‹ OEuvres complètes de F. de la MennaisChapitre 18 sur 27 · TOME · texte numérisé non relu

TOME

258 ESSAI SUR l'indifférence

monde. Ils appeloient celui-ci Isnez (1). Plusieurs tribus sauvages connoissent Dieu sous le nom de Grand-Esprit (2). Ramon, religieux espagnol, que Colomb avoit amené avec lui à Saint-Domingue, et qui en avoit appris la langue , a laissé, sur la religion des habitans de cette île, un ouvrage qu'on trouve en entier dans YHistmre d'Alphonse Ulloa. Ces peuples croy oient, dit-il, à un Etre suprême, créateur et premier moteur de l'univers. Ils l'appeloient Jocanna ou Gnamaonocan, Cet Etre tout - puissant manifestoit sa volonté aux caciques, par le moyen de certains êtres intermédiaires, nommés Cemi , Tuyra, etc. (3).

Les sauvages de la Guiane croient en Dieu, comme auteur suprême de tout bien, et qui n'a jamais la volonté de leur faire le moindre mal ; mais ils rendent un culte aux mauvais génies pour détourner les maux dont ils peuvent les affliger (4).

(1) Garli, loc. mox cit., p. 1^5.

(2) Charlevoix, Hist. de la Nouyelle-France , tome III, p. 343.— Sagardy Voyage au pays des Hurons , p. 226.— Hist. génér. des Voyages, tome LVII, p. 72, 74. — Histoire de l'Amer, septentrion., par M. de La Polherie, tome II , p. 3, 10.— Histoire naturelle et civile de la Californie, trad. de l'anglois. — Les habitans de la baie d'Hudson reconnoissent un être d'une bonté infinie , qu'ils nomment Voukma , cest-à-dire, le grand Chef. Ils le regardent comme l'auteur de tous les biens dont ils jouissent ; ils en parlent avec respect; ils chantent ses louanges dans un hymne , d'un ton fort grave et même assez harmonieux. Ils reconnoissent de même un autre être , qu'ils appellent Ouitikka , et qu'ils représentent comme la source et l'instrument de toutes sortes de maux. Mist. génér. des f^oyages, tome LVI , p. 225.

(3) Carli, ubi jam citât., p. 111, 112.

(4) Sledman, Voyage à Surinam , etc., tome II , c. XV.— Hist. de

Même croyance à la Louisiane (1), au Brésil (2) et chez les Araucans. Ils reconnoissent un Etre suprême, auteur de toutes choses, qu'ils appellent Pillan, Ce mot dérive de Pulli on Ptlli, âme ou esprit par excellence. On l'appelle aussi Guenu- Pillan, esprit du ciel; Eutagen, grand être; Thalcave, le tonnant; Vwennvoe , créateur de tout; Vilpepikoe, tout-puissant; Molghelle, éternel; y^iinonolli, infini. Ils disent qu'il est le Grand-Toqui du monde invisible, et, en cette qualité, il a ses Apo-Ulmenes et ses Ulmenes , ou divinités subalternes auxquelles il confie l'administration des choses d'ici-bas (3).

Arrêtons-nous : c'en est assez. A quoi serviroient les témoignages que nous pourrions produire encore? et quand toutes les générations humaines , secouant leur poussière , viendroient elles - mêmes nous dire : Voilà ce que nous avons cru, serionsnous plus certains que la connoissance d'un Dieu unique, éternel, père de tout ce qui est, se conserva toujours dans le monde ? C'est la foi uni- \ erselle , la foi de tous les siècles et de toutes les nations. Quelle frappante unanimité ! quel magni-

rorénoque, par le P. Gumila, c. XXVI. — Lettre du P. de la JVeuville, dans le Journal de Trévoux ; marSy 1723.

(1) Le Page, Histoire de la Louisiane, tome II, p. 327.

(2) Les Brésiliens reconnoissent un premier et souverain Dieu , qu'ils appellent Tupa et Typana. Laet. de Orig. gen. Amer., p. 193.— Margrard de Bars. Reg.-, chap. IX,

(3) Tableau civil et moral des Araucans , nation indépendante du Chili; trad. de l'espagnol du Viagero universal. Annal, des Voyages , lom. XVI, p. 90.

260 EssAj SUR l'indifférence

fique concert î qu'elle est imposante, cette voix qui s'élève de tous les points de la terre et du temps vers le Dieu de l'éternité î

A l'écart, dans les ténèbres, une autre voix, une voix sinistre a été entendue ; elle sembloit sortir d'un sépulcre et se briser entre des ossemens ; c'étoit comme la voix de la mort. Les peuples ont prêté l'oreille à ce bruit funèbre, de sourds blasphèmes sont venus jusqu'à eux; ils ont dit: C'est le cri de l'athée! et ils ont frémi d'horreur.

Auteur de tous les êtres! tous les êtres attestent votre existence : ils sont en vous, et vous êtes en eux ; vous les pénétrez , vous les inondez de votre vie, vous vous manifestez à eux de mille manières diverses, et nul ne peut vous ignorer. Les puissances célestes, les esprits innombrables à qui vous avez confié l'administration de vos œuvres, vous connoissent et chantent votre gloire ( 1 ) , mais l'homme a refusé de vous glorifier ; il a transporté à la créature le culte qui n'est dû qu'à vous. Dans l'égarement de son cœur il a oublié le souverain Maître pour adorer ses ministres et ses sujets rebelles, pour s'adorer lui-même : voilà son crime que vous seul pouviez effacer, ô Jésus! Hommes, levez les yeux au ciel, c'est là qu'est votre Père: abaissez-les sur la croix, c'est là qu'est votre Rédempteur ; et que votre être tout entier s'écrie : Adoration, amour au Dieu qui a créé l'univers! amour, adoration au Dieu qui l'a sauvé !

(1) Cœli enarrant gloriam Dei. Ps. XVIII , 1.

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