrèv Aorepaç, oï xs /JiàAio-Ta rsruy/j.évc(. GrifiuivOLSy A.vipâ.(Tiy w/sàwv, o<pp' ey.n£^cx. Tlâvra fJïjrai* Kaî fjLu (ksi Trp&ràv ts xat Oo-Tarov Uâo-xovTOCi Koùps, UxTspf p-sya. S-aO/Jta, //s/ à.yQp'Si'KOifsvi 'évsixp.
Arat. Phœnomen. in Euseb. Prœpar. evangel. , lib. XIII , cap. XIII , p. 674.
(1) Adorato Domino Deo luo [Deuleron., XXVI, 10), honora patrem tuum et matrem tuam. Exod. XX , 12.
(2) Nulla erit distanlia personarum , ita parvum auditis ut magnum , nec accipietis cujusquam personam , quia Dei judicium est. Deuleron., I, 17.
(3) Cave ne forte subrepat tibi impia cogita tio,... et avertas oculos tuos à paupere fratre tuo. IMd., XV, 9.
(4) Quod justum est judicatc. /Wd., I, 16.
(5) Non loqueris contra proxiraum tuum falsum testimonium. Exod. XX, 16.
(6) II est beau de conserver son corps chaste, de garder une virginité incorruptible, et de se réjouir toujours dans des pensées pures.
Ka^ov /x£v âéfixç àyvov sx^iv, à(5//^T« ts /j.ifxvsû Ilap^svixijv, xocdupotai t àsl fxsXsâyîftoidt y^oLipzu.
Naumachii sentent. , inter Gnomic.
Non mœchaberis {Exod. XX, 13 ). Voilà le -précepte universel,
le précepte de la tradition , et vous le voyez dans toute sa pureté chez
âe même peuple où un autre poëte disoit : F'irginibus non gaudet
J^£nus , Tzv.oOs-MXKi^ ôo Kûnotç ia.vjszon. Miis. de Hcvon. cl Lcandr.
)) mes. N'use point d'une mesure trompeuse ; que ta » balance n'incline d'aucun côté (1). Ne te parjure » point, ni volontairement, ni par inconsidération; » car Dieu a le parjure en horreur (2). Ne dérobe » point les semences : c'est un crime exécrable. Paie )) à l'ouvrier son salaire, et n'afflige point le pauvre (3). » Veille sur ta langue (4) ; ne révèle point le secret )) qui t'est confié (5). Ne commets point d'injustice , » et ne souffre pas qu'on en commette. Donne tout de » suite au mendiant, et ne le remets point au lende- » main : donne à pleines mains à l'indigent (6). Re- » cois l'exilé dans ta maison (7). Sois le conducteur » de l'aveugle (8). Aie pitié des naufragés, car la na- » vigation est incertaine. Tends la main à celui qui
(1) Non habebis in sacculo diversa pondéra, majus et minus ; nec erit in domo tuâ modius major et minor. Pondus habebis justum et verum , et modius œqualis erit iibi. Exod. XXV, 13, 14 et 15.
(2) Non assumes nomen Domini Dei tui in vanum ; nec enim habebit insontem Dominus eum qui assumpserit nomen Domini Dei sui frustra. Ibid., XX, 7.
(3) Non negabis mercedem indigentis, etpauperis fratris tui, sive advenaî, qui tecum moratur in terra, et intra portas tuas est; sed eâdem die reddes illi pretium laboris sui anle solis occasum, quia pauper est, et eo sustentât animam suam. Deuleron., XXIV, 14 et 15.
(4) Noli citatus esse in linguâ tuâ. Ecclesiast., IV, 34.
(5) Secretum extraneo ne révèles. Proverb., XXV, 9.
(6) Non obdurabis cor tuum , nec contrahes manum , sed aperies eam pauperi. Deut. XV, 7 et 8.
(7) Deus raagnus , et potens , et terribilis , qui personam non accipit, nec munera...., amat peregrinum , et dat ei yictum atque vcstitum. Et vos ergo amate peregrinos, et quia et ipsi fuistis advenaî in terra ^gypti. Ibid.,\, 17, 18 et 19.
(8) .Maledictus qui errare facit caecum in ilinere. Ibid., XV, 18.
208 ESSAI SUR l'indifférence
» tombe (1) ; secours l'homme abandonné. Tous boi- » vent à la coupe des maux ; la vie ressemble à la )) roue d'un char : il n'est point de bonheur stable. )) Es-tu riche, partage avec l'indigent, rends-lui ce )) que Dieu t'a donné , et ne fais point de différence » entre l'étranger et le concitoyen : car la pauvreté » voyage sans cesse ; elle nous visite tous, et il n'y a » pas un coin de terre où les hommes puissent poser » le pied solidement. Dieu seul est sage , puissant ; )) seul il possède des richesses infinies et impérissa- » blés (2). »
Qui parle ainsi? est-ce Moïse, ou le fils de Syrach, ou quelqu'un des prophètes? Non, c'est un poète grec, Phocylide, qui vivoit environ six siècles avant Jésus-Christ. Oii puisoit-il cette profonde sagesse? quel maître lui avoit enseigné , avec l'unité de Dieu ,
(1) Oculus fui caeco , et pes cîaudo. Job. XXIX , 15.
(2) ITpwTa 0£ov rificc, fJLsrénsiTa. as aeio yo'j%c(.ç. nâo-t (Jt'xata vép-zvj, fxY)§s xpCvtv èç X'^P'-'-' É'^^^siv. Mv? pi'j:'j-/i(i Tzsvîriv' o:t?txw5 fi^ xpue Trpoo-WTTOv.
Hv ffù xaxwç (J'ixâTvjç, aè Qeôi; fisriiTSiTcx. ^ixâccet. Maprypt'yjv 'psu^ (psvysiv' rà ^txat' àyopsûevj. TlxpOsvîyjv repetj. à.yâ.7ZYi-j §'■ h Traat (pul&,(3'7svj. MsTpcc véfjLsu rcc ^txaia, xcx.Xo-j «T èniiJ,STpov avraTi. ^Tccô/xàv fjLV] xpoûetv érspô^uyovf àXX' ïnov eAxstv. Myjr' èniopxsîv, /a>jt' àyjoiv], f-'ô'^i ex^vr^ Ysû^opxov oTuysst ©sèç a/^êpOTOç octiç ôfjiôaset. ^Tzépixcfxa. fiY) xXsTZTsi-y fiTra/îâo-iwcç, co-tis é'Aîjrài Misôov jadp^ôvjffocvTt §L§ov' fj.r) 3-Aî'ê>7 TrsvïjTa. TXÛŒ'T^] voîjv è)(Stisv. xpUTt-TO-j XdyO'j Iv cpps^iv t'jyzvj. M>3t' àâixstv èôiXYjç, /jtyjr' ouv oc^txoOvra. sâ^vj.;. rirop^â ^ eùôi) oiSou, fj.yjâ' ocopiov èXdéfusv £i7r>7ç. n/vj/jcisaç crs3 ;^S£/3' é'Xeov yp/j^ovri nv.pâirsypu . A.nrs'/O'j sic, oixov oé^cx.t, xvÀ tu^Xg-j oS-oysi. ^«.'^riyoùç ol'xrsipov, èT^st nXooç ècriv v.oyiXoç.
la règle des devoirs ? Ne voit-on pas qu'il ne fait que rappeler une doctrine universellement connue? et pour quiconque n'est pas résolu à tout nier, n'est-il pas évident que le flambeau de la première révélation ne s'éteignit jamais dans le monde ?
Où trouvera-t-on un témoignage plus formel , plus clair que celui-ci, sur l'immortalité de l'âme : « Les » parties qui composent le corps humain forment une » harmonie qu'il n'est pas permis de détruire. Nous » espérons que ceux qui ont abandonné leur dépouille » à la terre , en sortiront bientôt pour venir dans la )) lumière : ils seront un jour des dieux ^ car les âmes » des morts sont incorruptibles. L'esprit est l'image )) de Dieu. Pour le corps, il vient de la terre et s'en )) retourne en terre ; nous ne sommes que cendre , )) mais l'esprit remonte au ciel (1) ? »
Voilà bien expressément un Dieu unique , et des
'S.eXpcx. Treffo'yTt âiiou' a&uov 6" «Trspto-TaTo'y ccvâpct. Kotvà Tzàdr] Trâvrâv' è ^ioç, Tpoxôç kctcktoç' ZXQoç ïlXoOrov e/wv, (jy)v /erpa nsvtjzeijouaiv ope^ov' âv (TOI s<?&Jxe 0eà$, tou'twv ;f/5^Çoyfft 7ia.pK!Txou.
EffTWaav Ofxdrifxoi èTr/iAuiysç èv ttoXivjtouç' IlàvTeç yâ.p 7rsvtv7ç TtsipûfiedcK rîjs TzoXvnXikyxroii' X.ûpri â" où Ti /Séêaiov é'^et TttSov «v^/îWTroia-».
ETç Qsqç, êffTt fjoooç,, âuvcx.TÔç âi^ afJLO. xcà Tro^ûoAêoç.
Phocylid. Poem. admonitor. Gnomic. Poet. Grœc, p. 112 et 113 ed.Brimck.
(1) Où X.CX.XÔV (xpfioviy]v Kvcx.Xùeixsv àvôpcùTtoio'
Kai Toc^of ^ èx ycuirie, èX-izi^Ofiev èç (pàoç èXdeVj AsiTTffav xnoixoy-évoiv. Otzîuco as Breoi rsXéOovTCX.i. Yup^at ykp fitfxvouatv OLX-qpioi kv ipdifiévoiai. UveCficx. yxp èyri QsoO xp'à'J'-i ^v>jTotcri xat elxcîv. TOME 3. 14
210 ESSAI SUR l'indifférence
dieux qui sont les âmes des justes (1). Le crime des païens consistoit à leur adresser le même culte qu'au Dieu souverain : aussi Phocylide recommande-t-il de ne pas excéder^ dans les honneurs qu'on leur rend, et qui doivent avoir des homes (2).
Simonide, Linus, Archiloque, Callimaque et plusieurs autres poètes célèbrent un Dieu , roi de tous les dieux (3) , qui obéissent à ses lois , et Dieu par luimême (4). Il est la fin de toutes choses, et tout est soumis à sa volonté. La vie de l'homme est en sa puissance ; il en fixe la durée (5). Rien ne lui est impos-
'S.&fia. ê' ap' èx yocîvjç é'xofis-j, xcù ttôcv to(J' Iç aîirvjy Avôfxs'jov xo'vtç ÊTTt'y. Arip ^ àvà 7TvsOfi.o(. 6éSsxTcx.i. Phocylîd. Poem. etc., p. 115. Et Eurip. Supplie, v. 532. PuWis es, et in pulverem reverteris [Gènes. III, 19). Anlequàm... revertaturpulvis interram suam undè erat , et spiritiis redeat ad Deum qui dédit illum. Eccles. XII , 7.
(1) Je l'ai dit : vous êtes des dieux , et les fils du Très-Haut. Ego dixi : dit estis , et filii Excelsi omnes. Ps. LXXXI , 6.
(2) M-érpcx. iè zsuxs âsotaC tu yà,p fxérpov èariv ciptaTOv.
Phocylid., ib., v. 92.
(3) Ipse estDeus deorum, et Dominus dominantium Deuteron., X, 17.
(4) QsO'J KÙTOV
Deum ipsum.
Zïjvoç sot Tt X£v ôcXXo Tza.pà (T7rov«?ïj(jtv àsihiv Awiov, >3 0eov, ocÙTOVy ocsi fxéyKv, atev avaxra ; Uv]Xoyàv(>iv èXocT^poCy ^txaffTioUov oùpa.vi^v}7i.
Callimach. Hymn. I, p. 3 ; Paris, 1G75.
(5) â Trat, TéXoç [ih Zeyç ëx^i jSxpûxrvizoç
UXVTCOV, l'7 è(TTt, Xat Ttôïjff' OTTV? S-£^£t.
Nouç â' oùx 57r' «vÔ/swttoktiv* àXX èf/jjjLspoi Asi jSporoi Sy) ^Sifxev, oùâèv eiSorec, Ottwç sxa.'STO-j lxT£/eyT>3(7et ©sôç.
Simonid. fragm. IV inler Gnomic.j p. 99 éd. Brunck.
sible (1), et tout est facile à celui qu'il aide (2). Le roi est son image vivante (3). Il règne dans les cieux (4). C'est lui qui distribue les richesses (5) , les biens et les maux. Ami de l'équité (6) , il est bon envers les bons (7) ; il écoute la prière du juste (8), et c'est pourquoi le fruit de ses œuvres ne périt point , et sa fin est heureuse (9). Soyez donc juste, et Dieu combattra pour vous (10). Souvenez-vous de lui dans la prospérité(l 1). C'est lui qui vous nourrit (12). Il est partout,
(1) Pa(?t« Trâvra 0£(5j rsAss-at, xai àvôvozov oùSh.
Lini fragm., inter Gnomic, p. 191. vet. cdil.
(2) ©eèç tjwepySfj, TTocvra tzoisX pa^ioiç,
JDiversor. Sentent, inter Gnomic, p. 213 éd. vet.
(3) Et'xwv {?£ fic(.7iXeùç èsTiv ^jx^uxoç, &sou.
Ibid.,T^. 203.
(4) û Zsu, aov fièv oùpcci/oO xpocTOç, av S' ipy^a. Eîr' àvôpÛTioix; /setç, Xsupyù re xix.1 àôéaiarv..
Archiloch. ap. Euseb. Prœpar. evangel., lib. XIII, cap. XI II p. 687.
(5) 0eÔ5 ^ kizl oXQov oTrâÇvj.
liUan. fragm. inter Gnomic, p. 171 ed' vet.
(6) ■ Z>jvt â-ewv xpeiovzt Jc'xvj t' l7rt>j/5« fépou'ycx..,
Ibid.
(7) ÈaOXfo yxp àvâpi, èaôXk yccp SiSol Qeoi.
(8) E{5;ç5js âixcx.îa.ç oùx àvvîxooç 0£oç.
(9) kvSpoç ^ixotiov xocpnoi oùx àitôXXora.i. Biou $tx</.iou yiyjsTXi reXo<; xocXôv.
(10) At'xata âpKtJocçy <jU[iix&.xov rsv^Y] &soO.
(11) Atxaiov su TrpâTTOvra iJLSfxvY)(j6a.t 0goO. (IS:) To yocp rpéfov [xs, toOt syù xpiv<rt Qsôv.
Ibid.
Ibid.,
Ibid.,
Ibid.
Ibid.
Ibid.
il voit tout (1), rien n'échappe à sa vue (2). Ne croyez pas que le parjure puisse se cacher de lui (3). 11 conduit le méchant au supplice (4). Ne cherchez point à lui résister (5); c'est en vain qu'on lutte contre lui (6). Mortel, abaisse tes pensées devant Dieu; adore-le, apprends à le servir, c'est ton premier devoir : occupetoi sans cesse de son culte, et Dieu lui-même sera l'âme de toutes tes actions (7).
(1) nâvTïj yàp è7Tt, TTOcvra t£ jBXéTcei ©£0$.
Rhian. fragm, inter Gnomic, p. 215 vet. éd.
(2) Ô|ùç &£oO (î* ôf9(x.Xfj.oç etç tù Trâvô' épav.
Ibid., p. 217.
(3) 0£Ôy éntopxôîv [MT) Sôxet Xelyjdévcct.
Ibid., p. 221.
(4) Ayet to &sTov tous xaxoùç Trpog t^v ^t'xvjv.
Ibid., p. 217.
(5) Xpi) Ss Ttpoç Qsèv oùx è/DiÇeiv.
Pindar. Pyth. II, p, 228 éd. Heyn.
(6) 0£(Ç fjiâ.xs<j6ce.i $si^ov èart.
Divers. Sent, inter Gnomic, p. 229.
(7J Qvvjzoç (jefUKÙç ix^ fpov7)i ÙTTépOsoi"
Qeov Géèovy xat Trdcvra 'jtpx^ei.ç Ivâe'wg. IfTrèp sùaeBs(a.<; xaè AâAsi, xai fiàvôuve.
ib«d.,p.2l3.
Tu remplis , dit Pindare , le juste précepte que le centaure , né de Phylire , donnoit au fils de Pelée , privé de son père et retiré dans les montagnes : premièrement , d'adorer le Souverain des dieux , qui conunande au tonnerre, et ensuite d'honorer ceux qui nous ont donné la vie.
Sy Tot... ôpôùv
Ay£t5 ècpYiixoavvccv, ràv ttot' èv oopsai ^ccvTi fjLeycx.Xvij6s-jei^iXûpcci vià-j àp<ptx.vi^Ofiévù) UvjXei^o/:, nocpaivetv* fiKXivToc fxèv KpoviJav, Bcx.puÔTia.v ffT£/307râv xE/sayvûv re iipûru.viv, 0£Ûv aéyeudcù' Taiiraç Js /ivj Tiore rif/.a,ç Afj.eipsiv yo-^eco-j ^lov 7r£7r/5W/Aevov.
Pindar. Pyth. IF, tom. I , p. 333, 334.— Le savant Heyne fait sur
La tribune et le théâtre même retentissoient de ces maximes, tant elles étoient conformes aux croyances communes. Démosthène distingue le Dieu suprême de tous les autres dieux (1). Eschyle, Sophocle, Euripide , rappellent sans cesse un Dieu infiniment élevé au-dessus des dieux, et qui n'est assujetti à aucunes lois que celles qu'il s'impose à lui-même (2). Père très parfait (3), tout-puissant (4), seul libre (5), son jugement est toute vérité (6). Il hait la violence (7), et il envoie le châtiment à l'heure marquée (8). La prospérité est un don de ce Dieu (9) très grand (10) , très
ce passage une remarque que nous citerons. « Quàm praeclarum » enim hoc praeceptum : Inter omnes deos maxime Jovem esse co- » lendum! Immô verô S^eàv, Deum, le%endum fjLKXiara. filv KpoviSa.v » S-iov asXssdoct.
(1) 11/305 Aibç xai âssiv, per Jovem et Deos. Orat. pro Coron.
(2) ^ Zsbç
iSioii v6/j.otç xpc(.TiivOiv, T'Ksprjfcoiov âeoXat Total itàpoç Sei'xvvatv a.ixfJ'-â.v.
Mschyl. Prometh., y. 403—405, tom. I,
p. 33 éd. Schûtz.
(3) â ZsC izKTsp TravTsAiç.
Id., Seplem ad Theb., t. 3 , ibid., p. 90.
(4) â -na.yx.pxTèç Z«Cî.,
Ibid., V. 240, p. 99.
(5) ÉXeOÔepoç yàp outiç è»Tt tzX^v àidç.
Id., Promelh., v. 60, ibid. p. 7. .
(6) EîJôûvvj Atàç eu TTOcvaAvj^^ç. ^.
Id., Supplie, V. 85, p. 240.
(7) Mtffeîyàp ô Quoç -rviv fiiocv.
Eurip. Helen., act. III , p. 639 éd. Basil.
(8) JVe/Aci Tot ^txay &&bç,, orav tî;;^*?.
Id., Elecir., act. V, p. 666.
(9) ©eou êk ê&pô-j sariv eÙTuy^sXv (Spozovç.
JEschyl. Sept, ad Theb., v. 610, tom. I. p. 122.
(10) MsytVr&J Zvjvt.
Eurip.Ion.Init., ^. 661.
2(4 ESSAI SUR l'indifférence
sage (1), protecteur des supplians (2), maître des trônes (3) ; de cette puissance éternelle (4) qui dispose de notre sort (5), et de qui nous dépendons entièrement (6). Inaccessible à notre esprit (7), Dieu voit tout et gouverne tout (8). Son règne est éternel (9). Roi des rois, il surpasse en félicité, en puissance, en perfection tous les êtres (10). Adorez donc ce Dieu suprême, qui dirige les destins par une loi
(1) lofôç yocp è 0c(5ç.
Eurip. Phœniss. act. II , p. 98.
(2) Zeùç fxèv ocfiATCop.
jEschyl. Supplie, v. 1, tom. I, p. 235.
(3) Spdvuv àpxsT(x.v.
Eurip. Heraclid., act. III , p. 511.
(4) ii Aièç àye-jvocov xpocroç.
Id., Oresl., aci. IV, p. 72.
(5) Upoç àlXcLç, <r éAaûvet ©sèç Gunfopa.^ ràç is xpeiiau,
Ta xocxàv ^ àyccdov.
Id.,Helen., act. II, p. 534.
(6)) il Zeu, Tt âfiru. toÙç TaiatTTW/soyç jSporoxjç ^poveu Xéyoïxji; aoO yâ.p è^v]pTyiy.£6a., Ap&fjiSv TS TQicfM\ àv ah Tuy^of-mz ^éXoiv.
/d.. Supplie, act. III, p. 292.
(7) Il Bvyurepy b ©sôç, wç ëfn, ri Ttoixilov, Kaî ^y(TT£x/Jta/5T0v, eu Sk ttwç à'jK<7rpéfst, Exeicre xaxsiff' àvxfépoiv.
Id., Helen.;aici. II; p. 535.
(8) Ô 7ravT« vs/xwv... Zeùç.
M. JEschyl. Prmneth., v. 526, tome I, p. 41.
EffTt fi.éya.q èv oùp(x.v& Zeùç, Sç èipopex. Trâvra, xaî xpxrvvsi.
Il y a dans le ciel un grand Dieu {Zeus), qui voit tout et gouverne tout. Sophocl. Eleclr., v. 174 et 175, tom, II, p. 143. éd. Brunck.
(9) Tiyocp TreTT/owrat Zvîvt, tt/vjv Scsi xpurslv;
JEschyl. Prometh., v. 519, tome I, p. 40.
(10) Aval àvOCXT&>V, IMKXKpUV
MaxapraTs, xcù rsAswv TeXsiÔTCcrov xpv.roç, oAêie ZeO.
/d., Supplie, V. 525—528; «6td., p. 272.
EN .MATIÈRE DE RELIGION. 2i 5
antique; qui multiplie les troupeaux, qui fait naître dans leur saison les fruits de la terre , que nous recevons par le ministère des dieux (1) : des dieux à qui le Roi (2) dont le royaume est immortel (3) a tout donné, excepté l'empire (4).
{( Dans la vérité, il n'y a qu'un Dieu; qui a fait le » ciel et la terre , et la mer azurée , et les vents impé- » tueux. La plupart des mortels, dans l'égarement de » leur cœur, dressent des statues des dieux, comme )) pour trouver dans ces images de bois, d'airain, » d'or, d'ivoire, une consolation de leurs maux. Ils )) leur offrent des sacrifices, ils leur consacrent des » fêtes, s'imaginant qu'en cela consiste la piété (5). »
(1) Z>7va fjLéyixv agêovTûJv
Tôv ^âvioVf TravUTie/STarcv, Oç 7:o)li& vo/aw aSrav àpdoi.
KapTTOTsAî? 6s toi ZeÙs èTrixpxivsTCo ^épfjLKTi yôiv TtocvSipu.
UpÔvOfJLCX. Se jiOTCC
Tùç TzoXiJyovcx. rsXéôoi' Ta Tràv S" èx Scf,ifi.à)ioiy X(k<x.Qotsv. Mschyl. Supplie, v. 671— 673, et 688— 693. /&îd., p. 281 et 282.
(2) à 'val.
Sophocl. Trachin., v. 1087, tome I, p. 267.
(3) À^A' S) xpKTÛ-iiuv, s'cTzep opd' àxoûsiç,
Se, TKv Te aâv à^àvarov atèv «ppfâv.
Id., OEdip. rex., v. 93— 95.— /6«'d., p. 43.
(4) ATravr' èTrjoâx^v? tzXy}v ^eoi7i xoipKveiv.
jEschyl. Prometh., \. 49, tome I, p. 7.
(5) ETç rars àAvjôeïaoriv, eiç kaziv ©sàç,
G 5 oùpocvov réTsuxs, xkI youocv fiocxpriv, IIovToy ze x^-poTZOv oïSfia., xcù àve'/AWv /St«ç.
©VJJTOt ^£ TtoXXol Xixp8i%-J TzX(^.VÛ[XZVOl,
216 ESSAI SUR l'indifférence
Ce n'est pas Sophocle seul qui reprochoit ainsi aux Grecs leurs vaines superstitions. Des poètes comiques Hiennent le même langage. « Si quelqu'un, dit Mé- » nandre , croit , par de nombreux sacrifices et de » riches présens, se rendre Dieu favorable, il s'abuse, » son esprit est aveuglé. Le devoir de l'homme c'est » d'être bon, de respecter la pudeur des vierges et » des épouses, de s'abstenir du meurtre et du vol, de » ne pas même désirer la plus petite partie du bien » d'autrui; car Dieu est près de vous, il vous voit. » 0 mes amis ! Dieu aime les oeuvres justes , il dé- » teste l'iniquité. Soyez donc justes jusqu'à la fin , et » sacrifiez à Dieu avec un cœur pur (1). »
©yfft'as re rovroiç, xa.ixcx.X<kç TvxvYiyûpeiç IiréfOVTSÇf oùrcoç tùasysZv vOfÂ-i^Oftev.
Sophocl. in Euseb. Prwpar. evang., lib. XIII , cap. XIII , pag. 680 et 681.
(ï) Eî'tis (Ji S'uo-iav Trpofff^/jwv, ô5 Ilâ/xçjtAe,
Taypwv TfîtAîîôOç, ^ èpifOiv, i^ vnj At'a Èrépcàv TOiovroiv, ^ xarao-xeyàir/iiaTa, Xpuo-ôcç Troivjcaç )^Xa.fjiûS(x.<;y iiTOi 'itop(pvpS:ç, H Si è).éfxvTOç ^ G[ia.pâ.ySo-j ^ûSix, Eyvoyv vofjii^si tov &sov xaôsffTavat* TlenX(kvr}r' èxeivoç, xcd fpév(x,ç xoûcf>cx.ç s'xei- ■'- Aet yocp ràv â.v$pcc yp-^ai[xov Tz&pvxêvKt,
M^ Ttccpdévouç fôsîpovrtK xoù /AOip^^w/xsvov, KXé7tT0vT<Xf xcù (TfXTTOvTex. ;fp>j//.aT(!3v X^/"^* M-TnSè (SeXôvYjç evc(.fxix iTTiôy/x^ç, Il cx.fj.(pùe, G yocp Ssoç ^Xénsv as Tthiuiov lixpdv. "
[x-nSk /S^Aovïjç,
£l (piXrax , èni6ôiJi.-/]rjov àXXorpiccç ttotè. , O yccp &SOÇ y é'pyoïç âixKioiç, i^^STCCi,
Kcù oùx oiSixoiç,...
(( Pensez-vous que ceux qui ont passé leur vie dans )) les festins et dans les plaisirs, puissent échapper » après leur mort à la justice divine ? Il y a un œil » qui voit tout ; et nous savons qu'il existe deux che- » mins à l'entrée des enfers , l'un qui conduit au sé- » jour des justes, et l'autre à la demeure des impies. » Allez donc, dérobez, ravissez, ne respectez rien : » mais ne vous y trompez pas; il y a un jugement dans » l'enfer, un jugement qu'exercera Dieu, le maître » souverain de l'univers , dont je n'oserois prononcer » le nom formidable. Il prolonge quelquefois la vie du » méchant : que le méchant ne pense pas pour cela » que ses crimes lui soient cachés, ou qu'il les regarde » avec indifférence ; car cette pensée seroit un nou- )) veau crime. Vous qui croyez que Dieu n'est pas, » prenez garde : il existe, oui, il existe un Dieu ! Si » quelqu'un, né mauvais, a fait le mal, qu'il profite » du temps qui lui est laissé; car plus tard il subira des » châtimens terribles (1). »
Tr} xv.p§î(x..
Menandr. ap. Emeh. Prœp. evang., lib. XIII , c. XIII , p. 683. — Vid. et. Pers. Satir. II, v. 69 et seq. — Et Lucian. de Sacrif., pag. 186.
(l) Ot'êt ab Toùç S-avdvraç, S> Ntxvf/sars,
TpufYiç «.Ttâ-rr)^ fxeT(x.Xa.èôvTocç èv /StdS
Jlsçjsyysvat ro ©stbv, wç ^.eXyiddrocç;
EffTtv (Ji'xyj; ôfôccXiioç, oç rcc Tzàvd' ôpu.
Koù ykp xaô' â(5Vjv §ùo rpt&ova vo/jLi^o/xev,
Mi'av Six.y,((>èv, sTépccv ê" àdsySiv etvv bpov.
AtzsX6&v, xXéTZT KTiOGrépsi, xôxoc'
M^jâsv TrAavïjS^ç, êVrat xav ocâou xpiiiç,
HvTTS/s TTOtvjVet b &eoç è TiâvTWv Aeo-7rOT>7ç,
Ou TQuvofxiK ipoQspov, oùS' écv OVOfxAvKl/X è'/Ù
218 ESSAI SUR l'indifférence
Qu'est-il besoin d'ajouter de nouveaux témoignages? et qui pourroit douter que la tradition n'eût conservé dans la Grèce païenne la connoissance du vrai Dieu (1) ? On le prioit, on l'invoquoit , on chantoit des hymnes à sa louange , et il nous en reste encore des fragmens. (( Roi glorieux des immortels ; » adoré sous des noms divers, éternellement tout- » puissant, auteur de la nature, qui gouvernes le » monde par tes lois , je te salue ! il est permis à tous » les mortels de t'invoquer; car nous sommes tes en- » fans, ton image, et comme un foible écho de ta » voix, nous qui vivons un moment et rampons sur » la terre. Je te célébrerai toujours, toujours je » chanterai ta puissance. L'univers entier t'obéit ,
At<?ûJ(7tv. Eifrts âè ^v*iT&v ouxcu, TOÙfy}fX£p(x.v Kocxov Ti npôcsacùv, T0Ù5 ©cOÙ? Ae)>ïjÔ£yat, Aoxsi TvovYipôc, xoù Joxwv «AiffxsTat, Ozocj (7)^oXv]v oiyoufjoc. ixjy/ÔLvt) éixv}. Opccô' b(jOL âoxsirs obx eivoct &eov' Eartv yocp, surtv. Et Se rtç Ttpckrrst xaxwç, Kaxèç Tzefuxùç, tov p^/sovov x^pSouvètu, Kpô-jc^ ykp ouTOç VGTSpov (?w<7£t Sixy]v.
Biphilus comicus ap, Euseh. ubi suprà p. 683—685 j el ap. Clément, ^lexandr., Siromat.y lib. V, p, 606.
(1) Le docte Huet a cité un grand nombre de passages, ou les anciens enseignent que Dieu est incorporel , immatériel , indivisible, parfait, très beau, infini, immense, immuable, éternel, immortel , un , ineffable , inconnu ou incompréhensible , bon , vrai , heureux , tout-puissant , auteur des biens ; principe , cause et fin de toutes choses , roi , seigneur, l'être premier, suprême , au - dessus de toute substance, de toute essence et de tout esprit ; qu'il n'est sujet à aucune passion , et qu'il se suffit à lui-même. Alnelan. Quœsl., lib. II, cap. II, p. I02etseq. Vid. et. Cudworth Systcma mundi inlellect., cap. IV, § 19, p. 355 et seq.
)) comme un sujet docile. Tes mains invincibles sont )) armées de la foudre ; elle part , et la nature fré- » mit de terreur. Tu diriges la raison commune , tu » pénètres et fécondes tout ce qui est. Roi suprême, » rien ne se fait sans toi , ni sur la terre , ni dans le » ciel , ni dans la mer profonde , excepté le mal que » commettent les mortels insensés. En accordant les » principes contraires, en fixant à chacun ses bor- » nés , en mélangeant les biens et les maux , tu main- » tiens l'harmonie de l'ensemble | de tant de parties » diverses , tu formes un seul tout , soumis à un ordre » constant , que les infortunés et coupables humains » troublent par leurs désirs aveugles. Ils détournent » leurs regards et leurs pensées de la loi de Dieu , loi » universelle, qui rend heureuse et conforme à la )) raison la vie de ceux qui lui obéissent. Mais, se » précipitant au gré de leurs passions dans des routes » opposées , les uns cherchent la gloire , les autres )) les richesses, ouïes plaisirs. Auteur de tous les » biens , toi qui lances le tonnerre du sein des » nuées (1), père des hommes, délivre-les de cette » triste ignorance , dissipe les ténèbres de leur âme , » fais-leur connoître la sagesse par qui tu gouvernes » le monde , afin que nous t'honorions dignement et )) que sans cesse nous chantions tes œuvres, comme
(1) Les anciens, persuadés qu'on ne peut pas voir Dieu ( Deus absconditus) , le représentent presque toujours environné de nuages. De là ces épithètes qu'Homère joint si fréquemment au nom du Dieu suprême, qui rassemble les nuages, ou enveloppé de nuages^
220 ESSAI SUR l'indifférence
» il convient aux mortels ; car il n'est rien de plus » grand , pour l'homme et pour les dieux , que de » célébrer dans la justice la loi universelle (1). »
On voit dans les poètes latins, comme dans les poètes grecs, un Dieu unique, père des dieux et des hommes , éternel , tout-puissant , qui a créé le monde et qui le gouverne par sa Providence. Il est partout, il habite nos âmes , et aucun dieu n'est semblable à lui (2). Quel Romain pouvoit ignorer ce Dieu très
(1) Kj;(yiffT' àôavàTwv, X. t. X. Aïialecla veter. Poetar. grœc, lom. III, Leclion. et Entend., pag. 225 éd. Brunck.— L'hymne de Cléanthe a été traduit en vers dans plusieurs langues ; en latin , par Jacques Duport; en français, par M. de Bougainville; et en allemand, par Gedick.
(2) Jupiter oninipotens regnum rex ipse deusque, Pi'ogenitor, genitrix que deum, deus unus et umnis.
Valérius Soranus, cité par Varron (lib. De cultu deor. ) Âb Jove principiuni. . . ^ovis omnia plena.
Virgil., Ecl. III, T. 6o, DÎTumpater atquehominum rex...
0 pater, ô hominum diyûm que aeterna potestai. Idem, Maeid. X, t. a et 19.
Pi'incipio cœlum, ac terras, caniposque liquentes, Lucentemque globuni lunae, titaniaque astra Spîritus intùs alit : totamque infusa per artns Mens agitât molem, et magno se corpore niiscet. ludè hominum pecudumque genus, etc.
Id., ibid. VI, T. 724 et «eq.Vid. et ib. , t. 689 -, et Georg. I, t. 3a8.
Gœlo tonantem credidinius Jo^em Begoare...
Horat., Od., lib. III, od. V.
Quid priùs dicani solitis paientis Laudibus: qui res hominum ac deorum, Qui mare et terras, variisque munduni
Tempérât horis Undè nil majûs gencratur ipso :
Nec viget quicquam simile aut secundum.
Id., lib. I, od. XII. Vid. et lib. III, od. I et lib. IV, od. IV.
Le IVec quicquam simile rappelle ce passage du psauine LXXXV : jyon est similis tut in diis.
bon et très grand (1) , dont le nom étoit écrit sur tant de monumens divers? Les Étrusques Tappeloient Jove ou Juve , et ils le regardoient comme la première cause qui avoit donné l'être à tout ce qui existe , le principe du mouvement et de la vie , le gouverneur et le modérateur de l'univers (2),
Ovide peint le Dieu créateur, Opifex rerum , démêlant le chaos à l'origine du monde.
Hanc Deus, et melior liteni natura diremît.
Metamorpb., lib. I, t. ai et seq,
Sator deorum. — Summus Deus. — Divûm reclor atque hominum. Senec. Irag. HippolyL, y. 156, 620 et 677.
Tu summe cœli rector, œtheriae potei»
Dominator aulœ. . .
Id., Thyest. t. 1078.
Siiuul ista mundi conditor posuît Deus, Odiuni atque regnuni...
Id. Thebais., v. 656,
Vid. et. Hercul. fur., v. 299, 385 et 645: Hercul. OEius., v. 1 et 1300; Oc<av.,v. 228.
Magne pater divûm, saevos punira tyi annos Ilaud alia ratione Telis cùni dira libido Moverit iugeniuni, ferventi tincta veneno : Virtutem videant, intabescantque relictâ.
Pers., Satir. III.
Ëstne Dei sedes, oisi terra et pontus et aer ? Lucan.
Et triplicîs mundi sununum quem scire tiefastum est, Illum sed taeeo. . .
Stat., Theb. IV, y. 616.
Forma Dei mentes habitare ac nuniina gaudet.
Idem.
Principem et maxime Deum.
Lact. Ethn. ad Stat., Theb. IV, 556.
Imperator drvûm atque hominum.
Plaut. in Rud.fProlog., v. 11.
(1) Deus optimus maximus. — On a trouvé cette inscription sur une lampe antique : Deo qui est maximus. Antichità di Ercolano , iom. VIII, pag. 264.
(2) Eumdem quem nos Jovem intell igunt, custodem rectoremque universi , animum ac spiritum , mundani hujus operis dominum et artificem.... Idem Etruscis quoque visumest. Senec. Quœst. JVatur.,
222 ESSAI SUR L'iiNDitTÉRENGE
Ouvrez les ouvrages des anciens ; à chaque instant ils y parlent de Dieu d'une manière absolue (1), parce
lib. II , cap. XLV. — Le nom de Jupiter ( lao-Pater), devenu si célèbre dans l'antiquité païenne, n'est que celui de Jehovah, qui caractérise l'essence de Dieu existant par lui-même , et par qui seul tous les autres êtres peuvent exister. Ce nom se prononçoit et s'écrivoit autrefois lao ou Jou: c'est ainsi que Diodore de Sicile appelle le Dieu de Moïse (liv. I, pag. 59). L'oracle d'Apollon Clarius , qui étoit de la plus haute antiquité , nommoit , selon le témoignage de Macrobe, le plus grand des dieux lao {Satur. 1, 18. — Strab. XIII, pag. 442). Suivant Aulu-Gelle, l'ancien nom de Jupiter étoit Jovis qui ne diffère de lao ou de Jou que par sa terminaison {]yocLaU.,y.n).
(1) Nous en citerons quelqpies exemples pris au hasard dans divers auteurs. « Ce que Dieu a résolu de faire , l'homme ne peut l'empê- » cher. » Ôrt est y£vé76a.i. èx. toO Qeov , à/x>î;^avov àTZOTpé'pon oi.-jBpùizu. Hérod., lib. IX, cap. XVI. — ^Dieu n'a-t-il pas faille mâle de l'abeille » sans aiguillon? » Toùg /asv tttïîvoÙç xvj^j^vaç Trâvraç, àxévTpoui; b Qsoç TTSTTotVjxs. Plat, de Republic, lib. VIII, Oper. tom. VII, pag. 201. — » Le monde est l'assemblage du ciel et de la terre , et de tout ce » qu'ils contiennent- On donne encore ce nom à l'ordre universel » que Dieu a établi, et qu'il conserve : » ^ tûv oAwv râ^iç... xnxb ©eoS zs xoù Sièc Qeov fuXa.TrofMévn Afist. de Mundo, cap. II , tom. I , pag. 465. — a Ne vivons-nous pas dans l'abondance, par le soin que » Dieu prend de nous? » &eov xaTauxsurjv ^tw ^oûto^ ToiaJrïjv. Eurip. Supplie, ^.^M. — «Vous ne devez point quitter la vie sans l'ordre de » celui qui vous l'a donnée, de peur de paroître abandonner le poste » que Dieu vous a assigné. » iVcc injussu ejus, à quo ille ( animus ) est nohis datus, ex hominum vitâ migrandum est , ne munus humanum assignatum a Deo defugisse videamini. Cicer. Somn. Scipion. cap. III, n. 6. — « Qu'est-ce que la nature, si ce n'est Dieu, la raison » divine répandue dans l'univers, et qui en pénètre toute les parties? » De quelque côté que vous vous tourniez , vous le verrez se pré- » senter à vous. Rien n'est vide de lui : il remplit son ouvrage. » Mortel ingrat, tut'abuses donc quand tu dis: Je ne dois rien à Dieu, » mais à la nature ; car il n'y a point de nature sans Dieu , ni de » Dieu sans nature. Appelez-le nature , destin, fortune : ce sont des » noms du même Dieu, qui use diversement de sa puissance. » Quid enim aliud est nalura quàm Deus , et divina ratio, toti mundo et parlibus ejus inserta?... Quocumque le fleœeris , ibi illnm videbis
qu'ils en avoient réellement la même idée que nous. On auroit dû être plus frappé de ce fait : mais on a confondu avec la doctrine universelle de la tradition les fictions poétiques, auxquelles les anciens ne croy oient pas plus que nous ne croyons nous-mêmes aux fictions du Dante , de Milton , de Klopstock , du Tasse, de Camoëns (1); et les systèmes philosophiques sur la divinité, l'origine des êtres, la formation du monde : systèmes qui changeoient sans cesse , et qui , opposés les uns aux autres et relégués dans les écoles où ils étoient nés , ne prouvent rien , non plus que les
occurrentem tibi. Nihil ah illo vacat -. opus suum ipse implet. Ergo nil agis , ingratissime mortalium , qui te negas Deo debere , sed nalurœ : quia nec natura sine Deo est , nec Dem sine naturâ , sed
idem est utrumque Sic hune naturam voca, fatum, fortunam,
omnia ejusdem Dei nomina sunt, varié utentis suâ potestate. Senec. de Benefic, lib. IV, cap. VIII.
0 passi graTÏora, dabit Deus his quoque Gnem. . . Hînc me disgressum Testris Deus appulit oris. . .
Placidasque Tiri Deus obstiuit aures
Dùmfata Deusque siuebant. ..
Virgil., JEneid., I, v. ao3; III, t. yiS-, IV, t. i4o et 65i. Sequitur superbos ultor à tergo Deus. . . Votura secundet, qui potesl, nostrum Deus, Rebusque lapsis adsit. .. '
Senec, tragic, Hercul. fur., t. 385 et 645. Discite. . . quem te Deus esse Jussit, et hunianâ quâ parte locatus es in re. Pers., Sa tir. III.
(I) « On sait qu'en général les philosophes reconnoissent un Dien » suprême , source et principe de tous les êtres ; mais avec ce Dieu » suprême, des dieux subalternes ou visibles, comme les génies qui » faisoient mouvoir les ressorts de la nature , et en régloient les » opérations. Pour les aventures des dieux poétiques , les idoles et » les apothéoses, ils les regardoient comme insoutenables. » Mém. de VAcad. des Inscript., tom. XVIII, pag. 18. — « Tous ces philo- » sophes , babyloniens , persans , égyptiens , scythes , grecs et ro- » mains, admettent un Dieu suprême, rémunérateur et vengeur. » Voltaire, Dictionn. philosoph., art. Religion, II« Quest.
224 ESSAI SUR l'indifférence
nôtres , si ce n'est la foiblesse et l'orgueil de la raison humaine. Les cosmogonies des anciens ressembloient aux théories physiques de Burnet, de Buffon et de nos géologues modernes : et toutes leurs rêveries métaphysiques n'ont-elles pas été successivement renouvelées parmi nous? Malgré le travail destructeur de la raison curieuse, ignorante et téméraire, les croyances générales, fondées sur la tradition, conservoient dans le genre humain les vérités primitives.
Une autre cause de l'erreur où l'on est tombé en s'imaginant que les anciens avoient perdu la vraie notion de la Divinité , c'est qu'ils parlent continuellement des dieux j et quelquefois dans la même phrase où le Dieu suprême, le vrai Dieu est nommé. Ainsi Xénophon justifiant Socrate de l'accusation d'impiété : « En qui plaçoit-iï sa confiance , dit-il , si ce » n'est en Dieu ? et s'il se confioit aux dieux ^ cora- » ment croyoit-il qu'ils n'existoient pas (1)? » Socrate croyoit donc tout ensemble à l'existence d'un Dieu, et à celle de plusieurs dieux? Sans doute, et il va lui-même nous le dire plus clairement.
« Qui pourroit douter que les dieux n'aient pris » des hommes le soin le plus tendre ? Vous reconnoî- » trez que je dis vrai, si vous n'attendez pas qu'ils » s'offrent à vos yeux sous une forme visible , s'il » vous suffit de voir leurs ouvrages , de les adorer, » de les honorer. Pensez que c'est ainsi qu'ils se
££v«t &eoÙ5 èvo>cÇev. Socrat. Memorab., lib. I, cap. I.
» montrent à nous. Toutes les divinités nous pro- )) diguent des biens sans se rendre visibles: et le » Dieu suprême, qui dirige et soutient l'univers, » celui en qui se réunissent tous les biens et toute » la beauté) qui, pour notre usage, le maintient » dans une vigueur et une jeunesse toujours nou- » velles , qui le force d'obéir à ses ordres, plus » vite que la pensée, et sans s'égarer jamais; ce » Dieu est visiblement occupé de grandes choses, )) mais nous ne le voyons pas gouverner (1). » Dans Euripide , Ménélas , retrouvant Hélène , s'écrie : « 0 dieux! car c'est Dieu qui nous donne » de reconnoître nos amis (2). » Ce Dieu et ces dieux sont-ils le même être, selon le poète? nullement; car Dieu possède une puissance éternelle et souveraine (3) , et les deslins des dieux sont incomtans (4).
(1) Tlex.vrâ.Tzcx.(7iv èoixxaiv, oi âsoi TtoXX-/jv tûv àvOpÛTzcov èTzi/xé^eiocj "KOietaôoct... On ys KXr}dY] Xéyco, xai cù yvwffvj, av fii] a.vex.fisvriç, suç av ràç fxoptpxç t<5jv SrsSiv ti^ïjç, àXX' s^xpx.Y] o-ot, rà é'pyy. ccùrSiv ép&vri (jé&sadcci xoù Tt/x«v T0Ù5 âsoùç. Evvo'st <?£, Srt xat kùtoi oi 3-soi o^twç VTtoSsDivvovstv. Oïrs ykp oiXXoi vjfuy roc àyccôà. ëiâôvTsç, oùSsv toôtuv elç rà èy-fx^sç t'ovreç SiS6a.siv, xcà b rbv 'SXov xo'ff/AOv cuvrâTrcov ts xcà iryvipfWv, èv w Tràvra toc xccXà. xai àyocôâ. èart, xcù ksi /xèv xp^lJ^^voiç ocTpi^vj re, xat ùyiôi, xa.i àyvf/sa- TOv Ttccpé x'^v, S-ôcTTOv Ss vOïj'/AaTOç àva/AapT>3T(3ç ÙTrepsTOuvra, ouroç toc
fxéytSTK fl-SV TtpOCKTTOiV épÔCTXt, TOcSs Se 0lx0V0fJ.&V àÔpOCrOç :^/JltV S7TtV.
Mémor., Socr. lib. IV, cap. III.
(2) à âeoi' 0505 ykp xoù TO yivcâaxscj cfiiXovç.
Helen.y act. II, p. 532.
(3) Ayevvocov xpôcTOç.
Orest., act. IV, pag. 72.
(4) Tw St'xoc, xociBsSiv
UkXXÎ^POUÇ TTOT/JIOÇ.
Hercul.fur., act. III, p. 612.