ACTE QUATRIÈME
Je voulais te donner ce redoutable emploi.
Ton audace m'a plu ; mais j'ai connu bien vite Que l'audace était grande et la sphère petite. Ton Bsprit ne sait pas planer dans ces hauteurs Où tout scrupule échappe aux vrais législateurs; Les terrestres liens t'empêchent de m'y suivre ; D'un misérable orgueil ta parole t'enivre; Ues flatteurs empressés te prodiguent l'encens; L'or, l'amour, les festins ont captivé tes sens, Et la dépouille belge , hélas ! est la Capoue Où le victorieux dans la mollesse échoue.
ROBESPIERRE, A demi-yoix.
J'en connais de plus fous.
MARAT
J'ai , la lanterne en main ,.
Cherché; je n'ai point vu d'homme sur mon chemin.
Regardant Danton. Regardant Robespierre.
L'un manque de grandeur, et l'autre de courage.
— Alors, ce sera moi qui ferai votre ouvrage.
Il se lève, et marche d'un pas agité vers la gauche. DANTON.
Enfin que veux-tu donc?
MARAT
Je ne pense pas , moi , Que tout soit terminé, dès qu'on n'a plus de roi; C'est le commencement. — Je sais qlie, chez les nôtres, Quelques-uns ne voulaient que la place des autres. Et tiennent que chacun doit être satisfait.
Quand ce sont eux qui font ce que d'autres ont fait. Leur révolution se mesure à leur taille.
— Ce n'est pas pour si peu , Danton, que je travaille.
3Î6 CHARLOTTE CORDAV.
Ami du peuple hier, je le suis aujourd'hui ; ^
J'ai souiïert, j'ai lutté, j'ai haï comme lui;
Misère , oubli , dédain , hauteur patricienne ,
Ses affronts sont les miens; sa vengeance est la mienne.
Il le sait; il défend celui qui le défend.
Or, je porterai loin son drapeau triomphant.
Il ne me suffît pas d'un changement de forme ;
Au sein des profondeurs j'enfonce la réforme.
Je veux , armé du soc , retourner les sillons.
A l'ombre les habits! au soleil les haillons!
Je veux que la misère écrase l'opulence ,
Que le pauvre à son tour ait le droit d'insolence,
Qu'on tremble devant ceux qui manqueront de pain ,
Et qu'ils aient leurs flatteurs, courtisans de la faim.
Chapeau bas, grands seigneurs, bourgeois et valetaille!
Vos maîtres vont passer : saluez la canaille !
— Ohl ce sont des plaisirs lentement savourés.
Et qui compensent bien tant d'affronts dévorés.
Que cet abaissement d'une classe arrogante,
Se parant gauchement de la veste indigente,
S'exerçant aux jurons, et, chute sans grandeur!
Des cris qu'elle déteste exagérant l'ardeur !
DANTON, éclatant enfin, après avoir arpenté le théâtre à grands pas,
pendant les dernières paroles de 9ifarat<
Morbleu ! — la liberté ne veut pas de despotes.
Chapeau bas, grands seigneurs ! chapeau bas, sans-culottes!
Et saluez la loi , non les individus ;
Car ce n'est qu'à la loi que ces respects sont dus.
Le nouveau droit commun confond toutes les classes ;
Je ne distingue plus ni familles ni races ;
Le peuple est tout le monde, et les nobles anciens.
Tombés nobles , se àont relevés citoyens.